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Mathématiques · Prépa 2e année · 10 min de lecture

Variables aléatoires discrètes et lois usuelles

Variable aléatoire discrète, loi, fonction de répartition, lois usuelles infinies (loi géométrique et absence de mémoire, loi de Poisson et son rôle d'approximation de la loi binomiale), espérance et condition de sommabilité, théorème de transfert, variance et écart type, variables indépendantes, somme de deux variables de Poisson indépendantes, inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, loi faible des grands nombres.

Chapitre du programme : Probabilités

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : des valeurs en nombre infini

En première année, une variable aléatoire prenait un nombre fini de valeurs, et son espérance était une somme finie. Ici, elle peut en prendre une infinité dénombrable — le nombre de lancers avant un six, le nombre d'appels reçus en une heure — et l'espérance devient une série, qui peut ne pas converger.

Variable discrète, loi. Une variable aléatoire XX est discrète si l'ensemble X(Ω)X(\Omega) de ses valeurs est fini ou dénombrable. Sa loi est la donnée des P(X=x)P(X = x) pour x∈X(Ω)x \in X(\Omega) ; ces nombres sont positifs et de somme 11.

Loi géométrique G(p)\mathcal{G}(p). On répète des épreuves indépendantes de même probabilité de succès p∈]0 ; 1[p \in \left]0\,;\,1\right[, et XX est le rang du premier succès :

P(X=k)=(1−p)k−1 p(k≥1),P(X>k)=(1−p)k.P(X = k) = (1 - p)^{k - 1}\,p \quad (k \ge 1), \qquad P(X > k) = (1 - p)^{k}.

La seconde formule se lit directement : « pas de succès avant le rang kk » signifie kk échecs consécutifs. Espérance E(X)=1pE(X) = \dfrac{1}{p}, variance V(X)=1−pp2V(X) = \dfrac{1 - p}{p^{2}}. Le nombre d'échecs avant le premier succès est Y=X−1Y = X - 1, d'espérance 1p−1\dfrac{1}{p} - 1 : les deux conventions diffèrent de 11.

Absence de mémoire. Pour tous entiers k,m≥0k, m \ge 0 : P(X>k+m∣X>k)=P(X>m)P(X > k + m \mid X > k) = P(X > m). Avoir déjà échoué kk fois ne rapproche pas le succès. Avec un dé (p=16p = \dfrac{1}{6}) : (5/6)5(5/6)2=(56)3≈0,579\dfrac{(5/6)^{5}}{(5/6)^{2}} = \left(\dfrac{5}{6}\right)^{3} \approx 0{,}579, que l'on ait déjà attendu ou non. La loi géométrique est la seule loi à valeurs dans N∗\mathbb{N}^{*} qui ait cette propriété.

Loi de Poisson P(λ)\mathcal{P}(\lambda). Pour λ>0\lambda > 0, XX prend les valeurs 0,1,2,…0, 1, 2, \dots avec

P(X=k)=e−λ λkk!,E(X)=V(X)=λ.P(X = k) = e^{-\lambda}\,\dfrac{\lambda^{k}}{k!}, \qquad E(X) = V(X) = \lambda.

La somme vaut 11 grâce au développement en série de l'exponentielle. C'est la loi des événements rares comptés en grand nombre d'occasions : si X∼B(n,p)X \sim \mathcal{B}(n, p) avec nn grand, pp petit et npnp modéré, alors XX suit approximativement P(np)\mathcal{P}(np). Pour B(1 000 ; 0,0027)\mathcal{B}(1\,000\,;\,0{,}0027) : P(X=2)≈0,245 1P(X = 2) \approx 0{,}245\,1, contre 0,245 00{,}245\,0 pour P(2,7)\mathcal{P}(2{,}7).

Espérance d'une variable infinie. XX admet une espérance si la série ∑x P(X=x)\sum x\,P(X = x) converge absolument ; alors E(X)=∑xx P(X=x)E(X) = \sum_{x} x\,P(X = x). Sans convergence absolue, il n'y a pas d'espérance : la condition se vérifie, elle ne va pas de soi. Transfert : E(g(X))=∑xg(x) P(X=x)E(g(X)) = \sum_{x} g(x)\,P(X = x), sous la même condition, sans calculer la loi de g(X)g(X).

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : variance, sommes, inégalités

Variance. Si E(X2)E(X^{2}) existe, V(X)=E((X−E(X))2)=E(X2)−E(X)2V(X) = E\big((X - E(X))^{2}\big) = E(X^{2}) - E(X)^{2} et σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)}. Pour une transformation affine :

E(aX+b)=a E(X)+b,V(aX+b)=a2 V(X).E(aX + b) = a\,E(X) + b, \qquad V(aX + b) = a^{2}\,V(X).

Le décalage bb ne change pas la dispersion ; le facteur aa entre au carré. Exemple : X∼P(5,7)X \sim \mathcal{P}(5{,}7) et Y=3X−2Y = 3X - 2 : V(Y)=9×5,7=51,3V(Y) = 9 \times 5{,}7 = 51{,}3.

