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Biologie · Licence 3 · 10 min de lecture

Potentiel de membrane : Nernst et Goldman

Traiter QUANTITATIVEMENT ce que la terminale décrit qualitativement. Une membrane sépare deux compartiments de compositions ioniques différentes ; deux forces s'exercent sur chaque ion, le gradient de concentration et le champ électrique. Le potentiel d'équilibre d'un ion est la différence de potentiel qui annule exactement le flux net de cet ion : l'équilibre de Nernst, où le terme de concentration est le logarithme népérien du rapport des concentrations externe et interne, divisé par la valence de l'ion. Le potentiel de repos de la membrane n'est le potentiel d'équilibre d'AUCUN ion : c'est le potentiel qui annule le courant TOTAL, donné par l'équation de Goldman-Hodgkin-Katz, où chaque ion pèse sa perméabilité relative. Conséquences à savoir lire : la membrane au repos, très perméable au potassium, s'installe près du potentiel d'équilibre du potassium ; l'ouverture des canaux sodiques pendant le potentiel d'action fait basculer les perméabilités et donc le potentiel ; la force électromotrice nette qui s'exerce sur un ion est l'écart entre le potentiel de membrane et le potentiel d'équilibre de cet ion, et c'est elle, non le seul gradient, qui donne le sens du courant. Les gradients eux-mêmes sont entretenus par le transport actif, dont le coût énergétique est la contrepartie du potentiel de repos.

Chapitre du programme : Neurosciences cellulaires et intégratives

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : deux forces sur chaque ion

En terminale, le potentiel de repos d'un neurone « vaut environ −70-70 mV » et le potentiel d'action « monte à +30+30 mV ». Ce chapitre explique d'où viennent ces nombres, et pourquoi ni l'un ni l'autre n'est le potentiel d'équilibre d'un ion : tous deux sont bornés par EKE_{\mathrm{K}} et ENaE_{\mathrm{Na}}.

Deux forces. La membrane sépare deux compartiments de compositions ioniques très différentes : le cytosol est riche en K+\mathrm{K}^{+} et pauvre en Na+\mathrm{Na}^{+} et Cl−\mathrm{Cl}^{-}, le milieu extracellulaire l'inverse. Sur chaque ion qui peut traverser s'exercent deux forces : le gradient de concentration, qui le pousse vers le côté le moins concentré, et le champ électrique, qui pousse un cation vers le côté négatif.

Le potentiel d'équilibre d'un ion. C'est la différence de potentiel V=Vint−VextV = V_{\text{int}} - V_{\text{ext}} qui annule exactement le flux net de cet ion : les deux forces s'y compensent. La relation de Nernst le donne :

Eion=RTzFln⁡[ion]e[ion]i,E_{\text{ion}} = \dfrac{RT}{zF}\ln\dfrac{[\text{ion}]_e}{[\text{ion}]_i},

avec R=8,314 J⋅mol−1⋅K−1R = 8{,}314\ \mathrm{J \cdot mol^{-1} \cdot K^{-1}}, F=96 485 C⋅mol−1F = 96\,485\ \mathrm{C \cdot mol^{-1}}, TT en kelvins, zz la valence (signe compris) et le rapport externe sur interne. À 3737 °C, T=310,15T = 310{,}15 K et RTF≈26,73\dfrac{RT}{F} \approx 26{,}73 mV.

Pour un neurone dont [K+]e=5[\mathrm{K}^{+}]_e = 5 et [K+]i=135[\mathrm{K}^{+}]_i = 135 mmol/L :

EK=26,73×ln⁡5135≈−88,1 mV.E_{\mathrm{K}} = 26{,}73 \times \ln\dfrac{5}{135} \approx -88{,}1\ \mathrm{mV}.

Le potassium, plus concentré dedans, tend à sortir ; il ne cesse de sortir en net que si l'intérieur est assez négatif pour le retenir.

