Mathématiques · Licence 1 · 14 min de lecture
Variables à densité : la probabilité est une aire
Variable aléatoire réelle à densité, fonction de répartition et lien avec la densité ; probabilité d'un intervalle comme intégrale de la densité, et conséquence sur la probabilité d'une valeur isolée ; espérance et variance comme intégrales ; lois usuelles : uniforme sur un intervalle, exponentielle et son absence de mémoire, normale et lecture d'une table après centrage et réduction ; simulation d'une loi par inversion de la fonction de répartition.
Chapitre du programme : Probabilités et statistique
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : de la somme à l'intégrale
En première, une variable aléatoire prenait quelques valeurs, chacune avec sa probabilité, et l'on additionnait. Une durée ou une taille peut être modélisée par une loi à densité lorsque ce modèle convient. Le fait d’avoir un ensemble de valeurs non dénombrable n’exclut pas, à lui seul, des atomes de probabilité positive ; on suppose ici explicitement une loi à densité. Il faut changer d'outil : la probabilité devient une aire, et la somme une intégrale.
Densité. Une fonction est une densité de probabilité si elle est positive ou nulle, intégrable, et si
Une variable est à densité si, pour tous réels ,
: l'aire sous la courbe de entre et .
Trois conséquences immédiates, qui sont les trois premières erreurs du chapitre :
- n'est pas une probabilité. C'est son intégrale qui vaut ; ses valeurs peuvent dépasser (la densité sur vaut en ).
- Une valeur isolée a une probabilité nulle : . Ce n'est pas que est impossible ; c'est qu'une aire de largeur nulle est nulle.
- Strict ou large, même chose : , puisque les bornes ne pèsent rien.
Fonction de répartition. . Elle est croissante, continue, tend vers en et vers en , et là où est continue. Toute probabilité d'intervalle s'en déduit : , . Connaître , c'est connaître la loi.
Espérance et variance. On remplace par
pour une espérance finie, on exige ; pour la variance finie, . Une simple valeur principale symétrique ne suffit pas à définir une espérance. Le facteur devant est le pendant du devant : l'intégrale de seule vaut , elle représente aussi , mais pas en général .
Un premier exemple, de bout en bout. Soit sur , nulle ailleurs. Normalisation : , donc . Répartition : pour . Alors , . Espérance : . Et , d'où . Ici la répartition est strictement croissante sur , donc la médiane est l’unique tel que : , — différente de l'espérance, comme souvent pour une loi dissymétrique.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : trois lois usuelles et la simulation
Loi uniforme sur , avec . Densité constante sur l'intervalle, nulle ailleurs : « aucune valeur n'est favorisée ». La probabilité d'un sous-intervalle est proportionnelle à sa longueur : si ; sinon on prend la longueur de l’intersection avec . Par intégration, et . Sur : , , et . On intègre, on ne compte pas des valeurs.
Loi exponentielle de paramètre . Densité pour , nulle avant. Pour , répartition (et pour ), donc . Espérance (intégration par parties), variance . On la paramètre souvent par sa moyenne : durée de vie d'un composant, temps d'attente entre deux appels — quand rien ne s'use.
Dans ce modèle, pour , on a l’absence de mémoire :
Un composant qui a déjà duré a la même loi de durée restante qu'un composant neuf. La formule se calcule comme un quotient de deux probabilités ; l'erreur classique est d'écrire à la place du conditionnement. Exemple, h () : ; ; alors que . La médiane est h — inférieure à la moyenne h, parce que la loi traîne à droite.
Loi normale , avec et . Densité sur : la courbe en cloche, centrée en , de largeur réglée par . Espérance , variance . Sa fonction de répartition n'a pas d'expression par les fonctions usuelles : on lit une table de la loi centrée réduite , notée , après avoir posé
On divise par l'écart-type , jamais par la variance. Deux propriétés de la table : (symétrie), et . Repères à connaître : , , .
Exemple modélisé : on suppose une taille (en cm). ; ; .
Simuler une loi par inversion. Si suit une loi uniforme sur et si la restriction de la fonction de répartition à son intervalle de valeurs possibles est continue et strictement croissante d’image , alors a pour fonction de répartition : en effet . Pour l'exponentielle, : avec et h, on tire h. Cette transformation permet de simuler une loi à partir d’un générateur uniforme ; en machine, il faut éviter les extrémités qui rendraient le logarithme infini et tenir compte de la précision finie. D’autres algorithmes et sources d’aléa existent. (Pour la normale, n'est pas explicite ; on utilise d'autres méthodes, hors de cette leçon.)
