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Mathématiques · Licence 1 · 15 min de lecture

Algorithme d'Euclide, Bézout et l'équation ax + by = c

Division euclidienne dans les entiers relatifs ; PGCD et algorithme d'Euclide ; remontée de l'algorithme donnant un couple de coefficients de Bézout ; théorème de Bézout et son cas particulier des entiers premiers entre eux ; description de TOUS les couples solutions à partir d'un couple particulier, et unique représentant normalisé ; théorème de Gauss ; équation diophantienne du premier degré à deux inconnues : condition d'existence (le PGCD divise le second membre) et ensemble complet des solutions.

Chapitre du programme : Arithmétique et structures algébriques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : le PGCD sans factoriser

Dans les leçons précédentes, vous trouviez le PGCD de deux entiers en les décomposant en facteurs premiers et en gardant les facteurs communs. Ça marche pour 252252 et 180180 ; la factorisation peut devenir coûteuse pour de grands entiers, même si certains grands nombres se factorisent facilement — c'est même sur cette difficulté que repose une partie de la cryptographie. L'algorithme d'Euclide, lui, ne factorise rien : il divise.

La division euclidienne. Pour a∈Za\in\mathbb Z et b∈N∗b\in\mathbb N^*, il existe un unique couple (q ; r)(q\,;\,r) d'entiers tel que

a=bq+ret0≤r<b.a = bq + r \quad \text{et} \quad 0 \le r < b.

Le point clé, qui fait tout l'algorithme : les diviseurs communs de aa et bb sont exactement les diviseurs communs de bb et rr. En effet, si dd divise aa et bb, il divise a−bq=ra - bq = r ; et si dd divise bb et rr, il divise bq+r=abq + r = a. Donc pgcd(a ; b)=pgcd(b ; r)\mathrm{pgcd}(a\,;\,b) = \mathrm{pgcd}(b\,;\,r).

Algorithme d’Euclide. On part de a⩾0a\geqslant0 et b>0b>0 (pour des entiers signés, on utilise leurs valeurs absolues et on échange si nécessaire). Si le second entier est nul, le PGCD vaut directement ∣a∣|a|. On remplace le couple (a ; b)(a\,;\,b) par (b ; r)(b\,;\,r), puis on recommence, jusqu'à obtenir un reste nul. Le PGCD est le dernier reste non nul.

Sur 252252 et 180180 :

252=1×180+72,180=2×72+36,72=2×36+0.252 = 1 \times 180 + 72, \qquad 180 = 2 \times 72 + 36, \qquad 72 = 2 \times 36 + 0.

Le dernier reste non nul est 3636 : pgcd(252 ; 180)=36\mathrm{pgcd}(252\,;\,180) = 36. Trois divisions, aucune factorisation, et le même résultat que les arbres de facteurs. L'algorithme se termine toujours, parce que les restes forment une suite d'entiers naturels strictement décroissante (0≤r<b0 \le r < b) — elle ne peut pas descendre indéfiniment.

Remonter l'algorithme. Chaque ligne exprime un reste à partir des deux nombres précédents ; en remontant, on exprime le PGCD à partir de aa et de bb :

36=180−2×72=180−2×(252−180)=3×180−2×252.36 = 180 - 2 \times 72 = 180 - 2 \times (252 - 180) = 3 \times 180 - 2 \times 252.

Ainsi 252×(−2)+180×3=36252 \times (-2) + 180 \times 3 = 36. On a trouvé un couple de Bézout : deux entiers uu et vv tels que au+bv=pgcd(a ; b)au + bv = \mathrm{pgcd}(a\,;\,b). Contrôle obligatoire : −504+540=36-504 + 540 = 36. ✓\checkmark

Théorème de Bézout. Pour tous entiers aa et bb non tous nuls, de PGCD dd, il existe des entiers uu et vv tels que au+bv=dau + bv = d. En particulier, aa et bb sont premiers entre eux si et seulement s'il existe uu et vv tels que au+bv=1au + bv = 1.

