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Physique · Prépa 1re année · 10 min de lecture

Régime sinusoïdal forcé : impédances et résonance

Représentation complexe d'une grandeur sinusoïdale ; impédances complexes d'un conducteur ohmique, d'une bobine et d'un condensateur ; loi des mailles et diviseur de tension en complexes ; amplitude et déphasage ; résonance en intensité d'un circuit RLC série, bande passante et facteur de qualité ; valeur efficace et puissance moyenne.

Chapitre du programme : Signaux physiques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une équation devenue algébrique

Branchez un générateur basse fréquence aux bornes d'un circuit RLC série. Au début, le régime libre de la leçon précédente se superpose au signal imposé ; il s'éteint en quelques constantes de temps. Il reste le régime sinusoïdal forcé : toutes les tensions et l'intensité sont sinusoïdales, à la fréquence du générateur, avec des amplitudes et des phases propres. Le problème se réduit à trouver deux nombres par grandeur : une amplitude et un déphasage.

La notation complexe. À i(t)=Imcos⁡(ωt+φ)i(t) = I_m\cos(\omega t + \varphi) on associe le complexe ic=Im ej(ωt+φ)i_c = I_m\,e^{j(\omega t + \varphi)}, dont ii est la partie réelle (j2=−1j^{2} = -1) ; on note de même ucu_c, ece_c. L'intérêt : dériver revient à multiplier par jωj\omega. Les équations différentielles deviennent des équations algébriques.

Les impédances complexes. Le rapport uc/icu_c/i_c d'un dipôle linéaire en convention récepteur est son impédance ZZ, en ohms :

  • conducteur ohmique : ZR=RZ_R = R ;
  • bobine idéale : u=L didtu = L\,\dfrac{\mathrm{d}i}{\mathrm{d}t} donne ZL=jLωZ_L = jL\omega ;
  • condensateur : i=C dudti = C\,\dfrac{\mathrm{d}u}{\mathrm{d}t} donne ZC=1jCωZ_C = \dfrac{1}{jC\omega}.

Les lois de Kirchhoff restent vraies en complexes ; en série, les impédances complexes s'additionnent :

Z=R+jLω+1jCω=R+j(Lω−1Cω)=R+jX.Z = R + jL\omega + \dfrac{1}{jC\omega} = R + j\left(L\omega - \dfrac{1}{C\omega}\right) = R + jX.

On n'additionne jamais les modules : les tensions de la bobine et du condensateur sont en opposition de phase et se compensent en partie.

Amplitude et déphasage. Avec e(t)=Ecos⁡(ωt)e(t) = E\cos(\omega t), la loi des mailles donne ec=Z ice_c = Z\,i_c, donc

Im=E∣Z∣=ER2+X2,φ=−arg⁡Z,tan⁡φ=−XR.I_m = \dfrac{E}{|Z|} = \dfrac{E}{\sqrt{R^{2} + X^{2}}}, \qquad \varphi = -\arg Z, \qquad \tan\varphi = -\dfrac{X}{R}.

Comme R>0R > 0, arg⁡Z\arg Z est compris entre −90°-90° et 90°90°. Si X>0X > 0 (dipôle inductif), φ<0\varphi < 0 : l'intensité est en retard sur la tension. Si X<0X < 0 (dipôle capacitif), elle est en avance.

Valeur efficace et puissance. Pour un signal sinusoïdal, la valeur efficace est l'amplitude divisée par 2\sqrt{2} : Ieff=Im/2I_{\text{eff}} = I_m/\sqrt{2}. La bobine et le condensateur idéaux stockent et restituent ; seul le conducteur ohmique dissipe en moyenne :

P=R Ieff2=12RIm2=UeffIeffcos⁡φ,cos⁡φ=R∣Z∣.P = R\,I_{\text{eff}}^{2} = \dfrac{1}{2} R I_m^{2} = U_{\text{eff}} I_{\text{eff}} \cos\varphi, \qquad \cos\varphi = \dfrac{R}{|Z|}.

