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Physique · Licence 1 · 10 min de lecture

Potentiel électrostatique et énergie potentielle

Circulation du champ électrostatique et caractère conservatif ; potentiel défini à une constante près ; relation entre champ et potentiel, le champ pointant vers les potentiels décroissants ; surfaces équipotentielles orthogonales aux lignes de champ ; énergie potentielle d'une charge dans un champ, électronvolt.

Chapitre du programme : Électrostatique

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : un scalaire derrière le champ

Le champ électrostatique est un vecteur : trois composantes en chaque point, qui s'ajoutent vectoriellement quand plusieurs charges agissent. Il cache pourtant une grandeur plus simple, un scalaire : le potentiel.

Une force conservative. Le travail de la force électrostatique F⃗=qE⃗\vec{F} = q\vec{E} sur une charge qq qui va de AA à BB ne dépend pas du chemin suivi, seulement des points de départ et d'arrivée — comme le travail du poids. On dit que la circulation du champ électrostatique est conservative. On peut donc définir une fonction VV des seuls points de l'espace, le potentiel électrostatique, en volts, telle que

WA→B=q (VA−VB).W_{A \to B} = q\,(V_A - V_B).

Champ et potentiel. Localement, le champ dérive du potentiel :

E⃗=−grad→ V,aˋ une dimension : Ex=−dVdx.\vec{E} = -\overrightarrow{\mathrm{grad}}\,V, \qquad \text{à une dimension : } E_x = -\dfrac{\mathrm{d}V}{\mathrm{d}x}.

Le signe moins dit l'essentiel : le champ pointe vers les potentiels décroissants. Une charge positive livrée à elle-même descend les potentiels ; une charge négative les remonte.

Défini à une constante près. Seules les différences de potentiel ont un sens physique (elles donnent le travail). On fixe la constante par une convention : pour des charges ponctuelles, V=0V = 0 à l'infini. Un potentiel nul en un point n'y impose donc pas un champ nul, et réciproquement.

La charge ponctuelle. Le champ de qq placée en OO est radial, E(r)=q4πε0r2E(r) = \dfrac{q}{4\pi\varepsilon_0 r^{2}} ; on en déduit, avec V(∞)=0V(\infty) = 0,

V(r)=q4πε0 r.V(r) = \dfrac{q}{4\pi\varepsilon_0\,r}.

Le potentiel décroît en 1/r1/r, le champ en 1/r21/r^{2}. Le potentiel porte le signe de la charge.

Superposition. Les potentiels de plusieurs charges s'additionnent algébriquement : V(M)=14πε0∑iqiriV(M) = \dfrac{1}{4\pi\varepsilon_0}\sum_i \dfrac{q_i}{r_i}. Pas de composantes, pas d'angles : c'est ce qui rend le potentiel plus facile à calculer que le champ.

Équipotentielles. Les surfaces où VV est constant sont perpendiculaires aux lignes de champ : se déplacer sur une équipotentielle ne coûte aucun travail. Pour une charge ponctuelle ce sont des sphères centrées sur elle ; entre deux plaques parallèles, des plans parallèles aux plaques.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : énergie potentielle et électronvolt

Énergie potentielle d'une charge. Une charge qq placée en un point de potentiel VV possède l'énergie potentielle

Ep=q V,E_p = q\,V,

et le travail de la force électrostatique vaut WA→B=−ΔEp=q (VA−VB)W_{A \to B} = -\Delta E_p = q\,(V_A - V_B). Quand seule cette force travaille, l'énergie mécanique Ec+qVE_c + qV se conserve.

Deux charges. L'énergie potentielle d'interaction de q1q_1 et q2q_2 distantes de dd vaut

Ep=q1q24πε0 d,E_p = \dfrac{q_1 q_2}{4\pi\varepsilon_0\,d},

symétrique en q1q_1 et q2q_2. C'est le travail qu'un opérateur doit fournir pour amener les deux charges de l'infini à la distance dd. Positive pour deux charges de même signe (elles se repoussent, il a fallu les forcer), négative pour des signes contraires (le système est lié).

