Mathématiques · Licence 2 · 11 min de lecture
Réduction de Gauss et signature
Décomposition d'une forme quadratique en combinaison de carrés de formes linéaires indépendantes par l'algorithme de Gauss, y compris le cas sans terme carré traité par un changement de variables ; rang comme nombre de carrés obtenus ; signature comme couple (nombre de carrés de signe plus, nombre de carrés de signe moins) ; loi d'inertie de Sylvester, qui rend ce couple indépendant de la réduction choisie ; classification des formes quadratiques réelles à équivalence près ; caractérisation des formes positives, définies positives et indéfinies, et lien avec le signe des valeurs propres de la matrice de la forme.
Chapitre du programme : Algèbre bilinéaire et hermitienne
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : écrire une forme comme somme de carrés
Le trinôme se lit sur sa forme canonique . La réduction de Gauss fait la même chose pour une forme quadratique à plusieurs variables : elle l'écrit comme une somme de carrés, d'où l'on lit d'un coup d'œil son rang et son signe.
Le théorème. Toute forme quadratique sur s'écrit
où les sont des réels non nuls et les des formes linéaires linéairement indépendantes. L'algorithme de Gauss en construit une.
L'algorithme, cas 1 : il y a un carré. Si contient avec un coefficient , on regroupe tous les termes qui contiennent et on complète le carré :
Le reste ne contient plus : on recommence sur variables.
Cas 2 : aucun carré. Si n'a que des termes rectangles, par exemple , on fait apparaître des carrés par l'identité
ou, ce qui revient au même, par le changement de variables , . Une forme sans carré n'est donc jamais un blocage.
Rang et signature. Le nombre de carrés est le rang de . La signature est le couple , où est le nombre de coefficients et le nombre de coefficients ; ainsi .
La loi d'inertie de Sylvester. Le couple ne dépend pas de la décomposition choisie : deux réductions différentes d'une même forme ont le même nombre de carrés positifs et le même nombre de carrés négatifs. C'est ce théorème qui donne un sens à « la » signature. Sans lui, on ne saurait pas si un autre ordre de réduction donnerait autre chose.
Indépendance : la condition qu'on oublie. est une somme de trois carrés, mais les trois formes linéaires sont liées (leur somme est nulle). La réduction de Gauss donne en réalité deux carrés : rang , signature , et non . Compter les carrés d'une écriture quelconque ne donne rien ; compter ceux d'une écriture à formes indépendantes donne tout.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : classification et valeurs propres
Classification. Deux formes quadratiques sur sont équivalentes (il existe un changement de base qui transforme l'une en l'autre) si et seulement si elles ont la même signature. Dans une base adaptée, une forme de signature s'écrit
Sur , il y a exactement neuf classes de formes non nulles : , , , , , , , , .
Lire le signe sur la signature. En dimension :
- définie positive signature — c'est un produit scalaire ;
- positive ; elle est dégénérée si de plus ;
- définie négative ;
- indéfinie et : elle prend des valeurs des deux signes.
Les coefficients écrits dans le polynôme ne suffisent jamais : a des coefficients tous positifs et vaut en . Sa réduction le dit : , signature , indéfinie.
Le lien avec les valeurs propres. La matrice d'une forme quadratique est symétrique réelle ; le théorème spectral (admis ici) dit qu'elle est diagonalisable dans une base orthonormée. Dans cette base, , où les sont les valeurs propres. Donc :
= nombre de valeurs propres strictement positives, = nombre de valeurs propres strictement négatives (comptées avec multiplicité).
Les coefficients des carrés de Gauss ne sont pas les valeurs propres, mais leurs signes se répartissent de la même façon. C'est un moyen de contrôle, pas une méthode : calculer des valeurs propres en dimension est souvent bien plus long qu'une réduction de Gauss.
Pivots et déterminant. Quand la réduction se fait sans changement de variables (cas 1 à chaque étape, dans l'ordre ), les coefficients sont les pivots de l'élimination de Gauss symétrique sur , et leur produit vaut . Le signe du déterminant d'une forme non dégénérée de est donc .
Le cas dégénéré. Une forme de rang n'a que carrés : il est vain de lui chercher une décomposition à carrés de coefficients non nuls. Exemple : , rang , signature ; son noyau est la droite où et .
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : deux réductions, deux contrôles
Énoncé. Déterminer, par la méthode de Gauss, le rang et la signature des formes quadratiques sur :
- ;
- .
---
1. Il y a un carré en . On regroupe les termes en : . Il reste
On recommence avec : , d'où
Les trois formes linéaires , , sont indépendantes (matrice triangulaire à diagonale de ). Trois carrés, deux coefficients positifs, un négatif : rang , signature , forme non dégénérée et indéfinie.
Contrôles : le produit des coefficients est le déterminant de , et son signe négatif annonce un nombre impair de carrés négatifs ; les valeurs propres de valent environ , et : deux positives, une négative.
2. Aucun carré. On pose , (changement de variables inversible). Alors et , d'où
Les formes , , sont indépendantes. Un carré positif, deux négatifs : rang , signature . Contrôle : la matrice de a sur la diagonale et ailleurs ; ses valeurs propres sont (vecteur ) et (double).
Lecture. Les signes des coefficients du polynôme de départ (quatre positifs et un négatif pour la première forme, aucun carré pour la seconde) ne disent rien de la signature. Seule la réduction — ou les valeurs propres — fait foi.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : des pivots qui deviennent des carrés
Figure (fig.math.gaussian-elimination, figure programmatique de la leçon de L1 sur l'élimination de Gauss, réutilisée ici parce que la réduction d'une forme quadratique est la même élimination, appliquée symétriquement) : en haut, trois états d'une matrice augmentée, où l'on creuse des zéros sous trois pivots encadrés , , ; en bas, trois matrices échelonnées schématiques — trois pivots, une ligne impossible, une ligne nulle.
Pour cette leçon, transposez la lecture.
- Les pivots sont les coefficients des carrés. Sur la matrice symétrique de l'exemple guidé, la même élimination donne les pivots , puis , puis : exactement les coefficients , , des trois carrés. Compléter le carré en , c'est faire .
- Le nombre de pivots est le rang. Le panneau du bas, à droite — une ligne entièrement nulle — est le cas d'une forme dégénérée : rang pour variables, deux carrés seulement, comme .
- Ce que la figure ne dit pas, et que la leçon ajoute : seul le signe des pivots compte pour la signature. La figure encadre , , sans s'occuper de leur signe ; pour une forme quadratique, c'est la seule chose à lire.
Limite de l'analogie. L'élimination ordinaire échange des lignes quand un pivot est nul ; pour une forme sans terme carré (pivot en tête), on change plutôt de variables (, ), ce que la figure ne montre pas.
Continuez sur votre lancée
Vous avez découvert l’essentiel et un exemple. Retrouvez la suite du cours et les points à retenir, puis passez à l’entraînement guidé dans votre compte.
- Les formules et les repères à retenir
- Les erreurs fréquentes expliquées
- Un exercice avec des aides et sa correction
L’accès gratuit comprend les cours et exercices de votre niveau choisi.
Sources
- J.-P. Ramis, A. Warusfel (dir.), Mathématiques tout-en-un pour la licence — Niveau L2, Dunod
- J. Grifone, Algèbre linéaire, Cépaduès Éditions
- X. Gourdon, Les Maths en tête — Algèbre, Ellipses
- D. Perrin, Cours d'algèbre, Ellipses
Vous pensez avoir trouvé une erreur dans cette leçon ? Signalez-la par e-mail.