Géologie · Première · 20 min de lecture
Bilan radiatif et effet de serre : ce que la Terre garde
Rayonnement solaire incident, albédo, rayonnement infrarouge terrestre, gaz à effet de serre (H₂O, CO₂, CH₄), température d'équilibre avec et sans effet de serre.
Chapitre du programme : Le Soleil, notre source d'énergie
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : ce qui arrive, ce qui repart, ce qui reste
La Terre reçoit de l’énergie du Soleil et en renvoie vers l’espace. Dans un état d’équilibre de référence, la puissance moyenne absorbée égale la puissance moyenne sortante. Cet équilibre n’est pas une description automatique de la Terre actuelle : un déséquilibre positif permet au système climatique d’accumuler de l’énergie. Le bilan radiatif est la comptabilité de ces échanges — et l'effet de serre en est la ligne la plus discutée, et la plus mal comprise.
Ce qui arrive. Au sommet de l'atmosphère, une surface d'un mètre carré placée face au Soleil reçoit une puissance d'environ W. Mais la Terre est une sphère, éclairée d'un seul côté, et la nuit alterne avec le jour : le Soleil éclaire un disque de rayon (aire ) tandis que l'énergie se répartit sur toute la sphère (aire ), quatre fois plus grande. En moyenne sur le globe et sur l'année, chaque mètre carré reçoit donc
C’est une moyenne au sommet de l’atmosphère, et non le flux solaire réellement reçu à chaque instant par chaque mètre carré de forêt ou de banquise. Les calculs locaux suivants emploient séparément un flux incident supposé donné dans un modèle simplifié.
Ce qui repart aussitôt : l'albédo. Une fraction de cette puissance est réfléchie vers l'espace sans être absorbée — par les nuages, les surfaces claires, l'atmosphère elle-même. Cette fraction est l'albédo, noté , un nombre sans unité entre et . La neige fraîche réfléchit environ % de ce qu'elle reçoit (), l'océan environ % (), la Terre dans son ensemble environ % (). La puissance réfléchie par mètre carré vaut ; la puissance absorbée vaut .
Ce qui est absorbé chauffe, et ce qui chauffe rayonne. Tout corps émet un rayonnement dont la longueur d'onde dépend de sa température : le Soleil, très chaud, rayonne surtout dans le visible ; la surface terrestre, à une quinzaine de degrés, rayonne dans l'infrarouge, invisible. La Terre absorbe du visible et réémet de l'infrarouge. À l'équilibre, la puissance infrarouge qui s'échappe vers l'espace est égale à la puissance solaire absorbée : c'est le sens du mot bilan.
L'effet de serre. Certains gaz de l'atmosphère — la vapeur d'eau d'abord, le dioxyde de carbone, le méthane, et quelques autres — sont transparents au visible mais absorbent l'infrarouge émis par la surface, puis le réémettent dans toutes les directions, dont une partie vers le sol. La surface reçoit ainsi, en plus du Soleil, un rayonnement infrarouge venu de l'atmosphère : elle est plus chaude qu'elle ne le serait sans ces gaz.
L'écart est considérable. La température moyenne de surface de la Terre vaut environ °C ; sans effet de serre, à albédo identique, elle serait d'environ °C. Trente-trois degrés de différence : sans effet de serre, l'eau liquide serait rare à la surface, et la vie telle que nous la connaissons impossible. L'effet de serre est un phénomène naturel, ancien et indispensable. Ce qui fait problème, c'est son renforcement : les activités humaines augmentent la concentration des gaz à effet de serre, donc la part d'infrarouge renvoyée vers le sol, donc la température. Deux choses différentes, un seul mot — d'où les confusions que le reste de la leçon démonte.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : le bilan en chiffres, les gaz, le renforcement
Le bilan moyen de la Terre. Avec W/m² et :
Ces W/m² sont absorbés en partie par l'atmosphère, en majorité par la surface. À l'équilibre, la Terre renvoie vers l'espace une puissance infrarouge égale : environ W/m² dans les bilans du GIEC — l'écart avec tient aux arrondis de l'albédo. Entre deux états d’équilibre de ce modèle, à albédo fixé, l’effet de serre change surtout la température de surface nécessaire pour atteindre le même flux sortant, parce qu'une partie de l'infrarouge émis par le sol est interceptée et renvoyée avant de s'échapper. La surface doit rayonner davantage que les W/m² qui sortent finalement — donc être plus chaude — pour que le bilan au sommet de l'atmosphère s'équilibre.
