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Physique · Prépa 2e année · 10 min de lecture

Onde plane électromagnétique dans le vide

Équation de d'Alembert pour le champ dans le vide, structure de l'onde plane progressive monochromatique : transversalité, relation de dispersion ω = c k, trièdre direct et relation de structure B = (u ∧ E)/c, champs en phase, amplitude B₀ = E₀/c.

Chapitre du programme : Électromagnétisme

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : de Maxwell à la lumière

Dans le vide, sans charge ni courant, les équations de Maxwell couplent les deux champs : un champ magnétique qui varie crée un champ électrique (Maxwell-Faraday), un champ électrique qui varie crée un champ magnétique (Maxwell-Ampère). En combinant les deux, chaque composante de E⃗\vec{E} et de B⃗\vec{B} obéit à l'équation de d'Alembert :

ΔE⃗−1c2 ∂2E⃗∂t2=0⃗,c=1μ0ε0.\Delta\vec{E} - \dfrac{1}{c^{2}}\,\dfrac{\partial^{2}\vec{E}}{\partial t^{2}} = \vec{0}, \qquad c = \dfrac{1}{\sqrt{\mu_0\varepsilon_0}}.

C'est une équation de propagation, à la vitesse cc. Avec μ0≈4π×10−7 H⋅m−1\mu_0 \approx 4\pi \times 10^{-7}\ \mathrm{H \cdot m^{-1}} et ε0≈8,854×10−12 F⋅m−1\varepsilon_0 \approx 8{,}854 \times 10^{-12}\ \mathrm{F \cdot m^{-1}}, on trouve c≈2,998×108 m⋅s−1c \approx 2{,}998 \times 10^{8}\ \mathrm{m \cdot s^{-1}} : la vitesse de la lumière, que le Système international fixe exactement à 299 792 458 m⋅s−1299\,792\,458\ \mathrm{m \cdot s^{-1}}. La lumière est une onde électromagnétique.

L'onde plane progressive monochromatique (OPPM). C'est la solution la plus simple : un champ qui ne dépend que d'une coordonnée d'espace, zz par exemple, et du temps, sous la forme

E⃗(M,t)=E⃗0cos⁡(ωt−kz).\vec{E}(M, t) = \vec{E}_0\cos(\omega t - kz).

La phase ωt−kz\omega t - kz est constante quand zz augmente avec tt : l'onde progresse vers les zz croissants, de vecteur unitaire u⃗=ez⃗\vec{u} = \vec{e_z}. Avec ωt+kz\omega t + kz (k>0k > 0), elle progresserait vers les zz décroissants.

Relation de dispersion. Reportée dans l'équation de d'Alembert, cette forme impose

ω=c k,soit, avec ω=2πf et k=2πλ:λf=c.\omega = c\,k, \qquad \text{soit, avec } \omega = 2\pi f \text{ et } k = \dfrac{2\pi}{\lambda} : \quad \lambda f = c.

Dans le vide, toutes les fréquences vont à la même vitesse : le vide n'est pas dispersif.

La structure de l'onde. Les équations de Maxwell imposent trois propriétés de plus :

  • transversalité : E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B} sont tous deux perpendiculaires à la direction de propagation u⃗\vec{u} (Maxwell-Gauss et Maxwell-Thomson) ;
  • relation de structure (Maxwell-Faraday) :
B⃗=u⃗×E⃗c,\vec{B} = \dfrac{\vec{u} \times \vec{E}}{c},

où le signe ×\times désigne ici le produit vectoriel, noté aussi ∧\wedge dans de nombreux manuels ;

  • par conséquent, B⃗\vec{B} est orthogonal à E⃗\vec{E}, en phase avec lui, et d'amplitude B0=E0cB_0 = \dfrac{E_0}{c}. Le trièdre (E⃗,B⃗,u⃗)(\vec{E}, \vec{B}, \vec{u}) est direct.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : d'où vient la relation de structure

Le calcul. Prenons E⃗=E0cos⁡(ωt−kz) e⃗\vec{E} = E_0\cos(\omega t - kz)\,\vec{e}, où e⃗\vec{e} est un vecteur unitaire constant perpendiculaire à ez⃗\vec{e_z}. Le gradient de cos⁡(ωt−kz)\cos(\omega t - kz) vaut ksin⁡(ωt−kz) ez⃗k\sin(\omega t - kz)\,\vec{e_z}, donc

rot→ E⃗=kE0sin⁡(ωt−kz) (ez⃗×e⃗).\overrightarrow{\mathrm{rot}}\,\vec{E} = k E_0\sin(\omega t - kz)\,(\vec{e_z} \times \vec{e}).

Maxwell-Faraday, rot→ E⃗=−∂B⃗∂t\overrightarrow{\mathrm{rot}}\,\vec{E} = -\dfrac{\partial \vec{B}}{\partial t}, s'intègre en temps (sans partie constante, qui ne serait pas une onde) :

B⃗=kω E0cos⁡(ωt−kz) (ez⃗×e⃗)=ez⃗×E⃗c.\vec{B} = \dfrac{k}{\omega}\,E_0\cos(\omega t - kz)\,(\vec{e_z} \times \vec{e}) = \dfrac{\vec{e_z} \times \vec{E}}{c}.

