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Physique · Licence 1 · 11 min de lecture

Théorème d'Ampère : symétries, contour, courant enlacé

Champ magnétostatique créé par des courants permanents ; symétries et invariances d'une distribution de courants ; circulation du champ et théorème d'Ampère ; champ d'un fil rectiligne infini et d'un solénoïde long ; conservation du flux magnétique et absence de charge magnétique.

Chapitre du programme : Magnétostatique

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : la circulation compte le courant enlacé

Le théorème de Gauss reliait le flux du champ électrique à la charge enfermée. Le théorème d'Ampère relie la circulation du champ magnétique le long d'une courbe fermée au courant qui la traverse. Même philosophie, même limite : puissant quand la distribution est symétrique, inutilisable sinon.

La circulation. Le long d'un contour fermé orienté C\mathcal{C}, la circulation du champ magnétostatique est

∮CB⃗⋅dℓ⃗,\oint_{\mathcal{C}} \vec{B} \cdot \mathrm{d}\vec{\ell},

en T⋅m\mathrm{T \cdot m}. Si B⃗\vec{B} est tangent au contour et de norme constante sur lui, elle vaut simplement B×(longueur du contour)B \times (\text{longueur du contour}).

Le théorème d'Ampère. Pour des courants permanents,

∮CB⃗⋅dℓ⃗=μ0 Ienlaceˊ,\oint_{\mathcal{C}} \vec{B} \cdot \mathrm{d}\vec{\ell} = \mu_0\,I_{\text{enlacé}},

où IenlaceˊI_{\text{enlacé}} est la somme algébrique des intensités qui traversent une surface s'appuyant sur C\mathcal{C}, comptées positivement dans le sens donné par la règle de la main droite (doigts selon le sens de parcours, pouce selon le courant positif). μ0=4π×10−7 T⋅m⋅A−1\mu_0 = 4\pi \times 10^{-7}\ \mathrm{T \cdot m \cdot A^{-1}}. Les courants non enlacés créent un champ sur le contour, mais leur circulation totale est nulle.

Les symétries d'abord — avec une particularité. B⃗\vec{B} est un pseudo-vecteur : sa direction est fixée par une règle d'orientation. Conséquence, l'inverse du cas électrique :

  • si un plan est plan de symétrie de la distribution de courants, B⃗\vec{B} en un point de ce plan lui est perpendiculaire ;
  • si un plan est plan d'antisymétrie, B⃗\vec{B} y est contenu.

Les invariances (translation, rotation) disent de quelles coordonnées la norme ne dépend pas, comme pour Gauss.

Le fil infini. Tout plan contenant le fil est plan de symétrie des courants : B⃗\vec{B} lui est perpendiculaire, donc orthoradial, tangent aux cercles centrés sur le fil. Invariances par translation le long du fil et par rotation autour de lui : BB ne dépend que de la distance rr. Contour : un cercle de rayon rr centré sur le fil. Circulation B(r)×2πrB(r) \times 2\pi r, courant enlacé II :

B(r)=μ0I2πr.B(r) = \dfrac{\mu_0 I}{2\pi r}.

Pas de charge magnétique. Le flux de B⃗\vec{B} à travers toute surface fermée est nul : les lignes de champ magnétique se referment toujours sur elles-mêmes. Il n'existe aucun analogue de la charge intérieure de Gauss ; seul Ampère sert à calculer B⃗\vec{B} par symétrie.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : conducteur plein, solénoïde, tore

À l'intérieur d'un conducteur plein. Un fil cylindrique de rayon RR porte un courant II réparti uniformément sur sa section : densité j=IπR2j = \dfrac{I}{\pi R^{2}}. Mêmes symétries que le fil infini. Sur un cercle de rayon r<Rr < R, le courant enlacé n'est que la part qui traverse le disque de rayon rr :

Ienlaceˊ=j πr2=I r2R2,d’ouˋB(r)=μ0I r2πR2.I_{\text{enlacé}} = j\,\pi r^{2} = I\,\dfrac{r^{2}}{R^{2}}, \qquad \text{d'où} \quad B(r) = \dfrac{\mu_0 I\,r}{2\pi R^{2}}.

Le champ est nul sur l'axe, croît linéairement jusqu'à la surface, où il rejoint la valeur μ0I2πR\dfrac{\mu_0 I}{2\pi R}, puis décroît en 1/r1/r à l'extérieur. Le même profil que le champ électrique d'un cylindre infini uniformément chargé (proportionnel à rr dedans, en 1/r1/r dehors), pour la même raison : seule la source intérieure compte. Une boule chargée a la même allure à l'intérieur, mais son champ décroît en 1/r21/r^{2} à l'extérieur.

