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Physique · Licence 1 · 15 min de lecture

Machines thermiques : la borne de Carnot

Machine cyclique ditherme : moteur, réfrigérateur, pompe à chaleur ; bilans d'énergie et d'entropie sur un cycle ; inégalité de Clausius ; rendement maximal d'un moteur ditherme et efficacité d'une machine frigorifique ; irréversibilités et écart au cas idéal.

Chapitre du programme : Thermodynamique

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : un cycle, deux sources, deux bilans

Une machine thermique est un système — le fluide d'une centrale, le gaz d'un réfrigérateur — qui décrit un cycle : il revient périodiquement à son état initial. Elle échange de l'énergie par transfert thermique avec deux sources de températures fixes, Tc>TfT_c > T_f (chaude, froide), et du travail avec l'extérieur. Le modèle est une machine cyclique ditherme, avec deux réservoirs idéaux à températures absolues positives fixes, sans autre échange énergétique que ces transferts thermiques et le travail utile. Les contacts sont inclus dans le bilan global d’irréversibilité. Trois usages : le moteur reçoit de la chaleur du chaud et fournit du travail ; le réfrigérateur reçoit du travail pour extraire de la chaleur du froid ; la pompe à chaleur reçoit du travail pour livrer de la chaleur au chaud.

Convention, à écrire avant tout calcul. Les indices c et f désignent les sources chaude et froide ; Qc,Qf,WQ_c,Q_f,W sont des modules positifs. Pour le moteur, QcQ_c est reçu du chaud, QfQ_f cédé au froid et W fourni. Pour une machine réceptrice, QfQ_f est reçu du froid, QcQ_c cédé au chaud et W reçu : les sens sont inversés. Les signes figurent dans les équations.

Bilan d'énergie sur un cycle. Le fluide revient à son état initial : ΔU=0\Delta U = 0 sur un cycle. Le premier principe donne, pour un moteur,

W=Qc−Qf.W = Q_c - Q_f.

Le travail fourni est la différence entre ce qui est reçu du chaud et ce qui est rejeté au froid. Un moteur qui ne rejetterait rien (Qf=0Q_f = 0) convertirait toute la chaleur en travail : le second principe l'interdit.

Bilan global d’entropie sur un cycle. Le fluide et les contacts reviennent à leur état initial. Les réservoirs varient de −Qc/Tc-Q_c/T_c et +Qf/Tf+Q_f/T_f ; le travail n’emporte pas d’entropie dans ce modèle. La création totale dans la machine et ses contacts vaut donc Sc=Qf/Tf−Qc/Tc≥0S_{\text{c}}=Q_f/T_f-Q_c/T_c\ge0. Elle ne se confond pas nécessairement avec la seule production interne du fluide : les écarts de température aux contacts contribuent au total. Ainsi 0=Qc/Tc−Qf/Tf+Sc0=Q_c/T_c-Q_f/T_f+S_{\text{c}} et Qc/Tc−Qf/Tf≤0Q_c/T_c-Q_f/T_f\le0, avec égalité si et seulement si l’ensemble machine et contacts du modèle est réversible.

Le rendement, et sa borne. Le rendement d'un moteur est ce qu'on gagne sur ce qu'on paie : η=WQc=1−QfQc\eta = \dfrac{W}{Q_c} = 1 - \dfrac{Q_f}{Q_c}. Clausius donne QfQc≥TfTc\dfrac{Q_f}{Q_c} \ge \dfrac{T_f}{T_c}, d'où

Théorème de Carnot : η≤ηmax⁡=1−TfTc\quad \eta \le \eta_{\max} = 1 - \dfrac{T_f}{T_c}, avec égalité pour un cycle réversible.