Indépendance. Deux variables XX et YY sont indépendantes si P(X=x,Y=y)=P(X=x) P(Y=y)P(X = x, Y = y) = P(X = x)\,P(Y = y) pour tous x,yx, y. Alors E(XY)=E(X) E(Y)E(XY) = E(X)\,E(Y) et V(X+Y)=V(X)+V(Y)V(X + Y) = V(X) + V(Y). Sans indépendance, ces deux formules sont fausses en général (avec Y=XY = X, V(2X)=4V(X)V(2X) = 4V(X), pas 2V(X)2V(X)).

Somme de deux Poisson indépendantes. Si X∼P(λ)X \sim \mathcal{P}(\lambda) et Y∼P(μ)Y \sim \mathcal{P}(\mu) sont indépendantes, alors X+Y∼P(λ+μ)X + Y \sim \mathcal{P}(\lambda + \mu). Preuve par la formule du binôme :

P(X+Y=n)=∑k=0ne−λλkk! e−μμn−k(n−k)!=e−(λ+μ)n!∑k(nk)λkμn−k=e−(λ+μ)(λ+μ)nn!.P(X + Y = n) = \sum_{k = 0}^{n} e^{-\lambda}\dfrac{\lambda^{k}}{k!}\,e^{-\mu}\dfrac{\mu^{n - k}}{(n - k)!} = \dfrac{e^{-(\lambda + \mu)}}{n!}\sum_{k} \binom{n}{k}\lambda^{k}\mu^{n - k} = e^{-(\lambda + \mu)}\dfrac{(\lambda + \mu)^{n}}{n!}.

Cette stabilité est propre à la loi de Poisson : la somme de deux variables géométriques indépendantes n'est pas géométrique.

Inégalité de Markov. Si XX est positive et admet une espérance, pour tout a>0a > 0 :

P(X≥a)≤E(X)a.P(X \ge a) \le \dfrac{E(X)}{a}.

Pour X∼P(5,7)X \sim \mathcal{P}(5{,}7) : P(X≥10)≤0,57P(X \ge 10) \le 0{,}57, alors que la vraie valeur est d'environ 0,0650{,}065. La borne est grossière, mais elle ne demande que l'espérance.

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Si XX admet une variance, pour tout ε>0\varepsilon > 0 :

P(∣X−E(X)∣≥ε)≤V(X)ε2.P\big(\lvert X - E(X) \rvert \ge \varepsilon\big) \le \dfrac{V(X)}{\varepsilon^{2}}.

C'est Markov appliqué à la variable positive (X−E(X))2(X - E(X))^{2} et au seuil ε2\varepsilon^{2}. Pour P(5,7)\mathcal{P}(5{,}7) et ε=3\varepsilon = 3 : majorant 5,79≈0,633\dfrac{5{,}7}{9} \approx 0{,}633, valeur exacte ≈0,200\approx 0{,}200.

Loi faible des grands nombres. Soit (Xn)(X_n) une suite de variables indépendantes, de même loi, d'espérance mm et de variance σ2\sigma^{2}, et X‾n=X1+⋯+Xnn\overline{X}_n = \dfrac{X_1 + \dots + X_n}{n}. Alors E(X‾n)=mE(\overline{X}_n) = m, V(X‾n)=σ2nV(\overline{X}_n) = \dfrac{\sigma^{2}}{n}, et Tchebychev donne

P(∣X‾n−m∣≥ε)≤σ2n ε2→n→∞0.P\big(\lvert \overline{X}_n - m \rvert \ge \varepsilon\big) \le \dfrac{\sigma^{2}}{n\,\varepsilon^{2}} \xrightarrow[n \to \infty]{} 0.

La moyenne empirique se concentre autour de l'espérance — c'est la justification de l'interprétation fréquentiste.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : attendre un six, compter des appels

Énoncé.

  1. On lance un dé équilibré jusqu'à obtenir un six ; XX est le rang du premier six. Calculer P(X=3)P(X = 3), P(X>4)P(X > 4), E(X)E(X), puis le nombre moyen de lancers ratés avant le six.
  2. Le nombre d'appels reçus par un standard en une minute suit P(5,7)\mathcal{P}(5{,}7). Calculer P(X=2)P(X = 2), puis majorer P(∣X−5,7∣≥3)P(\lvert X - 5{,}7 \rvert \ge 3).
  3. Deux standards indépendants reçoivent respectivement P(1,2)\mathcal{P}(1{,}2) et P(1,4)\mathcal{P}(1{,}4) appels par minute. Probabilité qu'aucun appel n'arrive en une minute ?

---

1. Loi géométrique, p=16p = \dfrac{1}{6}.

P(X=3)=(56)2×16=25216≈0,116,P(X>4)=(56)4=6251 296≈0,482.P(X = 3) = \left(\dfrac{5}{6}\right)^{2} \times \dfrac{1}{6} = \dfrac{25}{216} \approx 0{,}116, \qquad P(X > 4) = \left(\dfrac{5}{6}\right)^{4} = \dfrac{625}{1\,296} \approx 0{,}482.