La valence compte, et son signe. Pour Na+\mathrm{Na}^{+} (150150 dehors, 1212 dedans) : ENa≈+67,5E_{\mathrm{Na}} \approx +67{,}5 mV. Pour Cl−\mathrm{Cl}^{-} (108108 dehors, 1010 dedans), z=−1z = -1 inverse le rapport : ECl=−26,73ln⁡10810≈−63,6E_{\mathrm{Cl}} = -26{,}73 \ln\dfrac{108}{10} \approx -63{,}6 mV. Pour Ca2+\mathrm{Ca}^{2+} (22 mmol/L dehors, 0,10{,}1 µmol/L dans le cytosol, soit un rapport de 20 00020\,000) : ECa=26,732ln⁡(20 000)≈+132E_{\mathrm{Ca}} = \dfrac{26{,}73}{2}\ln(20\,000) \approx +132 mV ; oublier de diviser par 22 donnerait le double.

Le potentiel de repos n'est le potentiel d'équilibre d'aucun ion. Au repos, la membrane est perméable à plusieurs ions à la fois, très inégalement. Le potentiel de repos est celui qui annule le courant total, non le flux de chaque ion. Il est donné par l'équation de Goldman-Hodgkin-Katz, ici pour des ions monovalents :

Vm=RTFln⁡PK[K+]e+PNa[Na+]e+PCl[Cl−]iPK[K+]i+PNa[Na+]i+PCl[Cl−]e.V_m = \dfrac{RT}{F}\ln\dfrac{P_{\mathrm{K}}[\mathrm{K}^{+}]_e + P_{\mathrm{Na}}[\mathrm{Na}^{+}]_e + P_{\mathrm{Cl}}[\mathrm{Cl}^{-}]_i}{P_{\mathrm{K}}[\mathrm{K}^{+}]_i + P_{\mathrm{Na}}[\mathrm{Na}^{+}]_i + P_{\mathrm{Cl}}[\mathrm{Cl}^{-}]_e}.

Chaque ion pèse sa perméabilité relative ; le chlorure, de valence négative, entre inversé (interne au numérateur). Si un seul ion est perméable, on retrouve son potentiel de Nernst. La membrane au repos étant surtout perméable au potassium, VmV_m est proche de EKE_{\mathrm{K}}, sans l'atteindre : la petite perméabilité au sodium tire le potentiel vers ENaE_{\mathrm{Na}}.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : force électromotrice, perméabilités, pompe

La force électromotrice nette sur un ion. Le sens du courant d'un ion ne se lit pas sur son seul gradient de concentration : il se lit sur l'écart

Vm−Eion.V_m - E_{\text{ion}}.

Pour un cation, si Vm−Eion>0V_m - E_{\text{ion}} > 0 (membrane moins négative que l'équilibre de l'ion), le courant est sortant ; s'il est négatif, le courant est entrant. Pour le sodium au repos, Vm−ENaV_m - E_{\mathrm{Na}} vaut environ −134-134 mV : une force considérable pousse Na+\mathrm{Na}^{+} vers l'intérieur, et seule sa faible perméabilité limite le flux. Pour le potassium, Vm−EK≈+22V_m - E_{\mathrm{K}} \approx +22 mV : il fuit lentement vers l'extérieur. Pour le chlorure, l'écart n'est que de quelques millivolts dans notre exemple : il est près de l'équilibre.

Le potentiel d'action, un basculement de perméabilités. L'ouverture des canaux sodiques dépendants du potentiel fait passer, pendant un temps bref, la perméabilité au sodium bien au-dessus de celle au potassium : dans l'équation de Goldman, le terme du sodium domine, et le potentiel monte vers ENaE_{\mathrm{Na}} sans l'atteindre. La fermeture de ces canaux et l'ouverture de canaux potassiques le ramènent vers EKE_{\mathrm{K}}, parfois en le dépassant brièvement (hyperpolarisation). Les potentiels d'équilibre fixent les bornes que le potentiel de membrane ne peut pas franchir.

Les concentrations ne bougent presque pas. Il suffit de déplacer une quantité infime de charges à travers la membrane pour la charger : un potentiel d'action ne modifie pas notablement les concentrations de part et d'autre. C'est pourquoi on peut utiliser les mêmes concentrations avant et après.

