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Mathématiques · Prépa 1re année · 14 min de lecture

Séries numériques : converge, diverge, et pourquoi

Somme partielle et nature d'une série, condition nécessaire de convergence, séries de référence (géométriques, séries de Riemann), critères de comparaison et d'équivalence pour les séries à termes positifs, convergence absolue.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une série est une suite de sommes

Additionner une infinité de nombres n'a pas de sens en soi. Ce qu'on peut faire, c'est additionner les N+1N + 1 premiers, puis regarder si ces totaux se stabilisent. C'est toute la définition.

Définition. Soit (un)n≥0(u_n)_{n \ge 0} une suite réelle. La série de terme général unu_n est la suite des sommes partielles

SN=∑n=0Nun=u0+u1+⋯+uN.S_N = \sum_{n = 0}^{N} u_n = u_0 + u_1 + \dots + u_N.

On dit que la série converge si la suite (SN)(S_N) a une limite finie SS, qu'on appelle alors la somme de la série et qu'on note S=∑n≥0unS = \sum_{n \ge 0} u_n. Sinon la série diverge. Le reste d'ordre NN d'une série convergente est RN=S−SN=∑n≥N+1unR_N = S - S_N = \sum_{n \ge N + 1} u_n ; il tend vers 00.

Deux suites vivent donc côte à côte, et il ne faut jamais les confondre : la suite des termes (un)(u_n), et la suite des sommes partielles (SN)(S_N). Dire seulement « la série tend vers 0 » est ambigu : la suite des sommes partielles peut effectivement tendre vers 0, mais cela n’est pas la même affirmation que un→0u_n\to0 ; « le terme général tend vers 00 » et « les sommes partielles tendent vers SS » sont deux phrases différentes.

La condition nécessaire. Si la série converge, alors uN=SN−SN−1→S−S=0u_N = S_N - S_{N - 1} \to S - S = 0 : le terme général tend vers 00. La réciproque est fausse, et le contre-exemple est à connaître par cœur : la série harmonique ∑1n\sum \dfrac{1}{n} a un terme général qui tend vers 00 et pourtant diverge. Preuve par paquets : 13+14≥24=12\dfrac{1}{3} + \dfrac{1}{4} \ge \dfrac{2}{4} = \dfrac{1}{2}, puis 15+⋯+18≥48=12\dfrac{1}{5} + \dots + \dfrac{1}{8} \ge \dfrac{4}{8} = \dfrac{1}{2}, et chaque paquet suivant, de 2k−1+12^{k - 1} + 1 à 2k2^{k}, pèse au moins 12\dfrac{1}{2} : donc H2k≥1+k2H_{2^{k}} \ge 1 + \dfrac{k}{2}, qui tend vers +∞+\infty. Lentement — H10≈2,93H_{10} \approx 2{,}93, H1000≈7,49H_{1000} \approx 7{,}49, H106≈14,39H_{10^{6}} \approx 14{,}39 — mais sans borne.

Ce que la condition sert vraiment : à conclure vite à la divergence. Si unu_n ne tend pas vers 00 (par exemple un=nn+1u_n = \dfrac{n}{n + 1}, ou (−1)n(-1)^n), la série diverge, on dit « grossièrement ».

La série géométrique, référence n° 1. Pour un=a qnu_n = a\,q^{n} avec q≠1q \ne 1, la somme partielle est finie et connue depuis la première :

SN=a 1−qN+11−q.S_N = a\,\dfrac{1 - q^{N + 1}}{1 - q}.

Si ∣q∣<1\lvert q \rvert < 1, qN+1→0q^{N + 1} \to 0 et la série converge vers S=a1−qS = \dfrac{a}{1 - q} ; si a≠0a\neq0 et ∣q∣⩾1\lvert q\rvert\geqslant1, le terme général ne tend pas vers 0 et la série diverge. Si a=0, tous les termes sont nuls et la série converge pour toute raison ; pour q=0, le premier terme est a et les suivants sont nuls. Le reste est lui-même géométrique : RN=a qN+11−qR_N = \dfrac{a\,q^{N + 1}}{1 - q}. Exemple : a=3a = 3, q=23q = \dfrac{2}{3} donne S=31/3=9S = \dfrac{3}{1/3} = 9.

