Biologie · Licence 1 · 11 min de lecture
Glucides : oses, anomérie et liaison osidique
Lire et écrire la structure d'un glucide. Un ose est un polyalcool portant une fonction carbonyle, aldéhyde pour un aldose, cétone pour un cétose, et se nomme d'après son nombre d'atomes de carbone. En solution aqueuse la forme ouverte est minoritaire : le carbonyle réagit avec un hydroxyle de la même molécule et referme un cycle, ce qui crée un carbone asymétrique SUPPLÉMENTAIRE, le carbone anomérique, d'où deux formes cycliques alpha et bêta qui s'interconvertissent en repassant par la forme ouverte. Ne pas confondre cette anomérie avec la série D ou L, qui se lit sur le carbone asymétrique le plus éloigné du carbonyle et ne change pas en solution. La liaison osidique unit le carbone anomérique d'un ose à un hydroxyle d'une autre molécule, avec départ d'eau ; sa géométrie, alpha ou bêta, et les numéros des carbones engagés suffisent à distinguer des polymères aux propriétés opposées : l'amidon et la cellulose sont tous deux des polymères de glucose, mais les liaisons alpha du premier donnent une chaîne hélicoïdale que les enzymes humaines coupent, tandis que les liaisons bêta de la seconde donnent des chaînes linéaires associées en fibres que ces mêmes enzymes n'attaquent pas. Un ose dont le carbone anomérique reste libre est réducteur ; engagé dans une liaison osidique, il ne l'est plus.
Chapitre du programme : Biochimie structurale
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : un polyalcool qui se referme sur lui-même
L'amidon d'un grain de blé et la cellulose d'une feuille de papier sont faits du même sucre, le glucose. Pourtant l'un se digère et l'autre non. Toute la différence tient dans la géométrie d'une seule liaison, et ce chapitre donne les mots pour la décrire.
Les oses. Un ose (sucre simple) est un polyalcool qui porte une fonction carbonyle : un aldéhyde en bout de chaîne pour un aldose, une cétone (en général sur le carbone 2) pour un cétose. On le nomme d'après son nombre de carbones : triose (), tétrose (), pentose (), hexose (). Le glucose et le galactose sont des aldohexoses, de formule ; le fructose, un cétohexose de même formule ; le ribose, un aldopentose.
Carbones asymétriques, série D ou L. Dans la forme ouverte d'un aldose à carbones, les carbones intermédiaires sont asymétriques : la forme ouverte compte stéréoisomères. Le plus petit aldose, le glycéraldéhyde (un aldotriose), en a un seul, d'où deux formes, D et L ; un aldotétrose en compte . La série D ou L se lit sur le carbone asymétrique le plus éloigné du carbonyle ; c'est une propriété fixe de la molécule, qui ne change pas en solution. Les oses du vivant sont très majoritairement de série D.
La cyclisation. En solution aqueuse, la forme ouverte est minoritaire : le carbonyle réagit avec un hydroxyle de la même molécule et referme un cycle (à six atomes pour le glucose, avec l'hydroxyle du carbone 5). Le carbone du carbonyle devient alors le carbone anomérique : il porte un hydroxyle nouveau et devient asymétrique. La cyclisation ajoute donc un carbone asymétrique, et deux formes cycliques existent pour chaque ose : les anomères et , qui diffèrent par la position de cet hydroxyle anomérique.
Les anomères et ne sont pas deux composés séparés dans un flacon de glucose dissous : ils s'interconvertissent en permanence en repassant par la forme ouverte. L'anomérie (/, sur le carbone anomérique créé par la cyclisation) n'a rien à voir avec la série (D/L, sur le carbone le plus éloigné du carbonyle) : le D-glucose existe sous les deux formes et .
La liaison osidique. Le carbone anomérique d'un ose peut réagir avec un hydroxyle d'une autre molécule (un autre ose, par exemple) : il se forme une liaison osidique, avec départ d'une molécule d'eau — c'est une condensation. La liaison se décrit par deux informations, toujours données ensemble :
- sa géométrie, ou , celle du carbone anomérique engagé, désormais figée ;
- les numéros des carbones reliés : , , …
Le maltose est formé de deux glucoses unis par une liaison ; le cellobiose, de deux glucoses unis en : mêmes oses, mêmes carbones, géométrie opposée — deux molécules différentes.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : polymères, digestion, pouvoir réducteur
Les polyholosides de glucose.
- L'amidon est la réserve des végétaux : l'amylose, sa fraction linéaire, est une chaîne de glucoses unis en , qui s'enroule en hélice ; l'amylopectine porte en plus des ramifications .
- Le glycogène est la réserve des animaux (foie, muscle) : des chaînes avec des ramifications plus fréquentes que dans l'amylopectine. Ce n'est donc pas « de l'amidon animal » au sens strict : même liaison, ramification différente.
- La cellulose est le constituant des parois végétales : des chaînes linéaires de glucoses unis en . Cette géométrie donne des chaînes rectilignes, qui s'associent côte à côte par de nombreuses liaisons hydrogène en fibres très résistantes.