Le facteur de puissance cos⁡φ\cos\varphi manque si l'on écrit simplement UeffIeffU_{\text{eff}} I_{\text{eff}} : ce produit est la puissance apparente, pas la puissance dissipée.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : la résonance en intensité

Où est le maximum ? Im=ER2+X2I_m = \dfrac{E}{\sqrt{R^{2} + X^{2}}} est maximale quand X=Lω−1CωX = L\omega - \dfrac{1}{C\omega} s'annule, soit LCω2=1LC\omega^{2} = 1 :

ωreˊs=ω0=1LC,f0=12πLC.\omega_{\text{rés}} = \omega_0 = \dfrac{1}{\sqrt{LC}}, \qquad f_0 = \dfrac{1}{2\pi\sqrt{LC}}.

La résonance en intensité du RLC série a lieu exactement à la pulsation propre, quelle que soit la résistance. RR ne déplace pas le pic : il en fixe la hauteur, Imax⁡=E/RI_{\max} = E/R, et la largeur. À la résonance, Z=RZ = R : le circuit se comporte comme la seule résistance, et l'intensité est en phase avec la tension.

La bande passante. C'est l'intervalle de fréquences où Im≥Imax⁡2I_m \ge \dfrac{I_{\max}}{\sqrt{2}}. La condition s'écrit R2+X2≤2R2R^{2} + X^{2} \le 2R^{2}, soit ∣X∣≤R|X| \le R. Les deux pulsations de coupure vérifient Lω−1Cω=±RL\omega - \dfrac{1}{C\omega} = \pm R, deux équations du second degré en ω\omega ; la différence de leurs racines positives vaut exactement RL\dfrac{R}{L}. D'où

Δf=R2πL,Q=f0Δf=1RLC.\Delta f = \dfrac{R}{2\pi L}, \qquad Q = \dfrac{f_0}{\Delta f} = \dfrac{1}{R}\sqrt{\dfrac{L}{C}}.

On retrouve le facteur de qualité du régime libre : un circuit peu amorti (grand QQ) a une résonance aiguë, un circuit très amorti une résonance floue. Les deux régimes, libre et forcé, mesurent la même chose.

Hors résonance. En dessous de f0f_0, 1Cω>Lω\dfrac{1}{C\omega} > L\omega : le circuit est capacitif, le courant est en avance. Au-dessus, il est inductif, le courant est en retard. Le déphasage passe de +90°+90° (très basse fréquence) à −90°-90° (très haute fréquence) en passant par 00 à f0f_0.

Une conséquence à connaître. À la résonance, l'amplitude de la tension aux bornes du condensateur vaut Imax⁡Cω0=Q E\dfrac{I_{\max}}{C\omega_0} = Q\,E : avec Q=10Q = 10, un générateur de 44 V produit 4040 V aux bornes du condensateur. C'est la surtension à la résonance — sans danger dans un circuit de travaux pratiques, à surveiller dans un circuit de puissance.

Représentation de Fresnel. Chaque grandeur sinusoïdale peut se dessiner comme un vecteur tournant de longueur l'amplitude ; la somme des tensions devient une somme de vecteurs. C'est la même chose que les complexes, en dessin : la tension de la bobine est en avance d'un quart de tour sur ii, celle du condensateur en retard d'un quart de tour, celle de la résistance en phase.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : un RLC série à 800 Hz

Énoncé. Un circuit série comprend R=68 ΩR = 68\ \Omega, une bobine idéale L=150L = 150 mH et un condensateur C=0,33 μFC = 0{,}33\ \mu\mathrm{F}. Un GBF impose e(t)=Ecos⁡(ωt)e(t) = E\cos(\omega t) avec E=8,0E = 8{,}0 V et f=800f = 800 Hz ; le régime forcé est établi. On écrit i(t)=Imcos⁡(ωt+φ)i(t) = I_m\cos(\omega t + \varphi).

  1. Calculer ImI_m et φ\varphi.
  2. Calculer la puissance moyenne dissipée.
  3. Calculer la fréquence de résonance, la largeur de la bande passante et le facteur de qualité.

---

1. Impédance d'abord. ω=2π×800≈5,03×103 rad⋅s−1\omega = 2\pi \times 800 \approx 5{,}03 \times 10^{3}\ \mathrm{rad \cdot s^{-1}}. Partie imaginaire :

X=Lω−1Cω≈754−603≈151 Ω>0(dipoˆle inductif).X = L\omega - \dfrac{1}{C\omega} \approx 754 - 603 \approx 151\ \Omega > 0 \quad \text{(dipôle inductif)}.