Le rendement maximal ne dépend que des températures des sources, en kelvin, et de rien d'autre : ni du fluide, ni de la technique. Une centrale entre 400400 °C et 2020 °C : ηmax⁡=1−293,15673,15≈0,565\eta_{\max} = 1 - \dfrac{293{,}15}{673{,}15} \approx 0{,}565. Avec des degrés Celsius on trouverait 1−20400=0,951 - \dfrac{20}{400} = 0{,}95 — un nombre qui ne veut rien dire, et qui change si l'on décale le zéro de l'échelle. Dans ce cadre ditherme, aucun moteur ne dépasse cette borne ; les irréversibilités rendent le rendement strictement inférieur, sans imposer un écart universel. Une pile électrochimique ou une conversion électrique ne relève pas automatiquement de cette borne thermique.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : machines inversées et irréversibilités

Réfrigérateur. Le cycle est parcouru dans l'autre sens : le fluide reçoit Qf>0Q_f > 0 de la source froide (l'intérieur de l'enceinte), reçoit un travail W>0W > 0 (le compresseur), et cède Qc>0Q_c > 0 à la source chaude (la cuisine). Premier principe sur un cycle : Qc=Qf+WQ_c = Q_f + W — la cuisine reçoit plus que ce qui est extrait du froid. On mesure ce qu'on gagne sur ce qu'on paie par l'efficacité (ou coefficient de performance)

efrigo=QfW.e_{\text{frigo}} = \dfrac{Q_f}{W}.

Clausius s'écrit maintenant QfTf−QcTc≤0\dfrac{Q_f}{T_f} - \dfrac{Q_c}{T_c} \le 0 (les signes suivent le sens des transferts), d'où efrigo≤TfTc−Tfe_{\text{frigo}} \le \dfrac{T_f}{T_c - T_f}. Cette borne est supérieure à 11 dès que Tc−Tf<TfT_c - T_f < T_f : entre −18-18 °C et 2222 °C, emax⁡=255,1540≈6,38e_{\max} = \dfrac{255{,}15}{40} \approx 6{,}38. Extraire 1010 kJ du congélateur coûte alors au moins 106,38≈1,57\dfrac{10}{6{,}38} \approx 1{,}57 kJ de travail. Une efficacité supérieure à 1 ne viole pas la conservation : la chaleur livrée comprend celle prélevée au froid et l’énergie du travail reçu.

Pompe à chaleur. Même cycle, autre usage : ce qui compte est QcQ_c, livré à la maison. Efficacité epompe=QcW≤TcTc−Tfe_{\text{pompe}} = \dfrac{Q_c}{W} \le \dfrac{T_c}{T_c - T_f}. Comme Qc=Qf+WQ_c = Q_f + W, pour la même machine, le même cycle et les mêmes flux, on a epompe=efrigo+1e_{\text{pompe}} = e_{\text{frigo}} + 1. Entre 55 °C (air extérieur) et 4040 °C (plancher chauffant) : emax⁡=313,1535≈8,95e_{\max} = \dfrac{313{,}15}{35} \approx 8{,}95 — un kilojoule de travail peut livrer près de neuf kilojoules de chaleur, dont huit pris à l'air froid. À température froide fixée, abaisser la température de livraison augmente la borne réversible du COP de chauffage. Ce potentiel théorique ne suffit pas à comparer deux installations réelles : besoin, fonctionnement et performances effectives doivent aussi être connus.

Un moteur réel. On mesure Qc=100Q_c = 100 kJ reçus et Qf=60Q_f = 60 kJ rejetés par cycle, entre les mêmes sources 400400 °C / 2020 °C. Premier principe : W=40W = 40 kJ, η=0,40\eta = 0{,}40 — sous la borne 0,5650{,}565, comme il se doit. Le bilan d'entropie mesure combien d'irréversibilité :

Sc=QfTf−QcTc=60 000293,15−100 000673,15≈204,7−148,6=56,1 J⋅K−1>0.S_{\text{c}} = \dfrac{Q_f}{T_f} - \dfrac{Q_c}{T_c} = \dfrac{60\,000}{293{,}15} - \dfrac{100\,000}{673{,}15} \approx 204{,}7 - 148{,}6 = 56{,}1\ \mathrm{J \cdot K^{-1}} > 0.

À mêmes réservoirs et même Qc=100Q_c=100 kJ, le moteur réversible aurait fourni environ 56,5 kJ. La différence non arrondie vaut Wreˊv−W=TfSc≈16,5W_{\text{rév}}-W=T_fS_{\text{c}}\approx16{,}5 kJ. On conserve les expressions complètes avant l’arrondi ; multiplier seulement 56,1 par 293,15 ne restitue pas exactement le résultat non arrondi. Ce travail perdu est propre à cette comparaison fixée.

