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Mathématiques · Licence 1 · 11 min de lecture

Congruences et anneau Z/nZ

Congruence modulo n, compatibilité avec la somme et le produit, classes de reste et anneau Z/nZ ; critère d'inversibilité (une classe est inversible si et seulement si son représentant est premier avec n) et calcul effectif de l'inverse par Bézout ; résolution de la congruence ax ≡ c modulo n, condition d'existence et NOMBRE exact de solutions modulo n ; petit théorème de Fermat et calcul de puissances modulaires ; théorème des restes chinois sur deux modules premiers entre eux.

Chapitre du programme : Arithmétique et structures algébriques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : calculer avec des restes

L'heure qu'il sera dans 3030 heures, le jour de la semaine dans 100100 jours, le dernier chiffre de 32223^{222} : dans chaque cas, seul compte un reste. La congruence est l'outil qui permet de calculer directement sur les restes, sans jamais écrire les grands nombres.

Définition. Soit n≥2n \ge 2. On dit que aa est congru à bb modulo nn, et on note a≡b  [n]a \equiv b \; [n], si nn divise a−ba - b. De façon équivalente, aa et bb ont le même reste dans la division euclidienne par nn. Exemple : 53≡3  [10]53 \equiv 3 \; [10] et −17≡23  [40]-17 \equiv 23 \; [40].

Compatibilité. Si a≡a′  [n]a \equiv a' \; [n] et b≡b′  [n]b \equiv b' \; [n], alors a+b≡a′+b′  [n]a + b \equiv a' + b' \; [n] et ab≡a′b′  [n]ab \equiv a'b' \; [n] ; donc aussi ak≡a′k  [n]a^{k} \equiv a'^{k} \; [n]. On peut remplacer un nombre par n'importe quel nombre congru, au milieu d'un calcul, à condition de ne toucher qu'aux nombres qu'on additionne ou multiplie — jamais à un exposant.

L'anneau Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}. La classe de aa est l'ensemble des entiers congrus à aa ; il y en a exactement nn, une par reste possible 0,1,…,n−10, 1, \dots, n - 1. La compatibilité permet d'additionner et de multiplier les classes : on obtient l'anneau Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}. Dans cet anneau, on peut avoir ab=0ab = 0 sans a=0a = 0 ni b=0b = 0 : 4×6=24≡0  [24]4 \times 6 = 24 \equiv 0 \; [24].

Inversibilité. La classe de aa est inversible modulo nn s'il existe uu tel que au≡1  [n]au \equiv 1 \; [n]. Théorème :

la classe de aa est inversible modulo nn si et seulement si pgcd(a,n)=1\mathrm{pgcd}(a, n) = 1.

Si ua+vn=1ua + vn = 1 (Bézout), alors ua≡1  [n]ua \equiv 1 \; [n] : l'inverse se calcule par l'algorithme d'Euclide étendu. Réciproquement, si au=1+knau = 1 + kn, tout diviseur commun de aa et nn divise 11. Conséquence : quand n=pn = p est premier, toute classe non nulle est inversible, et Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} est un corps.

Ce qu'on n'a pas le droit de faire. Diviser une congruence par un entier non inversible. De 6x≡6  [8]6x \equiv 6 \; [8] on ne tire pas x≡1  [8]x \equiv 1 \; [8] : x=5x = 5 convient aussi (30=3×8+630 = 3 \times 8 + 6). La division n'est permise que par un entier premier avec le module.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : équations, Fermat, restes chinois

L'équation ax≡c  [n]ax \equiv c \; [n]. Notons d=pgcd(a,n)d = \mathrm{pgcd}(a, n). L'équation équivaut à l'existence d'un entier yy avec ax+ny=cax + ny = c ; le membre de gauche est toujours multiple de dd, et Bézout montre que cette condition suffit.

  • Si dd ne divise pas cc : aucune solution.
  • Si dd divise cc : on divise tout par dd — les deux membres ET le module — pour obtenir a′x≡c′  [n′]a'x \equiv c' \; [n'] avec a′=ada' = \dfrac{a}{d}, c′=cdc' = \dfrac{c}{d}, n′=ndn' = \dfrac{n}{d} et pgcd(a′,n′)=1\mathrm{pgcd}(a', n') = 1. Cette équation a une solution unique x0x_0 modulo n′n', et l'équation de départ a exactement dd solutions modulo nn : x0, x0+n′, …, x0+(d−1)n′x_0,\ x_0 + n',\ \dots,\ x_0 + (d - 1)n'.