E(X)=1p=6E(X) = \dfrac{1}{p} = 6 : on attend en moyenne six lancers. Le nombre de lancers ratés est Y=X−1Y = X - 1, d'espérance 6−1=56 - 1 = 5. Confondre les deux conventions donne 66 au lieu de 55.

2. Poisson, λ=5,7\lambda = 5{,}7.

P(X=2)=e−5,7 5,722!=16,245 e−5,7≈0,0544.P(X = 2) = e^{-5{,}7}\,\dfrac{5{,}7^{2}}{2!} = 16{,}245\,e^{-5{,}7} \approx 0{,}0544.

XX admet une variance V(X)=5,7V(X) = 5{,}7 ; Bienaymé-Tchebychev avec ε=3\varepsilon = 3 :

P(∣X−5,7∣≥3)≤5,79≈0,633.P(\lvert X - 5{,}7 \rvert \ge 3) \le \dfrac{5{,}7}{9} \approx 0{,}633.

La valeur exacte, obtenue en sommant la loi (X≤2X \le 2 ou X≥9X \ge 9), vaut environ 0,2000{,}200 : le majorant est vrai mais plus de trois fois trop large. C'est le prix d'une inégalité qui n'utilise que la variance.

3. Somme de Poisson. Les deux variables sont indépendantes : le nombre total d'appels suit P(1,2+1,4)=P(2,6)\mathcal{P}(1{,}2 + 1{,}4) = \mathcal{P}(2{,}6). Donc

P(aucun appel)=e−2,6≈0,074 3.P(\text{aucun appel}) = e^{-2{,}6} \approx 0{,}074\,3.

Contrôle sans le théorème : P(X=0) P(Y=0)=e−1,2 e−1,4=e−2,6P(X = 0)\,P(Y = 0) = e^{-1{,}2}\,e^{-1{,}4} = e^{-2{,}6}. ✓\checkmark Et P(X+Y=3)=e−2,6 2,633!≈0,218P(X + Y = 3) = e^{-2{,}6}\,\dfrac{2{,}6^{3}}{3!} \approx 0{,}218.

Lecture. Identifier la loi (rang d'un premier succès, ou comptage d'événements rares), écrire sa formule, utiliser ses moments connus ; les inégalités donnent des bornes quand on ne veut, ou ne peut, pas sommer la loi.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : centre de gravité et moyenne qui se stabilise

Figure (fig.math.random-variable-law, figure programmatique de la leçon de première sur les variables aléatoires, réutilisée ici parce qu'elle dessine les deux théorèmes du chapitre) : en haut, trois bâtons aux valeurs −2-2, 00, 44, de hauteurs 0,50{,}5, 0,30{,}3, 0,20{,}2, posés sur une règle en équilibre sur un pivot en E(X)=−0,2E(X) = -0{,}2, avec une accolade d'un écart-type de part et d'autre (σ≈2,27\sigma \approx 2{,}27) ; en bas, la moyenne des gains après 11 à 500500 parties, très irrégulière au début, de plus en plus resserrée autour de la droite y=−0,2y = -0{,}2.

Pour cette leçon :

  • Le pivot est l'espérance : pour une loi infinie (géométrique, Poisson), il y a une infinité de bâtons, de plus en plus petits, et le pivot n'existe que si leurs « moments » ∑x P(X=x)\sum x\,P(X = x) ont une somme finie — c'est la condition de convergence absolue, dessinée.
  • L'accolade d'un écart-type. Tchebychev dit que la masse située à plus de kk écarts-types du pivot est au plus 1k2\dfrac{1}{k^{2}} : au plus un quart au-delà de 2σ2\sigma, au plus un neuvième au-delà de 3σ3\sigma, quelle que soit la loi.
  • La ligne brisée du bas est la loi faible des grands nombres : la moyenne de nn parties indépendantes a pour variance σ2n\dfrac{\sigma^{2}}{n}, ici environ 5,16n\dfrac{5{,}16}{n} ; après 500500 parties, l'écart-type de la moyenne ne vaut plus qu'environ 0,10{,}1, ce qui explique le resserrement visible.

Ce que la figure ne montre pas : une loi à valeurs en nombre infini, et une loi de Poisson ou géométrique en particulier. Il faut se représenter, pour G(1/6)\mathcal{G}(1/6), des bâtons en 1,2,3,…1, 2, 3, \dots qui décroissent géométriquement d'un facteur 56\dfrac{5}{6}, avec un pivot en 66.

Loi d’une variable aléatoire : espérance comme point d’équilibre, écart-type comme largeur, et la moyenne des gains qui rejoint E(X) — Deux panneaux. (1) À gauche, un diagramme en bâtons : axe horizontal gradué en euros de −3 à 5, axe vert…
Loi d’une variable aléatoire : espérance comme point d’équilibre, écart-type comme largeur, et la moyenne des gains qui rejoint E(X) · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • Programme officiel de mathématiques de la classe de MP (CPGE scientifiques, seconde année)
  • Programme officiel de mathématiques de BCPST 2e année (CPGE scientifiques, seconde année)
  • S. Ross, Initiation aux probabilités, Presses polytechniques et universitaires romandes

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