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Mathématiques · Prépa 1re année · 12 min de lecture

Théorème de Rolle et accroissements finis

Extremum intérieur et annulation de la dérivée, théorème de Rolle, égalité et inégalité des accroissements finis, caractérisation de la monotonie par le signe de la dérivée, théorème de la limite de la dérivée.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une pente moyenne est une pente atteinte

En terminale, vous avez lu le sens de variation d'une fonction sur le signe de sa dérivée, en l'admettant. Ce chapitre le démontre, et la démonstration tient en trois théorèmes emboîtés : un extremum intérieur annule la dérivée ; donc une fonction qui reprend la même valeur a une tangente horizontale (Rolle) ; donc toute pente moyenne est une pente instantanée (accroissements finis).

Extremum intérieur. Si ff est dérivable en un point cc intérieur à l'intervalle II et si ff admet en cc un extremum local, alors f′(c)=0f'(c) = 0. Preuve : à un maximum, le taux f(c+h)−f(c)h\dfrac{f(c + h) - f(c)}{h} est négatif ou nul pour h>0h > 0 et positif ou nul pour h<0h < 0 ; sa limite est donc à la fois ≤0\le 0 et ≥0\ge 0. Le mot « intérieur » est essentiel : x↦xx \mapsto x sur [0 ; 1][0\,;\,1] est maximale en 11 et sa dérivée y vaut 11. La réciproque est fausse : x↦x3x \mapsto x^{3} a une dérivée nulle en 00 sans extremum.

Théorème de Rolle. Soit ff continue sur le segment fermé [a ; b][a\,;\,b], dérivable sur l'intervalle ouvert ]a ; b[]a\,;\,b[, avec f(a)=f(b)f(a) = f(b). Alors il existe c∈]a ; b[c \in \left]a\,;\,b\right[ tel que f′(c)=0f'(c) = 0. Preuve : ff continue sur un segment atteint son maximum et son minimum ; s'ils sont tous deux atteints aux bornes, ff est constante ; sinon l'un est intérieur et l'extremum intérieur conclut.

Trois hypothèses, et chacune se vérifie :

  • l'égalité f(a)=f(b)f(a) = f(b) se calcule, elle ne se suppose pas ;
  • la continuité porte sur le fermé : sans elle aux bornes, x↦xx \mapsto x sur [0 ; 1[[0\,;\,1[ prolongée par f(1)=0f(1) = 0 n'a aucune tangente horizontale ;
  • la dérivabilité n'est exigée que sur l'ouvert : x↦x(1−x)x \mapsto \sqrt{x(1 - x)} n'est pas dérivable en 00 ni en 11, et le théorème s'applique quand même (le point est c=12c = \dfrac{1}{2}).

Égalité des accroissements finis. Soit ff continue sur [a ; b][a\,;\,b] et dérivable sur ]a ; b[]a\,;\,b[. Alors il existe c∈]a ; b[c \in \left]a\,;\,b\right[ tel que

f(b)−f(a)=f′(c) (b−a).f(b) - f(a) = f'(c)\,(b - a).

Preuve : on applique Rolle à g(x)=f(x)−f(b)−f(a)b−a (x−a)g(x) = f(x) - \dfrac{f(b) - f(a)}{b - a}\,(x - a), qui vérifie g(a)=g(b)=f(a)g(a) = g(b) = f(a). Lecture géométrique : il existe une tangente parallèle à la corde qui joint les extrémités. Lecture cinématique : sur un trajet, la vitesse instantanée prend au moins une fois la valeur de la vitesse moyenne.

Le théorème affirme l'existence d'au moins un cc : il ne dit ni qu'il est unique, ni comment le trouver. Pour f(x)=x3−4xf(x) = x^{3} - 4x sur [−2 ; 2][-2\,;\,2], f(−2)=f(2)=0f(-2) = f(2) = 0 et f′(x)=3x2−4f'(x) = 3x^{2} - 4 s'annule en deux points de l'intervalle, ±23≈±1,155\pm\dfrac{2}{\sqrt{3}} \approx \pm 1{,}155.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : inégalité, monotonie, limite de la dérivée

Inégalité des accroissements finis. Si ff est continue sur [a ; b][a\,;\,b], dérivable sur ]a ; b[]a\,;\,b[, et si ∣f′(x)∣≤M\lvert f'(x) \rvert \le M pour tout x∈]a ; b[x \in \left]a\,;\,b\right[, alors

∣f(b)−f(a)∣≤M ∣b−a∣.\lvert f(b) - f(a) \rvert \le M\,\lvert b - a \rvert.

C'est l'égalité dont on ne garde qu'une majoration — et c'est la forme qui survit quand l'égalité tombe : pour une fonction à valeurs complexes ou vectorielles, il n'existe en général aucun cc qui réalise l'égalité (pour t↦eitt \mapsto e^{it} sur [0 ; 2π][0\,;\,2\pi], l'accroissement est nul alors que la dérivée est de module 11 partout), mais l'inégalité reste vraie. Une fonction dont la dérivée est bornée par MM est dite MM-lipschitzienne : ∣f(x)−f(y)∣≤M ∣x−y∣\lvert f(x) - f(y) \rvert \le M\,\lvert x - y \rvert.