D’où viennent les irréversibilités. Écarts de température finis, frottements et détentes non contrôlées en sont des exemples. Dans un modèle de contacts à conductance finie, rendre les écarts de température arbitrairement faibles ralentit les échanges ; la limite quasi statique conduit à une puissance tendant vers zéro. Cette limite de fonctionnement n’est pas une définition universelle de la réversibilité.

Ce que le théorème ne dit pas. Il ne choisit ni fluide, ni technologie, ni cycle industriel. La borne concerne la conversion thermique cyclique ditherme définie au départ, pas toute conversion d’énergie. À réservoirs fixés, elle est indépendante du fluide du moteur ; modifier les sources change la borne.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : une centrale, idéale puis réelle

Énoncé. Le fluide d'une centrale décrit un cycle entre une source chaude à 400400 °C et une source froide (rivière) à 2020 °C. On note Qc>0Q_c > 0 l'énergie reçue de la source chaude par cycle, Qf>0Q_f > 0 l'énergie cédée à la source froide, W>0W > 0 le travail fourni.

  1. Calculer le rendement maximal ηmax⁡\eta_{\max}.
  2. Le cycle est supposé réversible et Qc=100Q_c = 100 kJ. Calculer WW et QfQ_f, et vérifier l'égalité de Clausius.
  3. En réalité, pour Qc=100Q_c = 100 kJ, on mesure Qf=60Q_f = 60 kJ. Calculer le rendement réel et l'entropie créée par cycle.
  4. Quel travail a été perdu par rapport au cycle réversible ?

---

1. Kelvin d'abord. Tc=400+273,15=673,15T_c = 400 + 273{,}15 = 673{,}15 K, Tf=293,15T_f = 293{,}15 K.

ηmax⁡=1−TfTc=1−293,15673,15≈0,565\eta_{\max} = 1 - \dfrac{T_f}{T_c} = 1 - \dfrac{293{,}15}{673{,}15} \approx 0{,}565, soit 56,556{,}5 %.

(En Celsius : 1−20/400=0,951 - 20/400 = 0{,}95 ; en décalant le zéro, on aurait n'importe quoi. Le rapport de Carnot exige les températures absolues, exprimées ici en kelvin.)

2. Cycle réversible. W=ηmax⁡ Qc≈0,5645×100=56,5W = \eta_{\max}\,Q_c \approx 0{,}5645 \times 100 = 56{,}5 kJ, et le premier principe sur un cycle (ΔU=0\Delta U = 0) donne

Qf=Qc−W≈43,5Q_f = Q_c - W \approx 43{,}5 kJ.

Clausius : QcTc=100673,15≈0,1486 kJ⋅K−1\dfrac{Q_c}{T_c} = \dfrac{100}{673{,}15} \approx 0{,}1486\ \mathrm{kJ \cdot K^{-1}} et QfTf=100(293,15/673,15)293,15≈0,1486 kJ⋅K−1\dfrac{Q_f}{T_f} = \dfrac{100(293{,}15/673{,}15)}{293{,}15} \approx 0{,}1486\ \mathrm{kJ \cdot K^{-1}} : égaux, comme l'exige un cycle réversible. ✓\checkmark (C'est d'ailleurs la façon la plus sûre de calculer QfQ_f : Qf=Qc TfTcQ_f = Q_c\,\dfrac{T_f}{T_c}.)

3. Cycle réel. W=Qc−Qf=40W = Q_c - Q_f = 40 kJ, donc

η=WQc=0,40\eta = \dfrac{W}{Q_c} = 0{,}40 — sous la borne de Carnot, ce qui est un contrôle de cohérence : un rendement mesuré supérieur à 0,5650{,}565 signalerait une erreur de mesure ou de convention.

Bilan d'entropie sur un cycle (ΔS=0\Delta S = 0) : 0=QcTc−QfTf+Sc0 = \dfrac{Q_c}{T_c} - \dfrac{Q_f}{T_f} + S_{\text{c}}, donc

Sc=QfTf−QcTc=60 000293,15−100 000673,15≈204,7−148,6.S_{\text{c}} = \dfrac{Q_f}{T_f} - \dfrac{Q_c}{T_c} = \dfrac{60\,000}{293{,}15} - \dfrac{100\,000}{673{,}15} \approx 204{,}7 - 148{,}6.