Le solénoïde long. NN spires jointives sur une longueur ℓ\ell, parcourues par II ; on le traite comme infini. Tout plan perpendiculaire à l'axe est plan de symétrie des courants (les spires sont circulaires) : B⃗\vec{B} est perpendiculaire à ce plan, donc axial. On admet que le champ est nul à l'extérieur d'un solénoïde infini. Contour : un rectangle dont un côté de longueur LL est à l'intérieur, parallèle à l'axe, et le côté opposé à l'extérieur. Seul le côté intérieur contribue : circulation BLB L. Le rectangle est traversé par nLn L spires, avec n=N/ℓn = N/\ell spires par mètre : Ienlaceˊ=nLII_{\text{enlacé}} = n L I. Donc

B=μ0 n I=μ0 Nℓ I,B = \mu_0\,n\,I = \mu_0\,\dfrac{N}{\ell}\,I,

uniforme dans tout le volume intérieur et indépendant du rayon : un solénoïde plus large ne donne pas un champ plus faible.

Le tore. NN spires régulièrement enroulées sur un anneau. Tout plan contenant l'axe du tore est plan de symétrie : B⃗\vec{B} est orthoradial. Sur un cercle de rayon rr intérieur au tore, chaque spire traverse une fois le disque, dans le même sens : Ienlaceˊ=NII_{\text{enlacé}} = N I, et

B(r)=μ0NI2πr.B(r) = \dfrac{\mu_0 N I}{2\pi r}.

Sur un cercle extérieur au tore, chaque spire traverse le disque deux fois en sens opposés : courant net nul, champ nul. Le tore confine son champ.

La méthode, toujours dans le même ordre : (1) plans de symétrie et invariances ⇒ direction de B⃗\vec{B} et variable dont dépend sa norme ; (2) contour sur lequel B⃗\vec{B} est tangent et de norme constante, ou perpendiculaire ; (3) circulation ; (4) courant enlacé ; (5) égalité. Sans le premier pas, le troisième est une affirmation gratuite.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : fil, conducteur plein, solénoïde

Énoncé. On donne μ0=4π×10−7 T⋅m⋅A−1\mu_0 = 4\pi \times 10^{-7}\ \mathrm{T \cdot m \cdot A^{-1}}.

  1. Un long câble rectiligne transporte I=12I = 12 A. Calculer le champ à 3,53{,}5 cm de son axe.
  2. Le câble est un cylindre plein de rayon R=7,0R = 7{,}0 mm, de densité de courant uniforme. Calculer le champ à 2,82{,}8 mm de l'axe.
  3. Un solénoïde de 600600 spires, long de 3030 cm et de rayon 1,21{,}2 cm, est parcouru par 1,31{,}3 A. Calculer le champ à l'intérieur.

---

1. Fil. Symétries : tout plan contenant le fil est plan de symétrie des courants ; B⃗\vec{B}, pseudo-vecteur, lui est perpendiculaire : il est orthoradial. Invariances : B=B(r)B = B(r). Contour : cercle de rayon r=0,035r = 0{,}035 m, orienté par le courant. Ampère : B×2πr=μ0IB \times 2\pi r = \mu_0 I.

B=μ0I2πr=4π×10−7×122π×0,035≈6,86×10−5 T≈68,6 μTB = \dfrac{\mu_0 I}{2\pi r} = \dfrac{4\pi \times 10^{-7} \times 12}{2\pi \times 0{,}035} \approx 6{,}86 \times 10^{-5}\ \mathrm{T} \approx 68{,}6\ \mu\mathrm{T}.

Le 4π4\pi de μ0\mu_0 se simplifie avec le 2π2\pi : μ02π=2×10−7\dfrac{\mu_0}{2\pi} = 2 \times 10^{-7} SI.

2. Intérieur. Mêmes symétries, cercle de rayon r=2,8r = 2{,}8 mm <R< R. Courant enlacé :

Ienlaceˊ=I r2R2=12×(2,87,0)2=12×0,16=1,92 A.I_{\text{enlacé}} = I\,\dfrac{r^{2}}{R^{2}} = 12 \times \left(\dfrac{2{,}8}{7{,}0}\right)^{2} = 12 \times 0{,}16 = 1{,}92\ \mathrm{A}.

B=μ0Ienlaceˊ2πr=2×10−7×1,922,8×10−3≈1,37×10−4 T≈137 μTB = \dfrac{\mu_0 I_{\text{enlacé}}}{2\pi r} = \dfrac{2 \times 10^{-7} \times 1{,}92}{2{,}8 \times 10^{-3}} \approx 1{,}37 \times 10^{-4}\ \mathrm{T} \approx 137\ \mu\mathrm{T}.