Pourquoi la surface rayonne dans l'infrarouge. La loi de Wien, vue dans la partie « rayonnement solaire » du programme, dit que la longueur d'onde du maximum d'émission d'un corps est d'autant plus courte qu'il est chaud. Le Soleil, à près de K, émet au maximum vers µm — dans le visible. La Terre, à environ K, émet au maximum vers µm — dans l'infrarouge. C'est cette différence de longueur d'onde qui permet l'effet de serre : les gaz concernés laissent passer le visible entrant et retiennent l'infrarouge sortant. Un gaz qui absorberait les deux ne réchaufferait pas la surface de la même manière.
Quels gaz ? Les principaux constituants de l'air, diazote et dioxygène, n'absorbent pratiquement pas l'infrarouge : ils ne participent pas à l'effet de serre. Les gaz à effet de serre sont minoritaires : la vapeur d'eau, premier contributeur à l'effet de serre naturel ; le dioxyde de carbone ; le méthane ; le protoxyde d'azote ; l'ozone. Le dioxyde de carbone n'est donc pas le seul gaz à effet de serre, ni même le premier de l'effet naturel. Il est en revanche le principal responsable du renforcement, parce que sa concentration augmente durablement sous l'effet des combustions : d'environ ppm avant l'ère industrielle à plus de ppm en 2019 (GIEC), soit une hausse de près de %. La vapeur d'eau, elle, s'ajuste en quelques jours à la température et aux précipitations : sa concentration atmosphérique moyenne répond principalement à la température ; cela ne signifie pas que les activités humaines ne rejettent jamais de vapeur d’eau, ni que ces rejets n’ont aucun effet local.
Le lien avec la combustion. Brûler un combustible fossile — charbon, pétrole, gaz —, c'est oxyder du carbone extrait du sous-sol en dioxyde de carbone rejeté dans l'atmosphère (leçon de chimie sur la combustion). Le carbone ainsi libéré était hors de l'atmosphère depuis des millions d'années. Comment ce carbone circule ensuite entre atmosphère, océans, sols et êtres vivants — les réservoirs et les flux du cycle du carbone — est l'objet du programme de terminale ; retenez ici seulement la première étape : combustion → dioxyde de carbone → gaz à effet de serre → renforcement.
L'ozone, une autre histoire. La couche d'ozone, dans la haute atmosphère, absorbe les ultraviolets du Soleil. Sa diminution, due à certains gaz industriels, laisse passer davantage d'UV, dangereux pour les êtres vivants — un problème réel, traité par des accords internationaux. Mais ce n'est pas la cause du réchauffement : autre rayonnement (UV, pas infrarouge), autres gaz, autre mécanisme. Deux problèmes environnementaux distincts, qu'un même mot, « atmosphère », fait souvent confondre.
L'albédo, une rétroaction. Quand la banquise fond, une surface d'albédo est remplacée par de l'océan d'albédo : la puissance absorbée par mètre carré augmente, ce qui réchauffe, ce qui fait fondre davantage de glace. Le bloc suivant chiffre ce mécanisme. C'est un exemple de rétroaction positive — un effet qui amplifie sa cause —, et l'une des raisons pour lesquelles les régions polaires se réchauffent plus vite que la moyenne.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : l'albédo, du globe à la banquise
Énoncé. Pour la question1, on adopte la moyenne globale W/m² au sommet de l’atmosphère. Pour les questions2–4, on passe à un modèle local fictif, sans absorption atmosphérique : chaque surface reçoit par hypothèse le même flux incident de W/m². Les résultats locaux ne sont pas des estimations du flux réel sur la banquise. L’albédo est la fraction réfléchie du flux incident ; le reste est absorbé dans le modèle.