Attention au sens : au+bv=1au + bv = 1 caractérise les entiers premiers entre eux ; dans le cas général, le second membre est dd, pas 11. Écrire « 252u+180v=1252u + 180v = 1 » n'a pas de solution — le membre de gauche est toujours multiple de 3636.

La famille, avec ses domaines. Dans les formules de normalisation qui suivent, on suppose a∈Za\in\mathbb Z, b>0b>0 et d=pgcd(a;b)>0d=\mathrm{pgcd}(a;b)>0. Le théorème de Bézout précédent reste valable pour deux entiers non tous nuls ; si b=0b=0, la normalisation 0⩽u<b/d0\leqslant u<b/d ne s’applique pas. Le couple n’est pas unique. Si (u0 ; v0)(u_0\,;\,v_0) convient, alors pour tout entier kk,

(u0+k bd ; v0−k ad)\left(u_0 + k\,\frac{b}{d}\ ;\ v_0 - k\,\frac{a}{d}\right)

convient aussi, puisque a⋅kbd−b⋅kad=0a \cdot k\frac{b}{d} - b \cdot k\frac{a}{d} = 0. Et ce sont tous les couples (on le démontre au bloc suivant avec le théorème de Gauss). Pour 252252 et 180180 : bd=5\dfrac{b}{d} = 5, ad=7\dfrac{a}{d} = 7, donc les couples sont (−2+5k ; 3−7k)(-2 + 5k\,;\,3 - 7k). Parmi eux, un seul a son premier coefficient dans [0 ; 5[[0\,;\,5[ : pour k=1k = 1, le couple (3 ; −4)(3\,;\,-4), et l'on vérifie 756−720=36756 - 720 = 36. ✓\checkmark C'est ce représentant normalisé que les exercices demandent, précisément parce qu'il est unique.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : Gauss, et toutes les solutions de ax + by = c

Le théorème de Gauss est la conséquence la plus utile de Bézout :

Si aa divise bcbc et si aa est premier avec bb, alors aa divise cc.

Démonstration. Par Bézout, il existe uu, vv avec au+bv=1au + bv = 1. En multipliant par cc : acu+bcv=cacu + bcv = c. Or aa divise acuacu (évident) et aa divise bcvbcv (par hypothèse, aa divise bcbc). Donc aa divise leur somme, cc. Fin de la démonstration. Sans l'hypothèse « aa premier avec bb », c'est faux : 66 divise 4×3=124 \times 3 = 12, mais 66 ne divise ni 44 ni 33.

L’équation diophantienne ax+by=cax+by=c, avec a∈Za\in\mathbb Z, b>0b>0, c∈Zc\in\mathbb Z, à résoudre dans Z2\mathbb Z^2. Soit d=pgcd(a;b)>0d=\mathrm{pgcd}(a;b)>0.

Existence. Le membre de gauche est toujours multiple de dd. Donc : il y a des solutions si et seulement si dd divise cc. C'est la seule condition ; aucune quantité d'essais infructueux ne la remplace. Si dd divise cc, on écrit c=d c′c = d\,c', on prend un couple de Bézout au0+bv0=dau_0 + bv_0 = d, et (x0 ; y0)=(c′u0 ; c′v0)(x_0\,;\,y_0) = (c'u_0\,;\,c'v_0) est une solution particulière.

Toutes les solutions. Soit (x ; y)(x\,;\,y) une autre solution. En soustrayant, a(x−x0)+b(y−y0)=0a(x - x_0) + b(y - y_0) = 0, soit, après division par dd :

a′(x−x0)=− b′(y−y0),a′=ad, b′=bd premiers entre eux.a'(x - x_0) = -\,b'(y - y_0), \qquad a' = \frac{a}{d},\ b' = \frac{b}{d} \text{ premiers entre eux.}

Ainsi b′b' divise a′(x−x0)a'(x - x_0) et b′b' est premier avec a′a' : par Gauss, b′b' divise x−x0x - x_0, d'où x=x0+k b′x = x_0 + k\,b'. En reportant, y=y0−k a′y = y_0 - k\,a'. Réciproquement, tout couple de cette forme convient.

