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Biologie · Licence 1 · 10 min de lecture

Cytosquelette et moteurs moléculaires

Comprendre comment une cellule tient sa forme et déplace son contenu. Trois familles de filaments protéiques, de diamètres et de rôles distincts : les microfilaments d'actine, fins et concentrés sous la membrane, portent les déformations de surface et la migration ; les microtubules, creux et rigides, rayonnent depuis le centrosome et servent de rails au transport puis de fuseau lors de la division ; les filaments intermédiaires, les plus stables, assurent la résistance mécanique. Les deux premières familles sont POLARISÉES et dynamiques : leurs sous-unités s'ajoutent préférentiellement à une extrémité et se détachent à l'autre, si bien qu'un filament peut s'allonger, raccourcir ou se maintenir en flux continu, aux dépens d'une hydrolyse de nucléotide. Cette polarité donne un sens de déplacement aux moteurs moléculaires qui s'y accrochent : sur les microtubules, les kinésines vont majoritairement vers l'extrémité périphérique et les dynéines vers l'extrémité centrale, ce qui suffit à expliquer que les deux transportent des cargaisons en sens opposés le long du même rail ; sur l'actine, ce rôle revient aux myosines. Chaque pas d'un moteur consomme l'énergie fournie par l'hydrolyse de l'ATP : rien ne se déplace ici par simple diffusion orientée.

Chapitre du programme : Biologie cellulaire

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une charpente qui bouge, des rails orientés

Une cellule eucaryote tient sa forme, déplace ses organites, sépare ses chromosomes et parfois se déplace elle-même. Tout cela repose sur un réseau de filaments protéiques, le cytosquelette, et sur des protéines qui marchent le long de ces filaments en consommant de l'ATP.

Trois familles de filaments, distinctes par leur structure et leur rôle :

  • les microfilaments d'actine, les plus fins, concentrés sous la membrane plasmique : ils portent les déformations de la surface (prolongements, migration) et, dans le muscle, la contraction ;
  • les microtubules, cylindres creux et rigides, les plus épais, qui rayonnent depuis le centrosome, près du noyau : ils servent de rails au transport intracellulaire, puis forment le fuseau qui sépare les chromosomes lors de la division ;
  • les filaments intermédiaires, de diamètre intermédiaire comme leur nom l'indique, les plus stables : ils assurent la résistance mécanique de la cellule.

Polarité. Les microfilaments et les microtubules sont polarisés : leurs deux extrémités sont différentes. Les sous-unités (actine, dimères de tubuline) s'ajoutent préférentiellement à l'extrémité dite « plus » et se détachent plutôt à l'extrémité « moins ». Pour un microtubule, l'extrémité moins est ancrée au centrosome, l'extrémité plus est tournée vers la périphérie de la cellule. Les filaments intermédiaires, eux, n'ont pas de polarité.

Dynamique. Un filament polarisé n'est pas une poutre figée : selon les conditions, il s'allonge, raccourcit ou se maintient en flux continu — des sous-unités s'ajoutent à l'extrémité plus pendant que d'autres partent de l'extrémité moins, si bien que la longueur reste constante alors que la matière circule. Cette dynamique est entretenue par l'hydrolyse d'un nucléotide lié à chaque sous-unité (du GTP pour la tubuline, de l'ATP pour l'actine). Le cytosquelette se démonte et se remonte en permanence : c'est ce qui permet au réseau de microtubules de l'interphase de devenir le fuseau de la mitose.

Un microtubule en chiffres. Il est formé de 1313 protofilaments parallèles ; dans chacun, les dimères de tubuline, longs de 88 nm, sont alignés bout à bout. Un microtubule de 33 µm compte donc 3 0008×13=4 875\dfrac{3\,000}{8} \times 13 = 4\,875 dimères.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : kinésines, dynéines, myosines

Les moteurs moléculaires sont des protéines qui convertissent l'énergie chimique de l'hydrolyse de l'ATP en mouvement le long d'un filament. Chaque pas consomme de l'ATP : rien ne se déplace ici par simple diffusion orientée.

Sur les microtubules, deux familles en sens opposés.

  • Les kinésines marchent, pour la plupart, vers l'extrémité plus, donc vers la périphérie : elles transportent par exemple des vésicules du corps cellulaire d'un neurone vers l'extrémité de l'axone.
  • Les dynéines marchent vers l'extrémité moins, donc vers le centrosome : transport vers le centre de la cellule. Le même rail peut donc porter des cargaisons dans les deux sens : c'est la polarité du microtubule, et non la forme du rail, qui donne le sens à chaque moteur.

Sur l'actine : les myosines. Dans le muscle, les têtes de myosine des filaments épais tirent les filaments d'actine ; ailleurs, des myosines transportent des vésicules sous la membrane ou resserrent l'anneau contractile qui sépare deux cellules animales à la fin de la division.

Le pas de la kinésine. Une kinésine avance par pas de 88 nm — la longueur d'un dimère de tubuline — et hydrolyse une molécule d'ATP par pas. Le nombre d'ATP consommés se compte donc directement : distance en nm divisée par 88. Une kinésine isolée parcourt de l'ordre de 11 à 22 µm avant de se détacher ; le transport sur de longues distances, le long d'un axone, mobilise donc de nombreux moteurs successifs.

Deux mécanismes à ne pas confondre.

  • Un moteur qui marche le long d'un filament : le filament garde sa longueur, la cargaison se déplace.
  • Un filament qui change de longueur par ajout ou départ de sous-unités : aucun moteur n'est nécessaire. C'est le raccourcissement des microtubules du fuseau qui contribue à tirer les chromosomes vers les pôles.