Quantiles. Pour , lorsque est continue et strictement croissante sur son support, le quantile est l’unique solution de . Plus généralement, on peut définir ; une équation peut avoir plusieurs solutions sur un plateau ; la médiane est . Exponentielle de moyenne h : h — dans ce modèle, la probabilité d’être hors service avant cet instant vaut 0,9 ; un groupe concret de dix composants n’en contient pas forcément exactement neuf.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : changer la variable change la loi
Soit de densité pour , nulle ailleurs. On étudie .
Normaliser et cumuler. et la densité est positive ou nulle. Pour , , prolongée par 0 à gauche et 1 à droite.
Calculer les moments. , (les termes impairs s’annulent sur le segment symétrique), donc . La médiane diffère de l’espérance.
Construire la répartition de Y par l’événement. Pour ,
On ne peut pas utiliser seulement la branche positive : la fonction carré n’est pas croissante sur tout . Ainsi la densité de Y vaut pour , nulle ailleurs ; elle est intégrable malgré sa hauteur non bornée près de 0.
Vérifier. ; , donc . La médiane de Y est 1/4. Elle n’est pas le carré de celle de X : transformer une médiane par une fonction non monotone n’est pas une règle générale.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : l'aire sous la courbe, c'est la probabilité
Figure (fig.math.integral-area-and-sign, figure programmatique de la leçon de terminale sur l'intégrale, réutilisée ici parce qu'une probabilité est exactement ce qu'elle dessine) : trois panneaux.
- Panneau 1. Une courbe positive, , et le domaine hachuré entre et , d'aire unités d'aire, avec un rectangle témoin « une unité d'aire ». Pour cette leçon : remplacez par une densité. Le domaine hachuré est alors , et l'aire totale sous la courbe vaut — ici elle vaut bien plus, la courbe de la figure n'est pas une densité. Pour en tirer une densité, on peut restreindre la fonction au segment , la diviser par 42 et la poser nulle ailleurs. Sur tout , ce polynôme a une intégrale infinie et ne peut être normalisé par une constante finie. Une bande de largeur nulle en aurait une aire nulle : .
- Panneau 2. Une courbe qui change de signe en , avec une région comptée et une région comptée , et la relation de Chasles pour découper. Pour cette leçon : une densité est positive, ce panneau montre ce qu'une densité ne fait jamais. Mais Chasles est l'outil de toutes les lois par morceaux : découpe et recolle des aires, et est « l'aire totale moins l'aire à gauche ».
- Panneau 3. Le même domaine que le panneau 1, remplacé par un rectangle de même aire et de hauteur constante : la valeur moyenne de sur . Pour cette leçon, c'est l'idée d'une moyenne obtenue par intégrale — mais attention, l'espérance n'est pas la valeur moyenne de la densité : c'est , une moyenne des valeurs pondérées par . Le panneau montre la mécanique (une intégrale divisée par une longueur) ; l'espérance y ajoute le facteur .
Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut se représenter : une courbe d'aire totale (aucun des trois panneaux n'en est une) ; la fonction de répartition, courbe croissante de à qui accumule l'aire de gauche à droite ; les trois formes usuelles — le rectangle de la loi uniforme, la décroissance exponentielle qui part de en , la cloche symétrique de la loi normale ; et l'intervalle infini sur lequel ces deux dernières s'intègrent. La figure donne le principe « probabilité = aire » ; les lois donnent les courbes.
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Sources
- S. Ross, Initiation aux probabilités, Presses polytechniques et universitaires romandes
- J.-P. Ramis, A. Warusfel (dir.), Mathématiques tout-en-un pour la licence — Niveau L1, Dunod
- G. Saporta, Probabilités, analyse des données et statistique, Technip
- Penn State, STAT414, leçons14 et22 — densités, répartition, moments et changement de variable : https://online.stat.psu.edu/stat414/Lesson14 ; https://online.stat.psu.edu/stat414/Lesson22
- OpenStax, Introductory Statistics2e, 5.3 — loi exponentielle et absence de mémoire : https://openstax.org/books/introductory-statistics-2e/pages/5-3-the-exponential-distribution
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