Les séries de Riemann, référence n° 2. Pour un=1nαu_n = \dfrac{1}{n^{\alpha}} (n≥1n \ge 1) :

∑1nα\sum \dfrac{1}{n^{\alpha}} converge si et seulement si α>1\alpha > 1.

Le cas α=1\alpha = 1 est la série harmonique : il diverge. La frontière est stricte. La preuve compare la somme à une intégrale : pour α>1\alpha>1 et n⩾2n\geqslant2, 1nα⩽∫n−1nt−α dt\dfrac{1}{n^{\alpha}}\leqslant\int_{n-1}^{n}t^{-\alpha}\,dt, d'où SN≤1+1α−1S_N \le 1 + \dfrac{1}{\alpha - 1}, sommes partielles croissantes et majorées, donc convergentes. Pour α≤1\alpha \le 1, 1nα≥1n\dfrac{1}{n^{\alpha}} \ge \dfrac{1}{n} et la comparaison à la série harmonique conclut. Pour α=2\alpha = 2, la somme vaut π26≈1,645\dfrac{\pi^{2}}{6} \approx 1{,}645 — résultat d'Euler, admis ici, que la comparaison ne donne pas.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : comparer, puis la convergence absolue

Hors des deux familles de référence, on ne calcule presque jamais une somme. On décide de la nature en comparant à une référence. Tout repose sur un fait simple : pour une série à termes positifs, la suite des sommes partielles est croissante, donc elle converge si et seulement si elle est majorée.

Théorème de comparaison (termes positifs). Si 0≤un≤vn0 \le u_n \le v_n à partir d'un certain rang :

  • si ∑vn\sum v_n converge, alors ∑un\sum u_n converge (les queues de u sont majorées par les queues de v ; les préfixes finis sont à ajouter séparément) ;
  • si ∑un\sum u_n diverge, alors ∑vn\sum v_n diverge (contraposée).

Exemples : 1n2+1≤1n2\dfrac{1}{n^{2} + 1} \le \dfrac{1}{n^{2}}, donc ∑1n2+1\sum \dfrac{1}{n^{2} + 1} converge ; 1n≥1n\dfrac{1}{\sqrt{n}} \ge \dfrac{1}{n}, donc ∑1n\sum \dfrac{1}{\sqrt{n}} diverge (c'est aussi Riemann avec α=12\alpha = \dfrac{1}{2}) ; 1n 2n≤12n\dfrac{1}{n\,2^{n}} \le \dfrac{1}{2^{n}}, donc ∑1n 2n\sum \dfrac{1}{n\,2^{n}} converge.

Théorème d'équivalence (termes positifs). Si un∼vnu_n \sim v_n (leur quotient tend vers 11) et vn>0v_n>0 à partir d’un certain rang, alors ∑un\sum u_n et ∑vn\sum v_n sont de même nature. C'est l'outil de tous les jours : on isole le terme dominant.

  • nn2+1∼1n\dfrac{n}{n^{2} + 1} \sim \dfrac{1}{n} : diverge.
  • n+1n3−2∼1n2\dfrac{n + 1}{n^{3} - 2} \sim \dfrac{1}{n^{2}} : converge.
  • ln⁡ ⁣(1+1n2)∼1n2\ln\!\left(1 + \dfrac{1}{n^{2}}\right) \sim \dfrac{1}{n^{2}} : converge.

La règle « nαunn^{\alpha}u_n », pour des termes positifs ou nuls à partir d’un certain rang. Si nαunn^{\alpha} u_n tend vers une limite finie pour un α>1\alpha > 1, alors un≤Cnαu_n \le \dfrac{C}{n^{\alpha}} à partir d'un certain rang et ∑un\sum u_n converge. Si n unn\,u_n tend vers une limite strictement positive (ou +∞+\infty), la série diverge. C'est la comparaison à Riemann, prête à l'emploi.