Exemple : 18x≡12  [24]18x \equiv 12 \; [24]. Ici d=6d = 6, qui divise 1212. On obtient 3x≡2  [4]3x \equiv 2 \; [4] ; l'inverse de 33 modulo 44 est 33 (9≡19 \equiv 1), donc x≡6≡2  [4]x \equiv 6 \equiv 2 \; [4]. Modulo 2424 : six solutions, 2,6,10,14,18,222, 6, 10, 14, 18, 22. En revanche 18x≡15  [24]18x \equiv 15 \; [24] n'en a aucune, car 66 ne divise pas 1515. Et 6x≡6  [8]6x \equiv 6 \; [8] : d=2d = 2, 3x≡3  [4]3x \equiv 3 \; [4], x≡1  [4]x \equiv 1 \; [4], soit deux solutions 11 et 55 modulo 88.

Petit théorème de Fermat. Si pp est premier et ne divise pas aa, alors ap−1≡1  [p]a^{p - 1} \equiv 1 \; [p]. Pour calculer aka^{k} modulo pp, on écrit la division euclidienne k=q(p−1)+rk = q(p - 1) + r : alors ak≡ar  [p]a^{k} \equiv a^{r} \; [p]. On réduit l'exposant modulo p−1p - 1, la base modulo pp. Les deux hypothèses comptent : modulo 1515 (non premier), 214=16 384≡4  [15]2^{14} = 16\,384 \equiv 4 \; [15], pas 11 ; et pour une base multiple de pp, ak≡0a^{k} \equiv 0.

Élévations au carré successives. Pour la petite puissance restante, on calcule a2,a4,a8,…a^{2}, a^{4}, a^{8}, \dots modulo pp en réduisant à chaque étape, puis on multiplie les puissances qui composent rr en base 22.

Théorème des restes chinois. Si m1m_1 et m2m_2 sont premiers entre eux, le système x≡r1  [m1]x \equiv r_1 \; [m_1], x≡r2  [m2]x \equiv r_2 \; [m_2] a une solution, unique modulo m1m2m_1 m_2. Méthode : on écrit x=r1+m1kx = r_1 + m_1 k, on reporte dans la seconde congruence, m1k≡r2−r1  [m2]m_1 k \equiv r_2 - r_1 \; [m_2], et on multiplie par l'inverse de m1m_1 modulo m2m_2. Exemple : x≡3  [10]x \equiv 3 \; [10] et x≡4  [7]x \equiv 4 \; [7]. Alors 10k≡1  [7]10k \equiv 1 \; [7], soit 3k≡1  [7]3k \equiv 1 \; [7] ; l'inverse de 33 modulo 77 est 55, donc k≡5  [7]k \equiv 5 \; [7] et x=3+50=53x = 3 + 50 = 53. Contrôle : 53=5×10+3=7×7+453 = 5 \times 10 + 3 = 7 \times 7 + 4. ✓\checkmark Les autres solutions sont 53+70j53 + 70j.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : un inverse, une puissance

Énoncé.

  1. Montrer que la classe de 77 est inversible modulo 4040 et déterminer son inverse dans {0 ; 1 ; … ; 39}\{0\,;\,1\,;\,\dots\,;\,39\}.
  2. Déterminer le reste de la division euclidienne de 32223^{222} par 4343, sachant que 4343 est premier.

---

1. Euclide, puis Bézout. Algorithme d'Euclide sur (40,7)(40, 7) :

40=5×7+5,7=1×5+2,5=2×2+1,2=2×1+0.40 = 5 \times 7 + 5, \qquad 7 = 1 \times 5 + 2, \qquad 5 = 2 \times 2 + 1, \qquad 2 = 2 \times 1 + 0.

Le dernier reste non nul vaut 11 : pgcd(7,40)=1\mathrm{pgcd}(7, 40) = 1, la classe est inversible. On remonte :

1=5−2×2=5−2(7−5)=3×5−2×7=3(40−5×7)−2×7=3×40−17×7.1 = 5 - 2 \times 2 = 5 - 2(7 - 5) = 3 \times 5 - 2 \times 7 = 3(40 - 5 \times 7) - 2 \times 7 = 3 \times 40 - 17 \times 7.