- L'albédo moyen de la Terre vaut . Calculer les puissances surfaciques réfléchie et absorbée.
- La banquise a un albédo de , l'océan de . Calculer la puissance absorbée par mètre carré dans les deux cas, puis le supplément de puissance absorbée quand un mètre carré de banquise est remplacé par de l'océan.
- Une zone de banquise de km² fond entièrement. Quelle puissance supplémentaire cette zone absorbe-t-elle ? Répondre en watts, puis en mégawatts.
- En quoi ce résultat illustre-t-il une rétroaction ?
---
1. Le bilan moyen. Puissance réfléchie :
Puissance absorbée :
Contrôle : . Tout ce qui arrive est soit réfléchi, soit absorbé.
2. Banquise contre océan. Banquise : W/m². Océan : W/m². Supplément :
ce que l'on retrouve directement par W/m². Un mètre carré d'océan absorbe plus du double de ce qu'absorbait le même mètre carré de banquise.
3. La zone de cinq kilomètres carrés. Convertir d'abord l'aire : km² m², donc km² m². Puissance supplémentaire :
Le supplément vaut donc MW dans le modèle local et sous le flux imposé. Il ne constitue pas une mesure réelle sur une zone de banquise donnée : le flux local, les nuages et la saison doivent aussi être connus.
4. La rétroaction. Cette puissance absorbée en plus réchauffe l'eau et l'air voisins, ce qui favorise la fonte de la banquise restante, ce qui remplace encore de la banquise par de l'océan : l'effet renforce sa cause. C'est une rétroaction positive, qui amplifie le réchauffement initial au lieu de le freiner.
Contrôle. Un albédo est compris entre et ; dans ce modèle, la puissance solaire absorbée par mètre carré ne dépasse pas le flux incident donné W/m² ; et réfléchi plus absorbé doit toujours redonner . Trois vérifications qui coûtent cinq secondes.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : le bilan radiatif en une image
Cadre de lecture. Ce schéma superpose deux modèles pédagogiques : un bilan global Terre-atmosphère moyen à l’équilibre, puis une comparaison locale d’albédo sous un flux imposé. La réflexion globale inclut les nuages et l’atmosphère : les flèches dessinées au sol ne signifient pas que la surface réfléchit seule les W/m². Le partage moitié-haut/moitié-bas de l’infrarouge est schématique, non un bilan atmosphérique détaillé.
Figure (fig.geology.radiative-balance, SVG programmatique existant) : une coupe schématique de la surface et de l'atmosphère, traversée par des flèches dont la largeur est proportionnelle à la puissance transportée.
- Le cadre. En bas, une bande horizontale figurant le sol, avec deux textures : à gauche de la banquise (claire, hachurée), à droite de l'océan (uni). Au milieu, une bande grise translucide figurant l'atmosphère, marquée « vapeur d'eau, dioxyde de carbone, méthane… ». En haut, le vide spatial, et dans le coin un disque solaire.
- Le visible entrant. Une large flèche descendante depuis le Soleil, en trait continu, étiquetée « W/m² en moyenne ». Elle traverse l'atmosphère et se scinde à la surface en deux : une flèche remontante en trait continu, « réfléchi : W/m² » (un tiers de la largeur), et une flèche qui s'enfonce dans le sol, « absorbé : W/m² ».
- L'infrarouge sortant. Depuis le sol, des flèches ondulées (pour distinguer l'infrarouge du visible sans recourir à la couleur) montent vers l'atmosphère. Une partie traverse et sort en haut, étiquetée « vers l'espace : ≈ W/m² » ; une autre est interceptée dans la bande atmosphérique et réémise, la moitié vers le haut, la moitié vers le bas — flèche ondulée descendante étiquetée « effet de serre : infrarouge renvoyé vers le sol ».