Le signe compte. Ces deux théorèmes supposent des termes positifs (ou de signe constant à partir d'un certain rang). Pour des termes de signe quelconque, une simple majoration un⩽vnu_n\leqslant v_n ne suffit pas à conclure à la convergence : un=−1⩽vn=2−nu_n=-1\leqslant v_n=2^{-n} pour n⩾1n\geqslant1. La série de v converge, mais les sommes partielles de u valent −N et divergent.

Convergence absolue. On dit que ∑un\sum u_n converge absolument si ∑∣un∣\sum \lvert u_n \rvert converge. Théorème : une série absolument convergente est convergente, et sa somme vérifie ∣∑un∣≤∑∣un∣\left\lvert \sum u_n \right\rvert \le \sum \lvert u_n \rvert. C'est la porte d'entrée des séries à termes de signe quelconque : on étudie ∣un∣\lvert u_n \rvert, qui est positif, avec les critères ci-dessus. Ainsi ∑(−1)nn2\sum \dfrac{(-1)^{n}}{n^{2}} converge absolument, donc converge. La réciproque est fausse : ∑(−1)n+1n\sum \dfrac{(-1)^{n + 1}}{n} converge (sa somme vaut ln⁡2≈0,693\ln 2 \approx 0{,}693 — la convergence découle du critère des séries alternées ; la valeur ln2 est un résultat supplémentaire admis ici) sans converger absolument. On dit qu'elle est semi-convergente.

Séries télescopiques. Quand un=vn−vn+1u_n = v_n - v_{n + 1}, la somme partielle se simplifie : SN=v0−vN+1S_N = v_0 - v_{N + 1}, et la série converge si et seulement si (vn)(v_n) converge. Modèle : 1n(n+1)=1n−1n+1\dfrac{1}{n(n + 1)} = \dfrac{1}{n} - \dfrac{1}{n + 1}, d'où ∑n≥11n(n+1)=1\sum_{n \ge 1} \dfrac{1}{n(n + 1)} = 1. C'est l'une des rares situations où l'on obtient la somme, et pas seulement la nature.

Ce qu'on n'a pas le droit de faire. Une série convergente n'est pas une somme finie. Séparer ∑(1n−1n+1)\sum \left(\dfrac{1}{n} - \dfrac{1}{n + 1}\right) en ∑1n−∑1n+1\sum \dfrac{1}{n} - \sum \dfrac{1}{n + 1} écrit « ∞−∞\infty - \infty » et ne prouve rien. On travaille sur la somme partielle SNS_N, qui est finie, puis on passe à la limite.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : télescoper puis pondérer les termes

Pour n⩾1n\geqslant1, posons un=1/(n(n+1)(n+2))u_n=1/(n(n+1)(n+2)). Étudions la somme, une précision de troncature, puis la série dont les termes sont nunnu_n. Il s’agit de deux séries distinctes.

Décomposer avant de sommer. On vérifie par réduction au même dénominateur :

un=12(1n(n+1)−1(n+1)(n+2)).u_n=\frac12\left(\frac1{n(n+1)}-\frac1{(n+1)(n+2)}\right).

Les termes sont positifs. Dans la somme finie, chaque terme intermédiaire s’annule et il reste

SN=∑n=1Nun=14−12(N+1)(N+2).S_N=\sum_{n=1}^{N}u_n=\frac14-\frac1{2(N+1)(N+2)}.

Le dernier terme retranché tend vers zéro ; la série converge et sa somme vaut 1/4. La condition un→0u_n\to0 est vérifiée, mais c’est ce calcul des sommes partielles qui prouve la convergence et la valeur.

Choisir un nombre de termes. Le reste vaut RN=1/[2(N+1)(N+2)]R_N=1/[2(N+1)(N+2)]. Pour RN⩽1/400R_N\leqslant1/400, il faut (N+1)(N+2)⩾200(N+1)(N+2)\geqslant200. À N=12, le produit vaut 182 ; à N=13, il vaut 210. Comme il augmente pour N positif ou nul, le premier rang satisfaisant est 13. Le reste y vaut 1/420, contre 1/364 au rang précédent.

Une autre somme après pondération. nun=1/((n+1)(n+2))=1/(n+1)−1/(n+2)nu_n=1/((n+1)(n+2))=1/(n+1)-1/(n+2). Les sommes partielles valent 1/2−1/(N+2)1/2-1/(N+2), donc leur limite vaut 1/2. Multiplier chaque terme par n a changé la somme et exige une nouvelle justification ; on ne multiplie pas simplement la somme 1/4 par un « n infini ».