Le champ uniforme. Entre deux plaques parallèles distantes de dd, portées aux potentiels V1>V2V_1 > V_2, le champ est uniforme, VV varie linéairement de l'une à l'autre et

E=V1−V2d=Ud,E = \dfrac{V_1 - V_2}{d} = \dfrac{U}{d},

dirigé de la plaque au potentiel le plus haut vers la plaque au potentiel le plus bas. Une tension (en volts) divisée par une longueur donne un champ (en volts par mètre) : les deux grandeurs n'ont ni la même nature ni la même unité.

L'électronvolt. Un électron (charge −e-e) part sans vitesse et va vers un potentiel supérieur de UU. Le travail de la force électrostatique vaut W=(−e) (Vdeˊpart−Varriveˊe)=(−e)(−U)=eU>0W = (-e)\,(V_{\text{départ}} - V_{\text{arrivée}}) = (-e)(-U) = eU > 0 : l'électron gagne l'énergie cinétique eUeU. Par définition, une charge ee accélérée sous 11 V gagne un électronvolt :

1 eV=1,602 176 634×10−19 J.1\ \mathrm{eV} = 1{,}602\,176\,634 \times 10^{-19}\ \mathrm{J}.

L'électronvolt est une unité d'énergie, pas de potentiel ; il a la taille des énergies atomiques. La charge élémentaire, et donc l'électronvolt, sont exactes depuis la redéfinition du Système international de 2019.

Méthode générale. Pour un travail entre deux points : écrire le potentiel en chacun (avec la convention choisie), multiplier la différence par la charge avec son signe, interpréter le signe (travail moteur ou résistant). Le chemin réel n'intervient jamais.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : potentiels, travail, plaques

Énoncé. Dans le vide, une charge ponctuelle q=3,0q = 3{,}0 nC est fixée en OO. On donne ε0=8,85×10−12 F⋅m−1\varepsilon_0 = 8{,}85 \times 10^{-12}\ \mathrm{F \cdot m^{-1}} et V(∞)=0V(\infty) = 0.

  1. Calculer le potentiel et la norme du champ au point AA situé à 7,07{,}0 cm de OO.
  2. On ajoute une charge q2=−4,0q_2 = -4{,}0 nC à 5,05{,}0 cm de AA. Que devient le potentiel en AA ?
  3. Sans q2q_2, une charge q′=−1,5q' = -1{,}5 nC va de AA à un point BB situé à 1414 cm de OO. Calculer le travail de la force électrostatique.
  4. Deux plaques parallèles distantes de 3,03{,}0 cm sont soumises à 450450 V. Calculer le champ entre elles et l'énergie gagnée par un électron qui traverse cette tension.

---

1. Avec 14πε0≈8,99×109\dfrac{1}{4\pi\varepsilon_0} \approx 8{,}99 \times 10^{9} SI, q=3,0×10−9q = 3{,}0 \times 10^{-9} C et r=0,070r = 0{,}070 m :

VA=q4πε0r≈8,99×109×3,0×10−90,070≈385V_A = \dfrac{q}{4\pi\varepsilon_0 r} \approx \dfrac{8{,}99 \times 10^{9} \times 3{,}0 \times 10^{-9}}{0{,}070} \approx 385 V ; EA=VAr≈5,51×103 V⋅m−1\quad E_A = \dfrac{V_A}{r} \approx 5{,}51 \times 10^{3}\ \mathrm{V \cdot m^{-1}}.

Un scalaire en volts, un vecteur en volts par mètre (radial, vers l'extérieur).

2. Superposition. La contribution de q2q_2 en AA vaut 8,99×109×(−4,0×10−9)0,050≈−719\dfrac{8{,}99 \times 10^{9} \times (-4{,}0 \times 10^{-9})}{0{,}050} \approx -719 V. Les potentiels s'additionnent :

VA≈385−719≈−334V_A \approx 385 - 719 \approx -334 V.

Aucune géométrie n'a été nécessaire : seules les distances comptent. (Le champ, lui, exigerait de connaître l'angle entre les deux directions.)