Sc≈56,1 J⋅K−1S_{\text{c}} \approx 56{,}1\ \mathrm{J \cdot K^{-1}} par cycle, positive : le cycle est irréversible.

4. Travail perdu. À mêmes réservoirs et même énergie reçue 100 kJ, Wreˊv−W=[100(1−293,15/673,15)−40]W_{\text{rév}}-W=[100(1-293{,}15/673{,}15)-40] kJ ≈16,5\approx16{,}5 kJ. Le bilan donne exactement la même expression que TfScT_fS_{\text{c}} avant arrondi. Les valeurs 56,5 et 56,1 affichées auparavant sont des approximations, pas des données à réinjecter pour une égalité exacte.

Lecture. Deux bilans, énergie et entropie, tous deux nuls sur un cycle pour le fluide ; l'un donne WW, l'autre dit si c'est le mieux possible. Utilisez les températures absolues pour ces rapports.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : le sens spontané, et le prix de l'inverser

Figure (fig.physics.internal-energy-heat, figure programmatique de la leçon de première sur l'énergie interne et le transfert thermique, réutilisée ici parce qu'elle dessine le sens spontané du transfert et la convention de signe dont toute machine dépend) : trois panneaux et un bandeau.

  • Panneau 1. Deux masses d'eau à la même température au-dessus de deux barres d'énergie interne dans le rapport 11 pour 44 ; puis deux corps à températures différentes reliés par une flèche épaisse du chaud vers le froid, signe −- du côté qui cède, ++ du côté qui reçoit. Pour cette leçon : cette flèche est le transfert spontané. Un moteur s'y installe : il laisse l'énergie descendre du chaud vers le froid et en prélève une partie en travail — QcQ_c entre, QfQ_f ressort, WW est la différence. Un réfrigérateur fait l'inverse : il fait remonter de l'énergie du froid vers le chaud, ce qui n'est pas spontané et coûte du travail. Les signes ±\pm de la figure sont exactement la convention « reçu positif » du premier principe ; la leçon les remplace par des grandeurs positives et des équations signées.
  • Panneau 2. Conduction, convection, rayonnement. Pour cette leçon : ce sont les modes par lesquels une source réelle chauffe un fluide — sous un écart de température fini dans les échanges réels ici représentés, qui créent de l’entropie. C'est la première origine de l'entropie créée.
  • Panneau 3. Le calorimètre associe 300 g d’eau à 20 °C et 300 g de cuivre à 100 °C, pour une température finale d’environ 26,7 °C. Le modèle est thermiquement isolé, sans travail ni changement d’état, à capacités thermiques constantes. Les températures changent durant l’échange : on ne remplace pas son entropie par un unique Q/T initial. Entre états d’équilibre, ΔS=mcln⁡(Tfin/Tini)\Delta S=mc\ln(T_{\mathrm{fin}}/T_{\mathrm{ini}}) pour chaque corps ; leur somme vaut environ 3,29 J/K, positive. L’énergie totale se conserve mais aucun travail n’est récupéré. La courbe du café illustre séparément un modèle de refroidissement vers une ambiance fixe, pas une loi universelle de tout système.

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut se représenter : le cycle — aucun système n'y revient à son état initial ; les deux sources de température fixe et le fluide qui les relie ; le travail échangé, absent du dessin ; le rapport TfTc\dfrac{T_f}{T_c} qui borne le rendement ; et le fait qu'un transfert du froid vers le chaud est possible, à condition de payer. La figure montre où va l'énergie toute seule ; la machine est ce qu'on construit pour en tirer quelque chose, ou pour la faire remonter.

Énergie interne et transfert thermique : le stock, le flux, les trois modes et le refroidissement — Trois panneaux et un bandeau. Panneau 1 : deux masses d'eau a la meme temperature (0,20 kg et 0,80 kg a 80 °C) surmontent deux barres d'ene…
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Sources

  • OpenStaxUP2,4.5, cycle ditherme : https://openstax.org/books/university-physics-volume-2/pages/4-5-the-carnot-cycle
  • OpenStaxUP2,4.6, intégrale entropie : https://openstax.org/books/university-physics-volume-2/pages/4-6-entropy
  • J.-P. Pérez, Thermodynamique — fondements et applications, Dunod
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI

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