S={ (x0+k bd ; y0−k ad), k∈Z }.\mathcal{S} = \left\{\, \left(x_0 + k\,\frac{b}{d}\ ;\ y_0 - k\,\frac{a}{d}\right),\ k \in \mathbb{Z} \,\right\}.

C'est exactement la famille des couples de Bézout du bloc précédent, avec c=dc = d. La démonstration est courte et elle est étudiée dans ce parcours ; il faut pouvoir justifier la famille et sa réciproque.

Exemple complet. Résoudre 91x+35y=2191x + 35y = 21.

  • Euclide : 91=2×35+2191 = 2 \times 35 + 21 ; 35=1×21+1435 = 1 \times 21 + 14 ; 21=1×14+721 = 1 \times 14 + 7 ; 14=2×7+014 = 2 \times 7 + 0. Donc d=7d = 7.
  • 77 divise 2121 : il y a des solutions, et c′=3c' = 3.
  • Remontée : 7=21−14=21−(35−21)=2×21−35=2×(91−2×35)−35=2×91−5×357 = 21 - 14 = 21 - (35 - 21) = 2 \times 21 - 35 = 2 \times (91 - 2 \times 35) - 35 = 2 \times 91 - 5 \times 35. Contrôle : 182−175=7182 - 175 = 7. ✓\checkmark
  • Solution particulière : (x0 ; y0)=(3×2 ; 3×(−5))=(6 ; −15)(x_0\,;\,y_0) = (3 \times 2\,;\,3 \times (-5)) = (6\,;\,-15). Contrôle : 546−525=21546 - 525 = 21. ✓\checkmark
  • Toutes les solutions, avec bd=5\dfrac{b}{d} = 5 et ad=13\dfrac{a}{d} = 13 :
S={(6+5k ; −15−13k), k∈Z}.\mathcal{S} = \{(6 + 5k\ ;\ -15 - 13k),\ k \in \mathbb{Z}\}.

Pour k=1k = 1 : (11 ; −28)(11\,;\,-28), et 1001−980=211001 - 980 = 21. ✓\checkmark

Une application : l'inverse modulo nn. Pour un module entier n⩾2n\geqslant2, dire que aa est premier avec nn, c'est dire qu'il existe uu, vv avec au+nv=1au + nv = 1, c'est-à-dire au≡1 [n]au \equiv 1\ [n] : uu est un inverse de aa modulo nn. Il est unique parmi les restes 0,1,…,n−10, 1, \dots, n - 1. Par exemple, 77 et 3030 sont premiers entre eux : 30=4×7+230 = 4 \times 7 + 2, 7=3×2+17 = 3 \times 2 + 1, donc 1=7−3×2=7−3×(30−4×7)=13×7−3×301 = 7 - 3 \times 2 = 7 - 3 \times (30 - 4 \times 7) = 13 \times 7 - 3 \times 30. L'inverse de 77 modulo 3030 est 1313 : en effet 7×13=91=3×30+17 \times 13 = 91 = 3 \times 30 + 1. La structure des congruences est la fiche suivante ; ici, retenez que chercher un inverse, c'est faire une remontée d'Euclide.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : lots entiers et contrainte de capacité

Énoncé fictif. Une réserve doit fournir exactement78 unités, avec des lots de12 et de18 unités. On cherche les nombres de lots x,yx,y entiers positifs ou nuls, puis on impose au plus cinq lots en tout.

Condition arithmétique. 18=12+618=12+6, puis 12=2×612=2\times6 : le PGCD vaut6 et divise78. De 6=18−126=18-12, on déduit 78=13×18−13×1278=13\times18-13\times12, donc une solution entière (−13;13)(-13;13).

Famille entière. Toutes les solutions de 12x+18y=7812x+18y=78 sont

(x;y)=(−13+3k;13−2k),k∈Z.(x;y)=(-13+3k;13-2k),\qquad k\in\mathbb Z.

La condition x⩾0x\geqslant0 donne k⩾5k\geqslant5 ; y⩾0y\geqslant0 donne k⩽6k\leqslant6. Il reste (2;3)(2;3) et (5;1)(5;1) : les sommes sont bien24+54=78 et60+18=78.