Le facteur kω=1c\dfrac{k}{\omega} = \dfrac{1}{c} vient de la relation de dispersion ; le cosinus reste un cosinus (en phase) ; la direction est celle du produit vectoriel. En notation complexe, le même calcul se résume à : ∂∂t→jω\dfrac{\partial}{\partial t} \to j\omega et rot→→−jk⃗×\overrightarrow{\mathrm{rot}} \to -j\vec{k} \times, d'où B⃗=k⃗×E⃗ω\vec{B} = \dfrac{\vec{k} \times \vec{E}}{\omega}.

Lire le sens de propagation. Tout se joue sur le signe entre ωt\omega t et kzkz, avec k>0k > 0 :

  • cos⁡(ωt−kz)\cos(\omega t - kz) : u⃗=+ez⃗\vec{u} = +\vec{e_z} ;
  • cos⁡(ωt+kz)\cos(\omega t + kz) : u⃗=−ez⃗\vec{u} = -\vec{e_z}, et le champ magnétique change de signe par rapport au cas précédent.

Produits vectoriels de base (trièdre direct) : ex⃗×ey⃗=ez⃗\vec{e_x} \times \vec{e_y} = \vec{e_z}, ey⃗×ez⃗=ex⃗\vec{e_y} \times \vec{e_z} = \vec{e_x}, ez⃗×ex⃗=ey⃗\vec{e_z} \times \vec{e_x} = \vec{e_y}, et l'ordre inverse change le signe. Une erreur d'ordre donne le champ opposé.

Ordres de grandeur. B0=E0/cB_0 = E_0/c est minuscule : pour E0=100 V⋅m−1E_0 = 100\ \mathrm{V \cdot m^{-1}}, B0≈3×10−7B_0 \approx 3 \times 10^{-7} T, plus de cent fois moins que le champ magnétique terrestre (de l'ordre de 5×10−55 \times 10^{-5} T). Écrire B0=E0B_0 = E_0 revient à se tromper d'un facteur c≈3×108c \approx 3 \times 10^{8} ; écrire B0=c E0B_0 = c\,E_0, d'un facteur c2≈9×1016c^{2} \approx 9 \times 10^{16}.

Énergie transportée. Le vecteur de Poynting Π⃗=E⃗×B⃗μ0\vec{\Pi} = \dfrac{\vec{E} \times \vec{B}}{\mu_0} (produit vectoriel) vaut, pour l'OPPM, E2μ0c u⃗\dfrac{E^{2}}{\mu_0 c}\,\vec{u} : l'énergie va dans le sens de propagation. Sa moyenne temporelle fait apparaître la moyenne de cos⁡2\cos^{2}, qui vaut 12\dfrac{1}{2} : ⟨Π⟩=E022μ0c\langle \Pi \rangle = \dfrac{E_0^{2}}{2\mu_0 c}.

Une idéalisation. Une OPPM est infinie dans l'espace et dans le temps : elle n'existe pas. Mais toute onde réelle se décompose en une somme d'OPPM, et loin de sa source, dans une petite région, une onde réelle ressemble à une onde plane. C'est pourquoi ce modèle est la brique de toute l'optique ondulatoire.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : une polarisation oblique

Énoncé. Dans le vide, une onde plane progressive monochromatique de longueur d'onde λ=500\lambda = 500 nm a pour champ électrique

E⃗(M,t)=E0cos⁡(ωt−kz) 3 ex⃗+4 ey⃗5,E0=90 V⋅m−1.\vec{E}(M, t) = E_0\cos(\omega t - kz)\,\dfrac{3\,\vec{e_x} + 4\,\vec{e_y}}{5}, \qquad E_0 = 90\ \mathrm{V \cdot m^{-1}}.

On prend c=3,00×108 m⋅s−1c = 3{,}00 \times 10^{8}\ \mathrm{m \cdot s^{-1}}.

  1. Calculer ff, ω\omega et kk.
  2. Donner l'expression de B⃗(M,t)\vec{B}(M, t) et son amplitude.
  3. Vérifier la transversalité et l'orthogonalité des deux champs.

---

1. Dispersion. λf=c\lambda f = c, donc f=3,00×108500×10−9f = \dfrac{3{,}00 \times 10^{8}}{500 \times 10^{-9}}.

f=6,00×1014f = 6{,}00 \times 10^{14} Hz, ω=2πf≈3,77×1015 rad⋅s−1\omega = 2\pi f \approx 3{,}77 \times 10^{15}\ \mathrm{rad \cdot s^{-1}}, k=2πλ≈1,26×107 rad⋅m−1k = \dfrac{2\pi}{\lambda} \approx 1{,}26 \times 10^{7}\ \mathrm{rad \cdot m^{-1}}.

On vérifie ω/k=3,00×108\omega/k = 3{,}00 \times 10^{8} : c'est bien cc. (Une radiation du domaine visible.)