Exemples : ∣sin⁡x−sin⁡y∣≤∣x−y∣\lvert \sin x - \sin y \rvert \le \lvert x - y \rvert pour tous réels, puisque ∣cos⁡∣≤1\lvert \cos \rvert \le 1 ; et, pour x>0x > 0, ln⁡(1+x)≤x\ln(1 + x) \le x, car ln⁡(1+x)−ln⁡1=x1+c\ln(1 + x) - \ln 1 = \dfrac{x}{1 + c} avec c∈]0 ; x[c \in \left]0\,;\,x\right[.

Encadrer sans calculatrice. Avec f=⋅f = \sqrt{\cdot} sur [100 ; 101][100\,;\,101] : 101−10=12c\sqrt{101} - 10 = \dfrac{1}{2\sqrt{c}} pour un c∈]100 ; 101[c \in \left]100\,;\,101\right[, d'où

12101<101−10<120=0,05.\dfrac{1}{2\sqrt{101}} < \sqrt{101} - 10 < \dfrac{1}{20} = 0{,}05.

La valeur réelle, 0,049 8760{,}049\,876, est bien dans la fourchette ]0,049 75 ; 0,05[\left]0{,}049\,75\,;\,0{,}05\right[.

Monotonie et signe de la dérivée (sur un intervalle II, ff dérivable) :

  • ff est croissante sur II si et seulement si f′≥0f' \ge 0 sur II ;
  • ff est constante sur II si et seulement si f′=0f' = 0 sur II ;
  • si f′>0f' > 0 sur II, alors ff est strictement croissante.

La troisième n'est pas une équivalence : x↦x3x \mapsto x^{3} est strictement croissante et f′(0)=0f'(0) = 0. Une dérivée positive ou nulle donne une croissance au sens large ; pour la croissance stricte, il suffit que f′>0f' > 0, ou que f′≥0f' \ge 0 ne s'annule qu'en des points isolés (la condition nécessaire et suffisante : f′≥0f' \ge 0 et l'ensemble des zéros de f′f' ne contient aucun intervalle non réduit à un point). Le mot « intervalle » compte aussi : x↦−1xx \mapsto -\dfrac{1}{x} a une dérivée strictement positive sur R∗\mathbb{R}^{*} et n'y est pas croissante (−1−1=1>−1=−11-\dfrac{1}{-1} = 1 > -1 = -\dfrac{1}{1}).

Théorème de la limite de la dérivée. Si ff est continue sur II, dérivable sur I∖{a}I \setminus \{a\}, et si f′(x)f'(x) tend vers un réel ℓ\ell quand x→ax \to a, alors ff est dérivable en aa et f′(a)=ℓf'(a) = \ell (f′f' est même continue en aa). Preuve : accroissements finis entre aa et xx, le point intermédiaire tend vers aa. Exemple : f(x)=x ∣x∣f(x) = x\,\lvert x \rvert a pour dérivée 2∣x∣2\lvert x \rvert hors de 00, qui tend vers 00 : donc f′(0)=0f'(0) = 0. Attention, le théorème donne une condition suffisante : si f′f' n'a pas de limite en aa, on ne peut rien conclure, et il faut revenir au taux d'accroissement.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : un point calculable, deux points de Rolle

Énoncé.

  1. Soit f(x)=x3f(x) = x^{3}. Justifier qu'il existe c∈]0 ; 3[c \in \left]0\,;\,3\right[ tel que f(3)−f(0)=3 f′(c)f(3) - f(0) = 3\,f'(c), puis calculer cc (trois chiffres significatifs). Est-il unique ?
  2. Soit g(x)=x3−4xg(x) = x^{3} - 4x. Montrer que le théorème de Rolle s'applique à gg sur [−2 ; 2][-2\,;\,2] et déterminer tous les points qu'il fournit.
  3. Montrer que pour tout x>0x > 0, x1+x<ln⁡(1+x)<x\dfrac{x}{1 + x} < \ln(1 + x) < x.

---

1. Hypothèses, puis calcul. ff est polynomiale : continue sur le fermé [0 ; 3][0\,;\,3], dérivable sur l'ouvert ]0 ; 3[]0\,;\,3[ (et même sur R\mathbb{R}). L'égalité des accroissements finis donne l'existence de cc. Taux d'accroissement : 27−03−0=9\dfrac{27 - 0}{3 - 0} = 9. Comme f′(c)=3c2f'(c) = 3c^{2}, il faut 3c2=93c^{2} = 9, soit c2=3c^{2} = 3 ; cc étant positif,

c=3≈1,732,0<1,732<3. ✓c = \sqrt{3} \approx 1{,}732, \qquad 0 < 1{,}732 < 3. \ \checkmark

Unicité : f′(x)=3x2f'(x) = 3x^{2} est strictement croissante sur ]0 ; 3[]0\,;\,3[, donc ne prend qu'une fois la valeur 99. C'est cette propriété, propre à l'exemple, qui rend cc unique et calculable — pas le théorème.