Pourquoi l'une se digère et l'autre non. Les enzymes digestives humaines (les amylases) coupent les liaisons de l'amidon. Elles n'attaquent pas les liaisons de la cellulose : une enzyme reconnaît la géométrie de la liaison, pas seulement les oses qu'elle unit. La cellulose traverse notre tube digestif sans être hydrolysée — ce sont les fibres alimentaires. Les herbivores la digèrent grâce aux micro-organismes de leur tube digestif, qui possèdent les enzymes adaptées.
Le pouvoir réducteur. Un ose dont le carbone anomérique est libre peut repasser par la forme ouverte et exposer sa fonction aldéhyde (ou cétone), oxydable : c'est un sucre réducteur. Engagé dans une liaison osidique, le carbone anomérique est figé : il ne l'est plus.
- Le maltose, le cellobiose et le lactose ont un carbone anomérique libre (celui de l'ose engagé par son carbone ) : ils sont réducteurs.
- Le saccharose unit le carbone anomérique du glucose (carbone 1) à celui du fructose (carbone 2), liaison : aucun carbone anomérique libre, sucre non réducteur.
Le bilan de masse d'une condensation. Former une liaison osidique libère une molécule d'eau ; l'hydrolyse la reprend. Avec , , :
- un hexose : ; l'eau : ;
- un diholoside de deux hexoses : , et non ;
- un résidu de glucose dans une chaîne, : ; une chaîne de unités porte liaisons et pèse .
Exemple : une chaîne de unités pèse . Que ses liaisons soient ou , amylose ou cellulose, le bilan de masse est identique : seule la géométrie change.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : condenser, polymériser, hydrolyser
Énoncé. Masses molaires atomiques : ; ; .
- On condense g de glucose en maltose, réaction supposée totale. Masse de maltose obtenue ? Masse d'eau libérée ?
- On polymérise g de glucose en chaînes linéaires de unités. Masse d'eau libérée ?
- On hydrolyse totalement g de ces chaînes. Masse de glucose libérée ?
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1. Deux glucoses par maltose. mol. Chaque maltose consomme deux glucoses : mol, soit
La masse a diminué de g : c'est l'eau, g, une molécule par liaison formée.
2. liaisons par chaîne. mol de glucose forment mol de chaînes, chacune portant liaisons, donc libérant molécules d'eau :
C'est presque un dixième de la masse de glucose ( %), proche de : pour une longue chaîne, chaque unité perd pratiquement une eau.
3. L'eau entre. ; ; chaque chaîne libère glucoses :
On obtient plus que les g de départ : l'hydrolyse fixe une molécule d'eau sur chaque liaison coupée. Diviser par (en oubliant que les unités ont perdu une eau) donnerait mol au lieu de , et g au lieu de .
Lecture. Chaque liaison osidique, formée ou rompue, échange une molécule d'eau ; le bilan de masse ne dépend ni de la géométrie ou , ni de l'ose — seulement du nombre de liaisons.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : une condensation qui libère de l'eau
Figure (fig.chemistry.polymers-addition-condensation, figure programmatique de la leçon de terminale sur les polymères, réutilisée ici parce que la liaison osidique est une condensation et les polyholosides des polycondensats) : en haut, une polyaddition (éthène), où rien ne sort et où la balance reste en équilibre ; en bas, une polycondensation (PET), où deux molécules d'eau sortent au-dessus de la flèche, et une balance qui ne s'équilibre qu'en plaçant l'eau du côté des produits ; à droite, une longue chaîne de motifs et la relation .
Pour cette leçon :
- Le panneau du bas est le bon modèle. Remplacez l'acide et l'alcool par deux glucoses : le carbone anomérique de l'un et un hydroxyle de l'autre jouent le rôle des deux groupes entourés, une molécule d'eau sort, et la liaison formée est une liaison osidique au lieu d'une liaison ester. La balance déséquilibrée est l'exemple guidé : g de glucose donnent g de maltose plus g d'eau.
- Le bandeau de droite dit ; pour un polyholoside, le motif est le résidu ( g/mol), et l'on ajoute l'eau des deux extrémités : . Pour une chaîne longue, le devient négligeable.
- Le panneau du haut sert de contre-exemple : une polymérisation sans départ d'eau ne conserve pas la formule . Les polyholosides ne se forment jamais ainsi.
Ce que la figure ne montre pas : la géométrie de la liaison. Deux chaînes de glucose de même masse — amylose en et cellulose en — se dessineraient de la même façon dans ce schéma, alors que l'une s'enroule en hélice et se digère, et que l'autre forme des fibres que nos enzymes n'attaquent pas.
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Sources
- D. Nelson, M. Cox, Principes de biochimie de Lehninger, De Boeck
- J. Clayden, N. Greeves, S. Warren, Chimie organique, De Boeck
- N. Campbell, J. Reece et al., Biologie, Pearson
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