Interprétation facultative. Les nombres pn=4unp_n=4u_n sont positifs et de somme 1 : ils définissent une loi sur les entiers positifs. Son espérance vaut ∑npn=4×1/2=2\sum np_n=4\times1/2=2. Cette lecture utilise la seconde série effectivement convergente, pas une moyenne obtenue en confondant termes et sommes.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : termes qui tombent, sommes qui s'arrêtent

Figure (fig.math.sequences-arithmetic-geometric, figure programmatique de la leçon de première sur les suites, réutilisée ici parce qu'elle contient déjà les deux comportements dont une série dépend) : trois panneaux.

  • Panneau 1. Les points (n ; 5+3n)(n\,;\,5 + 3n) pour n=0n = 0 à 66, alignés sur une droite, avec des marches d'escalier de hauteur constante +3+3. Ce sont les termes d'une suite arithmétique. Pour cette leçon : ces termes ne tendent pas vers 00 — ils croissent. La série ∑(5+3n)\sum (5 + 3n) diverge grossièrement, et ses sommes partielles 55, 1313, 2424, 3838, … explosent. Aucune somme n'est dessinée : il faut l'imaginer en empilant les hauteurs.
  • Panneau 2. Les points de vn=2×1,5nv_n = 2 \times 1{,}5^{n}, dont les marches grandissent (× 1,51{,}5 à chaque pas) : encore une suite dont les termes ne tendent pas vers 00, série divergente. Puis un insert : la suite 8×0,5n8 \times 0{,}5^{n}, dont les points descendent et se rapprochent de l'axe sans le toucher. C'est le seul cas de la figure où une série peut converger : raison 0<q<10 < q < 1, termes qui tendent vers 00, et — ce que la figure ne dessine pas — sommes partielles 88, 1212, 1414, 1515, 15,515{,}5, … qui tendent vers 81−0,5=16\dfrac{8}{1 - 0{,}5} = 16. Le reste RN=16−SN=8×0,5NR_N = 16 - S_N = 8 \times 0{,}5^{N} est la hauteur du prochain point, doublée.
  • Panneau 3. Deux escaliers de six colonnes emboîtés en un rectangle 6×76 \times 7 : 1+2+⋯+6=211 + 2 + \dots + 6 = 21. Une somme finie, calculée par une astuce géométrique. Pour cette leçon, c'est le modèle de ce qu'est une somme partielle : un nombre fini, obtenu par un calcul exact — et la question de la série est ce que devient ce nombre quand le nombre de colonnes croît sans limite (ici, il diverge).

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut se représenter : la suite des sommes partielles, qui est l'objet même de la leçon ; la série harmonique, dont les termes descendent vers 00 comme l'insert mais dont les sommes ne sont pas majorées — c'est la différence entre 1n\dfrac{1}{n} et 0,5n0{,}5^{n}, invisible sur les premiers points ; et les séries de Riemann, dont la frontière α=1\alpha = 1 ne se voit sur aucun dessin de termes. La figure montre des termes ; la convergence d'une série est une propriété des sommes.

Suite arithmétique (points alignés, marches égales), suite géométrique (marches croissantes), et la somme 1 + 2 + … + 6 par l’escalier d’appariement — Trois panneaux. Panneau 1 : repère avec n en abscisse (0 à 6, graduations entières) et u…
Suite arithmétique (points alignés, marches égales), suite géométrique (marches croissantes), et la somme 1 + 2 + … + 6 par l’escalier d’appariement · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de PCSI
  • X. Gourdon, Les Maths en tête — Analyse, Ellipses
  • Jiří Lebl, Basic Analysis I, 2.5 — définition, convergence absolue, comparaison et séries de Riemann : https://www.jirka.org/ra/html/sec_series.html
  • OpenStax, Calculus Volume 2, 5.2 — sommes partielles, séries géométriques et télescopage : https://openstax.org/books/calculus-volume-2/pages/5-2-infinite-series

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