Le rôle de la pompe. La pompe sodium-potassium, transport actif consommant de l'ATP, entretient les gradients de concentration — sans elle, les fuites les dissiperaient lentement. Mais la différence de potentiel au repos vient, pour l'essentiel, des perméabilités de la membrane à ces gradients, comme le dit l'équation de Goldman, et non de la pompe elle-même. Le coût énergétique de la pompe est le prix de cet état hors d'équilibre.

Unités et logarithmes. TT en kelvins (T=θ+273,15T = \theta + 273{,}15). En logarithme décimal, le facteur devient RTFln⁡10≈61,5\dfrac{RT}{F}\ln 10 \approx 61{,}5 mV à 3737 °C : écrire 26,7log⁡(… )26{,}7 \log(\dots) sans le facteur 2,3032{,}303 divise le résultat par 2,32{,}3.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : le repos d'un neurone, calculé

Énoncé. Un neurone de mammifère est maintenu à 3737 °C. Concentrations (mmol/L) : [K+]e=5[\mathrm{K}^{+}]_e = 5, [K+]i=135[\mathrm{K}^{+}]_i = 135 ; [Na+]e=150[\mathrm{Na}^{+}]_e = 150, [Na+]i=12[\mathrm{Na}^{+}]_i = 12 ; [Cl−]e=108[\mathrm{Cl}^{-}]_e = 108, [Cl−]i=10[\mathrm{Cl}^{-}]_i = 10. Perméabilités relatives au repos : PK=1P_{\mathrm{K}} = 1, PNa=0,04P_{\mathrm{Na}} = 0{,}04, PCl=0,45P_{\mathrm{Cl}} = 0{,}45. Données : R=8,314 J⋅mol−1⋅K−1R = 8{,}314\ \mathrm{J \cdot mol^{-1} \cdot K^{-1}}, F=96 485 C⋅mol−1F = 96\,485\ \mathrm{C \cdot mol^{-1}}.

  1. Calculer le potentiel de repos.
  2. Le comparer aux potentiels d'équilibre de K+\mathrm{K}^{+}, Na+\mathrm{Na}^{+} et Cl−\mathrm{Cl}^{-}, et en déduire le sens du courant de chaque ion au repos.

---

1. Goldman. T=37+273,15=310,15T = 37 + 273{,}15 = 310{,}15 K ; RTF=8,314×310,1596 485≈0,02673\dfrac{RT}{F} = \dfrac{8{,}314 \times 310{,}15}{96\,485} \approx 0{,}02673 V, soit 26,7326{,}73 mV. Numérateur (le chlorure interne) : 5+0,04×150+0,45×10=5+6+4,5=15,55 + 0{,}04 \times 150 + 0{,}45 \times 10 = 5 + 6 + 4{,}5 = 15{,}5. Dénominateur (le chlorure externe) : 135+0,04×12+0,45×108=135+0,48+48,6=184,08135 + 0{,}04 \times 12 + 0{,}45 \times 108 = 135 + 0{,}48 + 48{,}6 = 184{,}08.

Vm=26,73×ln⁡15,5184,08≈26,73×(−2,475)≈−66,1 mV.V_m = 26{,}73 \times \ln\dfrac{15{,}5}{184{,}08} \approx 26{,}73 \times (-2{,}475) \approx -66{,}1\ \mathrm{mV}.

Deux erreurs typiques donneraient tout autre chose : placer le chlorure externe au numérateur (≈−22,8\approx -22{,}8 mV), ou prendre le logarithme décimal sans le facteur 2,3032{,}303 (≈−28,7\approx -28{,}7 mV). Et répondre EKE_{\mathrm{K}} (−88,1-88{,}1 mV) confondrait potentiel de repos et potentiel d'équilibre.