Contrôle : à la surface, 2×10−7×127,0×10−3≈343 μT\dfrac{2 \times 10^{-7} \times 12}{7{,}0 \times 10^{-3}} \approx 343\ \mu\mathrm{T}, et 2,87,0=0,4\dfrac{2{,}8}{7{,}0} = 0{,}4 de cette valeur donne bien 137 μT137\ \mu\mathrm{T} : le champ intérieur est proportionnel à rr. Compter le courant total 1212 A aurait donné 857 μT857\ \mu\mathrm{T}, plus que le maximum en surface — absurde.

3. Solénoïde. Condition de validité d'abord : un solénoïde est long si sa longueur vaut au moins une vingtaine de fois son rayon ; ici 20R=20×1,2×10−2=0,2420R = 20 \times 1{,}2 \times 10^{-2} = 0{,}24 m <ℓ=0,30< \ell = 0{,}30 m, le modèle infini est légitime. Champ axial, uniforme à l'intérieur, nul dehors ; contour rectangulaire. n=6000,30=2 000n = \dfrac{600}{0{,}30} = 2\,000 spires par mètre.

B=μ0nI=4π×10−7×2 000×1,3≈3,27×10−3 T≈3,27B = \mu_0 n I = 4\pi \times 10^{-7} \times 2\,000 \times 1{,}3 \approx 3{,}27 \times 10^{-3}\ \mathrm{T} \approx 3{,}27 mT.

Le rayon de 1,21{,}2 cm n'a servi qu'à vérifier la condition de validité : il n'entre pas dans le calcul, et c'est normal. Pour comparaison, un tore de 350350 spires, de rayon moyen 7,07{,}0 cm, parcouru par 2,62{,}6 A, crée sur son cercle moyen μ0NI2πr=2×10−7×350×2,60,070=2,60\dfrac{\mu_0 N I}{2\pi r} = \dfrac{2 \times 10^{-7} \times 350 \times 2{,}6}{0{,}070} = 2{,}60 mT : même ordre de grandeur.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : spire, solénoïde et lignes fermées

Figure (fig.physics.magnetic-field, figure programmatique de la leçon sur le champ magnétique, réutilisée ici parce que ses lignes de champ sont celles que le théorème d'Ampère calcule) : quatre panneaux.

  • Panneau 1, l'aimant droit. Dix lignes de champ fermées, du pôle nord au pôle sud à l'extérieur, revenant à l'intérieur du barreau sans jamais s'interrompre. Pour cette leçon : c'est l'image de « pas de charge magnétique ». Aucune ligne ne naît ni ne meurt ; le flux à travers toute surface fermée est nul.
  • Panneau 2, la spire. Une spire parcourue par un courant, ses deux sections marquées « sortant » et « entrant », huit lignes fermées qui l'enlacent, et une main droite schématisée : doigts dans le sens du courant, pouce dans le sens du champ. Pour cette leçon : c'est la règle d'orientation du théorème d'Ampère. Chaque ligne de champ est un contour qui enlace le courant de la spire une fois : sa circulation vaut μ0I\mu_0 I, quelle que soit sa forme.
  • Panneau 3, le solénoïde. Coupe d'un solénoïde de longueur égale à huit fois son rayon : au centre, des lignes droites, parallèles et équidistantes — champ axial et uniforme — qui s'évasent aux extrémités ; cartouche « B=μ0nIB = \mu_0 n I, indépendant du rayon ». Pour cette leçon : c'est exactement le résultat du contour rectangulaire. L'évasement aux bouts rappelle que le modèle infini n'est valable qu'au centre d'un solénoïde long.
  • Panneau 4, la boussole. Champ terrestre horizontal et champ d'un solénoïde orthogonaux, sommés en parallélogramme. Pour cette leçon : les champs magnétiques se superposent vectoriellement — et le théorème d'Ampère s'applique au champ total.

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut se représenter : le fil rectiligne infini, dont les lignes sont des cercles centrés sur lui dans chaque plan perpendiculaire, plus espacés à mesure qu'on s'éloigne (décroissance en 1/r1/r) ; l'intérieur d'un conducteur plein, où ces cercles se resserrent vers la surface ; et le tore, dont les lignes sont des cercles entièrement contenus dans l'anneau.

Champ magnétique : les lignes fermées d'un aimant droit, d'une spire et d'un solénoïde, et la composition vectorielle lue par une boussole — Quatre panneaux. Panneau 1 : un barreau aimanté horizontal de 160 par 40 px, moitié gauche marquée…
Champ magnétique : les lignes fermées d'un aimant droit, d'une spire et d'un solénoïde, et la composition vectorielle lue par une boussole · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • D. Halliday, R. Resnick, J. Walker, Physique (3 vol.), Dunod
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI

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