3. Travail. VB=8,99×109×3,0×10−90,14≈193V_B = \dfrac{8{,}99 \times 10^{9} \times 3{,}0 \times 10^{-9}}{0{,}14} \approx 193 V (deux fois moins qu'en AA, à distance double), donc

WA→B=q′ (VA−VB)≈(−1,5×10−9)×(385−193)≈−2,89×10−7 J=−0,289 μJW_{A \to B} = q'\,(V_A - V_B) \approx (-1{,}5 \times 10^{-9}) \times (385 - 193) \approx -2{,}89 \times 10^{-7}\ \mathrm{J} = -0{,}289\ \mu\mathrm{J}.

Travail résistant : la charge négative, attirée par qq, est éloignée ; un opérateur doit fournir ce travail. Le chemin suivi n'a aucune importance.

4. Plaques et électron. E=Ud=4500,030E = \dfrac{U}{d} = \dfrac{450}{0{,}030}.

E=1,50×104 V⋅m−1E = 1{,}50 \times 10^{4}\ \mathrm{V \cdot m^{-1}}, de la plaque positive vers la plaque négative.

L'électron, de charge −e-e, remonte le champ vers la plaque au potentiel le plus haut :

Ec=eU=1,602×10−19×450≈7,21×10−17E_c = eU = 1{,}602 \times 10^{-19} \times 450 \approx 7{,}21 \times 10^{-17} J, soit exactement 450450 eV.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : lignes de champ, potentiels décroissants

Figure (fig.physics.electric-field, figure programmatique de la leçon de première sur le champ électrique, réutilisée ici parce que le potentiel se lit sur les lignes de champ) : trois panneaux et un bandeau.

  • Panneau de gauche. Une charge positive d'où partent douze lignes radiales fléchées vers l'extérieur, avec trois vecteurs E⃗\vec{E} de longueurs EE, E/4E/4, E/9E/9 aux distances dd, 2d2d, 3d3d ; en dessous, la même construction pour une charge négative, lignes fléchées vers elle. Pour cette leçon : en suivant une ligne dans le sens de la flèche, on descend les potentiels. Autour de la charge positive, VV décroît de l'intérieur vers l'extérieur, en 1/r1/r — deux fois plus faible à 2d2d, trois fois à 3d3d, alors que le champ y est quatre et neuf fois plus faible. Autour de la charge négative, VV est négatif et remonte vers 00 en s'éloignant.
  • Panneau central. Deux plaques parallèles reliées à un générateur, la plaque de gauche marquée comme celle de potentiel le plus élevé ; entre elles, sept lignes horizontales de gauche à droite et trois vecteurs E⃗\vec{E} identiques ; une charge d'essai positive poussée dans le sens du champ, une négative en sens inverse. Pour cette leçon : VV décroît linéairement de la plaque de gauche à celle de droite, E=U/dE = U/d. La charge positive suit les potentiels décroissants ; la charge négative va vers la plaque de gauche — c'est l'électron de l'exemple.
  • Panneau de droite. Le champ de pesanteur, radial autour de la Terre, uniforme dans une salle. Pour cette leçon : l'analogue gravitationnel, où l'énergie potentielle de pesanteur joue le rôle de qVqV.

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut se représenter : les équipotentielles. Autour d'une charge, ce sont des cercles centrés sur elle dans le plan du dessin (des sphères dans l'espace), coupant chaque ligne radiale à angle droit ; entre les plaques, des droites verticales parallèles aux plaques. Dessinez-les au crayon sur la figure : partout, elles croisent les lignes de champ à angle droit.

Champ électrique : le champ radial d'une charge ponctuelle, le champ uniforme entre deux plaques, et le parallèle avec la pesanteur — Panneau de gauche : une charge ponctuelle positive (disque marqué + en (150;210)) d'où partent douze lign…
Champ électrique : le champ radial d'une charge ponctuelle, le champ uniforme entre deux plaques, et le parallèle avec la pesanteur · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • D. Halliday, R. Resnick, J. Walker, Physique (3 vol.), Dunod
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI
  • BIPM, Brochure sur le Système international d'unités (SI), 9e édition, 2019

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