Relation de Bézout : (−17)×7+3×40=1(-17) \times 7 + 3 \times 40 = 1, donc (−17)×7≡1  [40](-17) \times 7 \equiv 1 \; [40]. L'inverse est la classe de −17-17, dont le représentant dans {0 ; … ; 39}\{0\,;\,\dots\,;\,39\} est −17+40=23-17 + 40 = 23.

Contrôle : 7×23=161=4×40+17 \times 23 = 161 = 4 \times 40 + 1. ✓\checkmark

2. Fermat, puis carrés successifs. 4343 est premier et ne divise pas 33 : 342≡1  [43]3^{42} \equiv 1 \; [43]. Division de l'exposant par p−1=42p - 1 = 42 : 222=5×42+12222 = 5 \times 42 + 12, donc

3222=(342)5×312≡312  [43].3^{222} = \left(3^{42}\right)^{5} \times 3^{12} \equiv 3^{12} \; [43].

Carrés successifs, en réduisant à chaque fois : 32=93^{2} = 9 ; 34=81≡383^{4} = 81 \equiv 38 ; 38≡382=1 444=33×43+25≡253^{8} \equiv 38^{2} = 1\,444 = 33 \times 43 + 25 \equiv 25. Comme 12=8+412 = 8 + 4 :

312≡25×38=950=22×43+4≡4  [43].3^{12} \equiv 25 \times 38 = 950 = 22 \times 43 + 4 \equiv 4 \; [43].

Le reste cherché est 44.

Lecture. Euclide prouve l'inversibilité avant de calculer l'inverse ; Fermat réduit un exposant de trois chiffres à une puissance qu'on calcule à la main. Les deux calculs se vérifient en une ligne : un produit qui vaut 11, une suite de restes tous inférieurs à 4343.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : le pgcd décide de tout

Figure (fig.math.prime-factor-tree, figure programmatique de la leçon de 3e sur les nombres premiers, réutilisée ici parce qu'elle fait voir un pgcd) : deux échelles de division côte à côte, 252=22×32×7252 = 2^{2} \times 3^{2} \times 7 à gauche, 180=22×32×5180 = 2^{2} \times 3^{2} \times 5 à droite ; les facteurs communs 2,2,3,32, 2, 3, 3 sont hachurés, et le bilan encadre « facteurs communs : 22×32=362^{2} \times 3^{2} = 36 ».

Pour cette leçon, lisez la figure comme la réponse à trois questions modulo 180180.

  • 252252 est-il inversible modulo 180180 ? Non : pgcd(252,180)=36≠1\mathrm{pgcd}(252, 180) = 36 \ne 1. La partie hachurée, non vide, suffit à le dire. Seul un nombre dont l'échelle ne partage aucun facteur avec 2,3,52, 3, 5 serait inversible modulo 180180 — par exemple 77, ou 4949.
  • Quand l'équation 252x≡c  [180]252x \equiv c \; [180] a-t-elle des solutions ? Exactement quand 3636 divise cc. Pour c=72c = 72 : on divise tout par 3636, ce qui donne 7x≡2  [5]7x \equiv 2 \; [5], soit 2x≡2  [5]2x \equiv 2 \; [5] puisque 7≡27 \equiv 2, et x≡1  [5]x \equiv 1 \; [5].
  • Combien ? 3636 solutions modulo 180180 : 1,6,11,…,1761, 6, 11, \dots, 176. Le nombre de solutions est le nombre que la figure encadre.

La dernière ligne de la figure, 252180=75\dfrac{252}{180} = \dfrac{7}{5}, est d'ailleurs exactement l'équation réduite : après division par le pgcd, le coefficient 77 et le module 55 sont premiers entre eux, et c'est pour cela que l'équation réduite a une solution unique.

Ce que la figure ne montre pas : le calcul de l'inverse lui-même (il faut l'algorithme d'Euclide étendu, pas la décomposition), et les puissances, pour lesquelles c'est la primalité du module qui compte.

Deux échelles de division côte à côte : 252 et 180 — Deux colonnes de calcul côte à côte. La colonne de gauche part de 252 et donne successivement 126, 63, 21, 7 puis 1 en divisant par 2, 2, 3, 3, 7.
Deux échelles de division côte à côte : 252 et 180 · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI
  • J.-P. Ramis, A. Warusfel (dir.), Mathématiques tout-en-un pour la licence — Niveau L1, Dunod
  • D. Perrin, Cours d'algèbre, Ellipses

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