Division cellulaire, partage des rôles. Les microtubules forment le fuseau qui sépare les chromosomes ; chez les cellules animales, un anneau d'actine et de myosine étrangle ensuite la cellule en deux. Inverser ces rôles est l'erreur classique du chapitre.

Les filaments intermédiaires n'ont ni polarité ni moteurs associés : sans extrémités différenciées, aucun moteur ne saurait dans quel sens aller. Leur rôle est mécanique : ils répartissent les tensions et résistent à l'étirement (les kératines de l'épiderme en sont un exemple).

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : compter les pas et les dimères

Énoncé. Données : la kinésine avance par pas de 88 nm et hydrolyse une molécule d'ATP par pas ; un microtubule compte 1313 protofilaments, faits de dimères de tubuline de 88 nm alignés bout à bout.

  1. Une kinésine transporte une vésicule sur 0,720{,}72 µm sans se détacher. Combien de molécules d'ATP hydrolyse-t-elle ?
  2. On mesure pour ce moteur une vitesse de 0,750{,}75 µm/s. Durée du trajet ? Nombre d'ATP hydrolysés par seconde ?
  3. Un microtubule s'allonge de 44 µm par minute à son extrémité plus. Combien de dimères y sont ajoutés par seconde ?

---

1. Des pas de 8 nm. Conversion d'abord : 0,720{,}72 µm =720= 720 nm. Nombre de pas : 7208=90\dfrac{720}{8} = 90. Un ATP par pas :

90 moleˊcules d’ATP.90 \text{ molécules d'ATP}.

La kinésine marche vers l'extrémité plus du microtubule, c'est-à-dire vers la périphérie : chaque pas est un travail mécanique payé en énergie chimique.

2. Vitesse et débit. Durée : t=0,720,75=0,96t = \dfrac{0{,}72}{0{,}75} = 0{,}96 s. Pas par seconde : 750 nm⋅s−18 nm=93,75\dfrac{750\ \mathrm{nm \cdot s^{-1}}}{8\ \mathrm{nm}} = 93{,}75, donc

93,75 moleˊcules d’ATP par seconde.93{,}75 \text{ molécules d'ATP par seconde}.

Contrôle : 93,75×0,96=9093{,}75 \times 0{,}96 = 90. ✓\checkmark

3. Treize protofilaments. En une seconde, l'extrémité avance de 4 00060≈66,7\dfrac{4\,000}{60} \approx 66{,}7 nm, soit 66,78≈8,33\dfrac{66{,}7}{8} \approx 8{,}33 dimères par protofilament. Le microtubule en compte 1313, qui s'allongent ensemble :

4 0008×60×13≈108 dimeˋres par seconde.\dfrac{4\,000}{8 \times 60} \times 13 \approx 108 \text{ dimères par seconde}.

Oublier les 1313 protofilaments donnerait 8,38{,}3 : treize fois trop peu. Ici, aucun moteur n'intervient : c'est le filament lui-même qui s'allonge.

Lecture. Deux calculs de même forme — une longueur divisée par 88 nm — mais deux mécanismes : le premier compte les pas d'un moteur sur un rail de longueur fixe, le second les sous-unités ajoutées à un rail qui grandit.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : le moteur avance, le filament garde sa longueur

Figure (fig.biology.sarcomere-sliding, figure programmatique de la leçon de terminale sur la contraction musculaire, réutilisée ici parce que le muscle est le moteur moléculaire le mieux visible) : en haut, un sarcomère au repos puis contracté, à la même échelle — le sarcomère raccourcit, la bande A garde sa longueur, la bande I diminue, et les filaments dessinés ont exactement la même longueur dans les deux états ; au milieu, le cycle d'une tête de myosine — fixation sur le filament fin, bascule qui le tire de quelques nanomètres, détachement quand un ATP se fixe, réarmement par l'hydrolyse de cet ATP — et une tête restée accrochée faute d'ATP ; en bas, les voies de production de l'ATP selon la durée de l'effort.

Pour cette leçon :

  • Le panneau du haut est la meilleure illustration de la différence entre un moteur qui marche et un filament qui raccourcit : les filaments d'actine et de myosine glissent, aucun ne raccourcit. C'est le moteur (la myosine) qui se déplace le long du filament d'actine.
  • Le cycle du milieu est le modèle de tout moteur : un pas, un ATP. Pour la kinésine sur un microtubule, le pas mesure 88 nm et coûte une molécule d'ATP ; la vignette « sans ATP, la tête reste accrochée » montre que le détachement aussi dépend de l'ATP.
  • Le sens : dans le sarcomère, les myosines tirent les filaments d'actine vers le centre, toujours dans le même sens par rapport à la polarité de l'actine. La polarité du rail fixe la direction, comme elle impose aux kinésines et aux dynéines des sens opposés sur un microtubule.

Ce que la figure ne montre pas : les microtubules, la kinésine et la dynéine, le centrosome, les filaments intermédiaires, et la dynamique d'assemblage — un filament qui s'allonge ou raccourcit par ses extrémités, ce que le muscle ne fait pas pendant la contraction.

Contraction musculaire : le glissement des filaments, le cycle des tetes de myosine et les trois voies de regeneration de l'ATP — Modèle de sarcomère strié squelettique en raccourcissement, non toute contraction musculaire.
Contraction musculaire : le glissement des filaments, le cycle des tetes de myosine et les trois voies de regeneration de l'ATP · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • B. Alberts et al., Biologie moléculaire de la cellule, Lavoisier
  • N. Campbell, J. Reece et al., Biologie, Pearson

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