Mathématiques · Licence 2 · 10 min de lecture
Formes bilinéaires symétriques et formes quadratiques
Forme bilinéaire sur un espace vectoriel réel de dimension finie, symétrie, forme quadratique associée et forme polaire, identité de polarisation et le facteur un demi qu'elle porte ; matrice d'une forme bilinéaire symétrique dans une base et lecture des coefficients des termes rectangles comme des demi-coefficients hors diagonale ; effet d'un changement de base (matrices congruentes) et invariance du rang ; noyau d'une forme quadratique, forme dégénérée ou non dégénérée, vecteurs isotropes et cône isotrope, distinction entre ce cône et le noyau.
Chapitre du programme : Algèbre bilinéaire et hermitienne
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : un produit scalaire sans la positivité
Le produit scalaire de a trois propriétés : il est linéaire en chaque variable, symétrique, et pour . Ce chapitre garde les deux premières et abandonne la troisième. Ce qu'on obtient sert partout : énergie cinétique, matrice hessienne, coniques et quadriques, relativité restreinte.
Forme bilinéaire symétrique. Sur un espace vectoriel réel de dimension finie, une forme bilinéaire est une application linéaire en la première variable et en la seconde. Elle est symétrique si .
Forme quadratique. La forme quadratique associée est . Elle n'est pas linéaire :
Le terme — le « double produit » — est exactement ce que ne voit pas séparément.
Forme polaire. Réciproquement, se retrouve à partir de par l'identité de polarisation :
La forme bilinéaire symétrique ainsi déterminée par s'appelle la forme polaire de . Le facteur n'est pas décoratif : vaut , le double.
En coordonnées. Dans , une forme quadratique est un polynôme homogène de degré :
Sa matrice dans la base canonique est la matrice symétrique telle que et . Sur la diagonale, les coefficients des carrés : . Hors de la diagonale, la moitié du coefficient du terme rectangle : . Le terme se partage en deux parts égales, l'une en place , l'autre en place , parce que la matrice doit être symétrique.
Exemple : a pour matrice
Le devant devient deux ; le devant devient deux ; l'absence de terme en donne deux zéros.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : changement de base, noyau, cône isotrope
Changement de base. Si est la matrice de passage d'une base à une autre (), alors : la nouvelle matrice est
On dit que et sont congruentes — ce n'est pas la similitude des endomorphismes. Le rang est invariant (on multiplie par des matrices inversibles), de même que le signe du déterminant, puisque . La trace et les valeurs propres, elles, ne le sont pas en général.
Noyau et dégénérescence. Le noyau de est l'ensemble des vecteurs orthogonaux à tout l'espace :
C'est un sous-espace vectoriel. La forme est non dégénérée si son noyau est réduit à , c'est-à-dire si ; sinon elle est dégénérée, et .
Vecteurs isotropes. Un vecteur est isotrope si . L'ensemble des vecteurs isotropes est le cône isotrope : il est stable par multiplication par un réel (), mais pas par addition en général. Il contient toujours le noyau ; il peut être bien plus gros.
Deux exemples dans fixent la différence :
- , matrice , déterminant : non dégénérée, noyau . Mais : le cône isotrope est la réunion des deux droites et . Ce n'est pas un sous-espace : et .
- , matrice , déterminant nul : dégénérée, de rang , de noyau la droite , qui est aussi son cône isotrope.
Définie, positive. Une forme est positive si pour tout , définie si entraîne (cône isotrope réduit à ). Un produit scalaire est exactement une forme bilinéaire symétrique définie positive. Une forme quadratique non nulle peut donc très bien s'annuler en des vecteurs non nuls : c'est le cas de toute forme qui n'est pas définie — en particulier de toute forme qui prend des valeurs des deux signes.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : matrice, polaire, déterminant
Énoncé. Sur , soit , et soit sa forme polaire. On pose et .
- Écrire la matrice de dans la base canonique.
- Calculer de deux façons.
- Calculer ; est-elle dégénérée ? Que dire de ?
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1. Matrice. Diagonale : , , (coefficients de , , ). Hors diagonale : la moitié des coefficients rectangles, , , .
2a. Par polarisation. ; ; et . Donc
Sans le facteur , on trouverait : le double.
2b. Par la matrice. , puis . Les deux méthodes concordent ; celle par la matrice échoue si l'on a reporté au lieu de en place .
3. Déterminant. Développement selon la première ligne :
Il est non nul : est non dégénérée, son noyau est et son rang vaut . Pourtant avec : est isotrope. Un vecteur isotrope non nul n'est donc pas dans le noyau — on le vérifie : , donc n'est pas orthogonal à tout l'espace.
Lecture. La matrice se lit sur le polynôme avec un seul piège, la moitié hors diagonale ; la forme polaire se calcule par la matrice ou par polarisation, et les deux voies se contrôlent l'une l'autre.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : le produit scalaire, cas particulier
Figure (fig.math.dot-product-projection, figure programmatique de la leçon de première sur le produit scalaire, réutilisée ici parce que le produit scalaire est la forme bilinéaire symétrique de référence) : trois panneaux — la projection et le signe du produit scalaire ; un triangle en coordonnées où trois calculs donnent ; la formule d'Al-Kashi.
Pour cette leçon :
- Panneau 2. Le calcul est : le produit scalaire usuel est la forme bilinéaire de matrice identité, donc de forme quadratique , la norme au carré. Elle est définie positive : son cône isotrope est réduit à , contrairement à .
- Panneau 3. La formule d'Al-Kashi, , s'écrit avec et : . C'est l'identité de polarisation, lue dans l'autre sens. Le terme encadré, « nul si l'angle est droit », est le double produit : il disparaît exactement quand .
- Panneau 1. Le signe du produit scalaire dépend de l'angle ; pour une forme non positive, c'est le signe de lui-même qui peut changer d'un vecteur à l'autre.
Ce que la figure ne montre pas : une forme non positive. Pour , il faudrait dessiner les deux droites isotropes , de part et d'autre desquelles change de signe — ce qu'aucun produit scalaire ne fait.
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Sources
- J.-P. Ramis, A. Warusfel (dir.), Mathématiques tout-en-un pour la licence — Niveau L2, Dunod
- J. Grifone, Algèbre linéaire, Cépaduès Éditions
- X. Gourdon, Les Maths en tête — Algèbre, Ellipses
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