2. Rolle, vérifié. gg est polynomiale, donc continue sur [−2 ; 2][-2\,;\,2] et dérivable sur ]−2 ; 2[]-2\,;\,2[. On calcule les valeurs aux bornes : g(−2)=−8+8=0g(-2) = -8 + 8 = 0 et g(2)=8−8=0g(2) = 8 - 8 = 0. Rolle s'applique. Puis g′(x)=3x2−4=0g'(x) = 3x^{2} - 4 = 0 donne x=±23≈±1,155x = \pm\dfrac{2}{\sqrt{3}} \approx \pm 1{,}155 : deux points de l'intervalle ouvert. Le théorème en promettait au moins un ; il y en a deux, et rien ne permettait de le prévoir avant le calcul.

3. Inégalité par l'égalité. Pour x>0x > 0, ln⁡\ln est continue sur [1 ; 1+x][1\,;\,1 + x] et dérivable sur l'ouvert : il existe c∈]1 ; 1+x[c \in \left]1\,;\,1 + x\right[ tel que

ln⁡(1+x)−ln⁡1=xc.\ln(1 + x) - \ln 1 = \dfrac{x}{c}.

Comme 1<c<1+x1 < c < 1 + x, on a x1+x<xc<x\dfrac{x}{1 + x} < \dfrac{x}{c} < x, ce qui est l'encadrement voulu. Les inégalités sont strictes parce que cc est strictement intérieur. Contrôle numérique pour x=1x = 1 : 0,5<ln⁡2≈0,693<10{,}5 < \ln 2 \approx 0{,}693 < 1. ✓\checkmark

Lecture. Vérifier les hypothèses (continuité sur le fermé, dérivabilité sur l'ouvert, et pour Rolle l'égalité calculée aux bornes), écrire l'égalité, puis exploiter soit le calcul de cc quand f′f' est strictement monotone, soit l'encadrement de cc dans l'intervalle.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : la tangente parallèle à la corde

Figure (fig.math.secant-to-tangent, figure programmatique de la leçon de première sur le nombre dérivé, réutilisée ici parce qu'elle dessine des cordes d'une parabole et une tangente) : trois panneaux.

  • Panneau 1. La parabole de f(x)=x2−3x+1f(x) = x^{2} - 3x + 1, le point A(2 ; −1)A(2\,;\,-1), trois sécantes issues de AA : vers M(4 ; 5)M(4\,;\,5), pente 33 ; vers (3 ; 1)(3\,;\,1), pente 22 ; vers (2,5 ; −0,25)(2{,}5\,;\,-0{,}25), pente 1,51{,}5 ; puis la tangente en AA, de pente 11. Pour cette leçon, lisez chaque sécante comme une corde et cherchez la tangente qui lui est parallèle. Pour la corde de [2 ; 4][2\,;\,4], de pente 33, l'égalité des accroissements finis promet un c∈]2 ; 4[c \in \left]2\,;\,4\right[ avec f′(c)=2c−3=3f'(c) = 2c - 3 = 3 : c'est c=3c = 3, le milieu. Pour la corde de [2 ; 3][2\,;\,3], de pente 22 : 2c−3=22c - 3 = 2, c=2,5c = 2{,}5, encore le milieu. Pour une parabole, le point des accroissements finis est toujours le milieu du segment ; pour x3x^{3} sur [0 ; 3][0\,;\,3] (exemple guidé), il est en 3≈1,73\sqrt{3} \approx 1{,}73, à droite du milieu 1,51{,}5.
  • Panneau 2. Le zoom où courbe et tangente se confondent : c'est l'approximation affine locale, dont l'inégalité des accroissements finis donne la version globale — l'écart entre f(b)f(b) et f(a)f(a) ne dépasse jamais M ∣b−a∣M\,\lvert b - a \rvert.
  • Panneau 3. La valeur absolue, sans dérivée en 00. Pour cette leçon : sur [−1 ; 1][-1\,;\,1], ∣x∣\lvert x \rvert prend la même valeur aux deux bornes, mais aucune tangente n'est horizontale. Rolle ne s'applique pas, parce que la dérivabilité sur l'ouvert ]−1 ; 1[]-1\,;\,1[ manque en 00. Le contre-exemple est là, dessiné.

Ce que la figure ne montre pas : un intervalle où la corde a plusieurs tangentes parallèles (le cas de x3−4xx^{3} - 4x), et la dérivée elle-même, dont c'est la monotonie stricte qui garantit l'unicité du point.

Nombre dérivé : les sécantes issues de A pivotent vers la tangente ; zoom où courbe et tangente se confondent ; deux cas sans nombre dérivé en 0 — Trois panneaux. Panneau 1 : repère orthonormé, x de −0,5 à 4,5, y de −2 à 6
Nombre dérivé : les sécantes issues de A pivotent vers la tangente ; zoom où courbe et tangente se confondent ; deux cas sans nombre dérivé en 0 · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de PCSI
  • X. Gourdon, Les Maths en tête — Analyse, Ellipses

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