- Le bilan au sommet. Un cartouche en haut : « entrant = réfléchi + infrarouge sortant ≈ (à l'arrondi près) : la Terre ne se réchauffe que si ce bilan se déséquilibre ».
- L'encart albédo. Deux petites flèches réfléchies au-dessus des deux textures du sol : large au-dessus de la banquise (), étroite au-dessus de l'océan (), avec la mention « W/m² de plus sous le flux local imposé du modèle ».
- Le thermomètre. Sur le côté, deux repères : « avec effet de serre : ≈ °C », « sans : ≈ °C ».
Ce qu'il faut lire. La largeur des flèches est le message : ce qui sort vers l'espace équilibre ce qui entre, mais la surface, elle, reçoit aussi l'infrarouge renvoyé par l'atmosphère, et c'est pour cela qu'elle est à °C et non à . L’encart illustre le rôle d’un changement d’albédo de surface, dans le modèle local à flux imposé ; l’albédo planétaire prend aussi en compte les nuages et l’atmosphère.
La figure en détail : la figure est une coupe verticale schématique. En bas, le sol est représenté par une bande dont la moitié gauche, hachurée et claire, figure de la banquise, et la moitié droite, unie, figure de l'océan. Au-dessus, une bande grise translucide représente l'atmosphère et porte les noms des principaux gaz à effet de serre. En haut, l'espace, avec un disque solaire dans un coin. Une large flèche descend du Soleil jusqu'au sol, annotée trois cent quarante watts par mètre carré ; à la surface, elle se divise en une flèche qui remonte vers l'espace, environ un tiers de la largeur, annotée réfléchi cent deux watts par mètre carré, et une flèche qui pénètre dans le sol, annotée absorbé deux cent trente-huit watts par mètre carré. Depuis le sol, des flèches ondulées, qui représentent l'infrarouge, montent vers l'atmosphère ; une partie la traverse et sort vers l'espace, annotée environ deux cent quarante watts par mètre carré ; une autre partie est arrêtée dans la bande atmosphérique et réémise, pour moitié vers le haut et pour moitié vers le sol, cette dernière flèche portant la mention effet de serre. Un cartouche en haut résume l'égalité entre ce qui entre et ce qui sort. Au-dessus de la banquise, une flèche réfléchie large indique un albédo de zéro virgule six ; au-dessus de l'océan, une flèche étroite indique un albédo de zéro virgule un. Sur le côté, un thermomètre porte deux repères, quinze degrés avec effet de serre et moins dix-huit degrés sans.
Continuez sur votre lancée
Vous avez découvert l’essentiel et un exemple. Retrouvez la suite du cours et les points à retenir, puis passez à l’entraînement guidé dans votre compte.
- Les formules et les repères à retenir
- Les erreurs fréquentes expliquées
- Un exercice avec des aides et sa correction
L’accès gratuit comprend les cours et exercices de votre niveau choisi.
Sources
- NASA Earth Observatory — Climate and Earth’s Energy Budget : moyenne au sommet, absorption atmosphère/surface et déséquilibre — https://science.nasa.gov/earth/earth-observatory/climate-and-earths-energy-budget/
- BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme d'enseignement scientifique de première générale, thème « Le Soleil, notre source d'énergie » : le bilan radiatif terrestre
- GIEC, Sixième rapport d'évaluation (AR6), groupe de travail I — Les bases scientifiques physiques, 2021, chapitre 7 « The Earth's energy budget, climate feedbacks and climate sensitivity »
- J. T. Kiehl, K. E. Trenberth, « Earth's Annual Global Mean Energy Budget », Bulletin of the American Meteorological Society, vol. 78, 1997, p. 197-208
Vous pensez avoir trouvé une erreur dans cette leçon ? Signalez-la par e-mail.