Ajouter la contrainte sans changer l’équation. Les totaux de lots sont respectivement5 et6. Avec au plus cinq lots, seule la paire (2;3)(2;3) convient. L’existence de solutions entières donnée par le PGCD ne garantissait ni leur positivité ni la contrainte logistique : ces étapes doivent être traitées séparément.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : deux chemins vers le même PGCD

Figure (fig.math.prime-factor-tree, figure programmatique de la leçon de troisième sur les nombres premiers, relue ici avec les yeux de la licence) : deux échelles de division, côte à côte.

  • À gauche, 252252 est divisé successivement par 22, 22, 33, 33, 77 : les nombres 252252, 126126, 6363, 2121, 77, 11 descendent le long d'une barre verticale, chaque diviseur dans une petite boîte à droite. Bilan : 252=22×32×7252 = 2^2 \times 3^2 \times 7.
  • À droite, 180180 est divisé par 22, 22, 33, 33, 55 : 180180, 9090, 4545, 1515, 55, 11. Bilan : 180=22×32×5180 = 2^2 \times 3^2 \times 5.
  • Les facteurs communs 22, 22, 33, 33 portent un fond hachuré ; les facteurs propres 77 et 55 un cadre à trait épais — le codage double la couleur, et une légende l'écrit. Une ligne encadrée conclut : « facteurs communs : 22×32=362^2 \times 3^2 = 36 ». En bas, la fraction 252180\dfrac{252}{180} est simplifiée en 36×736×5=75\dfrac{36 \times 7}{36 \times 5} = \dfrac{7}{5}.

Ce qu'il faut y lire pour cette leçon. La figure obtient pgcd(252 ; 180)=36\mathrm{pgcd}(252\,;\,180) = 36 par les factorisations : dix divisions par des nombres premiers qu'il a fallu deviner. L'algorithme d'Euclide obtient le même 3636 par trois divisions euclidiennes sans deviner quoi que ce soit :

252=1×180+72,180=2×72+36,72=2×36.252 = 1 \times 180 + 72, \qquad 180 = 2 \times 72 + 36, \qquad 72 = 2 \times 36.

Imaginez les mêmes échelles pour deux entiers de trente chiffres : les colonnes pourraient être difficiles à établir si les facteurs premiers sont inconnus, tandis que la suite des restes d'Euclide resterait courte — elle est au plus proportionnelle au nombre de chiffres. C'est pourquoi on apprend Euclide après avoir appris les arbres de facteurs.

Ce que la figure montre aussi, sans le dire. Les cofacteurs 77 et 55 — ce qui reste de chaque nombre une fois le PGCD retiré — sont précisément ad\dfrac{a}{d} et bd\dfrac{b}{d}, premiers entre eux. Ce sont eux qui paramètrent la famille des couples de Bézout : (−2+5k ; 3−7k)(-2 + 5k\,;\,3 - 7k). Le 55 de la boîte à trait épais, à droite, est le pas du premier coefficient ; le 77 de gauche, celui du second. La fraction irréductible 75\dfrac{7}{5} du bas et le théorème de Gauss disent la même chose : une fois le PGCD ôté, plus rien de commun.

Deux échelles de division côte à côte : 252 et 180 — Deux colonnes de calcul côte à côte. La colonne de gauche part de 252 et donne successivement 126, 63, 21, 7 puis 1 en divisant par 2, 2, 3, 3, 7.
Deux échelles de division côte à côte : 252 et 180 · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI
  • J.-P. Ramis, A. Warusfel (dir.), Mathématiques tout-en-un pour la licence — Niveau L1, Dunod
  • D. Perrin, Cours d'algèbre, Ellipses
  • Wissam Raji, Elementary Number Theory, 1.6 — algorithme et remontée : https://math.libretexts.org/Bookshelves/Combinatorics_and_Discrete_Mathematics/Elementary_Number_Theory_(Raji)/01:_Introduction/1.06:_The_Euclidean_Algorithm

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