2. Forces électromotrices. Avec EK≈−88,1E_{\mathrm{K}} \approx -88{,}1, ENa≈+67,5E_{\mathrm{Na}} \approx +67{,}5 et ECl≈−63,6E_{\mathrm{Cl}} \approx -63{,}6 mV :

  • K+\mathrm{K}^{+} : Vm−EK≈+21,9V_m - E_{\mathrm{K}} \approx +21{,}9 mV >0> 0, courant sortant de potassium ;
  • Na+\mathrm{Na}^{+} : Vm−ENa≈−133,6V_m - E_{\mathrm{Na}} \approx -133{,}6 mV <0< 0, courant entrant de sodium, poussé par une force énorme mais freiné par une perméabilité faible ;
  • Cl−\mathrm{Cl}^{-} : Vm−ECl≈−2,5V_m - E_{\mathrm{Cl}} \approx -2{,}5 mV, très faible devant les deux autres : le chlorure est proche de l'équilibre.

Le potentiel de repos est entre EKE_{\mathrm{K}} et ENaE_{\mathrm{Na}}, bien plus près du premier : la membrane est surtout perméable au potassium. Les courants sortant de K+\mathrm{K}^{+} et entrant de Na+\mathrm{Na}^{+} se compensent : c'est le sens de « courant total nul ». Ces fuites permanentes sont ce que la pompe compense.

Lecture. Nernst ion par ion, Goldman pour l'ensemble, et l'écart Vm−EionV_m - E_{\text{ion}} pour le sens de chaque courant.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : le potentiel d'action entre deux bornes

Figure (fig.biology.action-potential-coding, figure programmatique de la leçon de terminale sur le potentiel d'action, réutilisée ici parce qu'elle donne les deux nombres que ce chapitre explique) : à gauche, le potentiel de membrane en fonction du temps, gradué de −90-90 à +40+40 mV — ligne de repos à −70-70 mV, seuil, montée brutale à +30+30 mV, retour en passant brièvement sous le repos ; au centre, le codage en fréquence ; à droite, le circuit du réflexe myotatique.

Pour cette leçon, ajoutez deux lignes horizontales au panneau de gauche.

  • EK≈−88E_{\mathrm{K}} \approx -88 mV, presque au bas de l'échelle dessinée : le repos (−70-70 mV) est au-dessus, plus près de EKE_{\mathrm{K}} que de toute autre valeur — la membrane au repos est surtout perméable au potassium. Le creux qui suit le potentiel d'action s'approche de EKE_{\mathrm{K}} sans le dépasser : c'est le moment où la perméabilité au potassium est la plus grande.
  • ENa≈+68E_{\mathrm{Na}} \approx +68 mV, au-dessus du pic : le pic (+30+30 mV) monte vers ENaE_{\mathrm{Na}}, parce que la perméabilité au sodium domine pendant la phase ascendante, mais ne l'atteint pas.
  • Le tracé entier se lit donc comme l'équation de Goldman dont les perméabilités changent dans le temps ; les potentiels d'équilibre sont les murs entre lesquels il évolue.
  • Le panneau central (même amplitude à toutes les intensités) s'explique de même : l'amplitude est fixée par les potentiels d'équilibre et les perméabilités, pas par l'intensité du stimulus.

Ce que la figure ne montre pas : les concentrations, les perméabilités elles-mêmes, et le chlorure, dont le potentiel d'équilibre est souvent voisin du repos. Les valeurs −70-70 et +30+30 mV de la figure sont des ordres de grandeur typiques ; le calcul de l'exemple guidé, avec d'autres données, donne −66,1-66{,}1 mV.

Potentiel d'action : forme et amplitude, codage de l'intensite en frequence, et circuit du reflexe myotatique — Trois panneaux pédagogiques. À gauche, potentiel axonal schématique, repos moins 70 mV et pic plus 30 mV : amplitude 100 mV dan…
Potentiel d'action : forme et amplitude, codage de l'intensite en frequence, et circuit du reflexe myotatique · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • E. Kandel, J. Schwartz, T. Jessell, S. Siegelbaum, A. Hudspeth, Principes de neurosciences, Lavoisier — Médecine Sciences
  • B. Hille, Ion Channels of Excitable Membranes, 3e édition, Sinauer Associates, 2001
  • A. L. Hodgkin, B. Katz, « The effect of sodium ions on the electrical activity of the giant axon of the squid », The Journal of Physiology, 108(1), 37-77, 1949
  • D. Purves, G. Augustine, D. Fitzpatrick et al., Neurosciences, De Boeck Supérieur

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