2. Champ magnétique. La phase s'écrit ωt−kz\omega t - kz avec k>0k > 0 : l'onde progresse vers les zz croissants, u⃗=ez⃗\vec{u} = \vec{e_z}. Relation de structure, par linéarité du produit vectoriel :

ez⃗×(3 ex⃗+4 ey⃗)=3 ey⃗−4 ex⃗.\vec{e_z} \times (3\,\vec{e_x} + 4\,\vec{e_y}) = 3\,\vec{e_y} - 4\,\vec{e_x}.

B⃗(M,t)=E0ccos⁡(ωt−kz) −4 ex⃗+3 ey⃗5\vec{B}(M, t) = \dfrac{E_0}{c}\cos(\omega t - kz)\,\dfrac{-4\,\vec{e_x} + 3\,\vec{e_y}}{5}, d'amplitude B0=E0c=903,00×108=3,00×10−7B_0 = \dfrac{E_0}{c} = \dfrac{90}{3{,}00 \times 10^{8}} = 3{,}00 \times 10^{-7} T.

Même cosinus que E⃗\vec{E} : les deux champs sont en phase, ils s'annulent et sont maximaux aux mêmes instants.

3. Contrôles. Aucun des deux champs n'a de composante selon ez⃗\vec{e_z} : l'onde est transverse. Produit scalaire des directions : 3×(−4)+4×3=03 \times (-4) + 4 \times 3 = 0, les deux champs sont orthogonaux. Et (3 ex⃗+4 ey⃗)×(−4 ex⃗+3 ey⃗)=(9+16) ez⃗(3\,\vec{e_x} + 4\,\vec{e_y}) \times (-4\,\vec{e_x} + 3\,\vec{e_y}) = (9 + 16)\,\vec{e_z} : le produit vectoriel E⃗×B⃗\vec{E} \times \vec{B} pointe selon +ez⃗+\vec{e_z}, sens de propagation. Le trièdre est direct, et le vecteur de Poynting va dans le bon sens.

Ordre de grandeur énergétique. ⟨Π⟩=E022μ0c=9022×4π×10−7×3,00×108≈10,7 W⋅m−2\langle \Pi \rangle = \dfrac{E_0^{2}}{2\mu_0 c} = \dfrac{90^{2}}{2 \times 4\pi \times 10^{-7} \times 3{,}00 \times 10^{8}} \approx 10{,}7\ \mathrm{W \cdot m^{-2}} : un capteur de 1 cm21\ \mathrm{cm^{2}} placé perpendiculairement à u⃗\vec{u} reçoit environ 1,11{,}1 mW.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : une période dans le temps, une dans l'espace

Figure (fig.physics.periodic-waves, figure programmatique de la leçon de première sur les ondes périodiques, réutilisée ici parce qu'une OPPM est d'abord une onde doublement périodique) : deux graphiques et une vignette.

  • Graphique du haut : l'élongation d'un point fixe d'une cuve à ondes en fonction du temps, une sinusoïde de période T=0,40T = 0{,}40 s. Pour ce chapitre : c'est E⃗\vec{E} en un point fixe, zz donné, qui varie comme cos⁡(ωt−kz)\cos(\omega t - kz) avec la période T=2π/ωT = 2\pi/\omega.
  • Graphique du milieu : l'élongation de tous les points à un instant fixe en fonction de la position, sinusoïde de même aspect et de longueur d'onde λ=8,0\lambda = 8{,}0 cm ; une double flèche dit « même forme, axes différents ». Pour ce chapitre : c'est E⃗\vec{E} à tt donné le long de l'axe de propagation, de période spatiale λ=2π/k\lambda = 2\pi/k.
  • Vignette et bandeau : une cuve vue de dessus, crêtes rectilignes — des plans d'onde, comme ceux d'une onde plane — et la relation λ=vT\lambda = vT. Pour ce chapitre : dans le vide, v=cv = c pour toutes les fréquences, et λ=cT\lambda = cT est exactement la relation de dispersion ω=ck\omega = ck.

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut se représenter : une onde électromagnétique n'est pas une élongation de matière — rien ne « monte et descend », ce sont deux champs vectoriels. Imaginez sur l'axe zz deux sinusoïdes dans deux plans perpendiculaires, E⃗\vec{E} dans l'un, B⃗\vec{B} dans l'autre, qui passent par zéro aux mêmes points et culminent aux mêmes points (en phase), et dont le produit vectoriel pointe toujours vers l'avant. L'onde d'une cuve est mécanique et a besoin d'un milieu ; l'onde électromagnétique se propage dans le vide.

Onde périodique : la même sinusoïde lue dans le temps (période T) et dans l'espace (longueur d'onde λ) — Modèle sinusoïdal linéaire non dispersif, sans dérive nette au premier ordre.
Onde périodique : la même sinusoïde lue dans le temps (période T) et dans l'espace (longueur d'onde λ) · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • Programme officiel de physique des classes de deuxième année de CPGE scientifiques (MP, PC, PSI)
  • R. Feynman, R. Leighton, M. Sands, Le cours de physique de Feynman — Électromagnétisme, Dunod
  • E. Hecht, Physique, De Boeck
  • BIPM, Brochure sur le Système international d'unités (SI), 9e édition, 2019

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