Module : ∣Z∣=682+1512≈166 Ω|Z| = \sqrt{68^{2} + 151^{2}} \approx 166\ \Omega.

Im=E∣Z∣≈8,0166≈48,3I_m = \dfrac{E}{|Z|} \approx \dfrac{8{,}0}{166} \approx 48{,}3 mA.

Additionner les modules, 68+754+603≈1,43×103 Ω68 + 754 + 603 \approx 1{,}43 \times 10^{3}\ \Omega, aurait donné 5,65{,}6 mA : près de neuf fois trop peu.

φ=−arctan⁡XR=−arctan⁡15168≈−65,8°\varphi = -\arctan\dfrac{X}{R} = -\arctan\dfrac{151}{68} \approx -65{,}8°.

Négatif : à 800800 Hz, au-dessus de la résonance, l'intensité est en retard sur la tension.

2. Puissance. P=12RIm2=12×68×(0,0483)2P = \dfrac{1}{2} R I_m^{2} = \dfrac{1}{2} \times 68 \times (0{,}0483)^{2}.

P≈79,2P \approx 79{,}2 mW.

Contrôle : cos⁡φ=R/∣Z∣≈0,410\cos\varphi = R/|Z| \approx 0{,}410 et la puissance apparente 12EIm≈193\dfrac{1}{2} E I_m \approx 193 mW ; leur produit redonne bien 79,279{,}2 mW.

3. Résonance. f0=12πLC=12π0,150×3,3×10−7f_0 = \dfrac{1}{2\pi\sqrt{LC}} = \dfrac{1}{2\pi\sqrt{0{,}150 \times 3{,}3 \times 10^{-7}}}.

f0≈715f_0 \approx 715 Hz, et Δf=R2πL=682π×0,150≈72,2\Delta f = \dfrac{R}{2\pi L} = \dfrac{68}{2\pi \times 0{,}150} \approx 72{,}2 Hz.

Donc Q=f0/Δf≈9,9Q = f_0/\Delta f \approx 9{,}9 : résonance aiguë. À f0f_0, l'intensité atteindrait E/R≈118E/R \approx 118 mA, en phase avec ee. À 800800 Hz, on est à un peu plus d'une largeur de bande au-dessus de f0f_0 : l'amplitude est déjà tombée à 4141 % du maximum.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : deux grandeurs en quadrature

Figure (fig.physics.harmonic-oscillator, figure programmatique de la leçon sur l'oscillateur harmonique, réutilisée ici pour ses deux idées centrales : la quadrature et l'échange d'énergie) : trois bandes empilées.

  • Bande du haut. Un chariot accroché à un ressort, à trois positions : écarté au maximum (vitesse nulle, énergie toute potentielle), au centre (vitesse maximale, énergie toute cinétique), écarté de l'autre côté. Pour ce chapitre : remplacez la position par la charge qq du condensateur et la vitesse par l'intensité i=dq/dti = \mathrm{d}q/\mathrm{d}t. Le condensateur est « plein » quand le courant est nul, et le courant est maximal quand le condensateur est vide.
  • Bande du milieu. Position x(t)=Xmcos⁡(ω0t)x(t) = X_m\cos(\omega_0 t) en trait plein et vitesse en trait tireté, sur deux périodes ; le premier quart de période est hachuré avec la mention « la vitesse est en avance d'un quart de période ». Pour ce chapitre : c'est la quadrature : en complexes, ic=jCω uci_c = jC\omega\,u_c aux bornes du condensateur, l'intensité en avance de 90°90° sur sa tension. La multiplication par jj de la notation complexe est exactement ce décalage d'un quart de période.
  • Bande du bas. Énergie cinétique et énergie potentielle, en opposition, de période moitié, et leur somme constante en trait épais. Pour ce chapitre : à la résonance, l'énergie passe de même du condensateur (12CuC2\frac{1}{2} C u_C^{2}) à la bobine (12Li2\frac{1}{2} L i^{2}) ; le générateur ne fournit en moyenne que ce que la résistance dissipe.

Ce que la figure ne montre pas : la courbe de résonance elle-même, ImI_m en fonction de ff, maximale en f0f_0, de largeur Δf\Delta f à Imax⁡/2I_{\max}/\sqrt{2} — plus haute et plus étroite quand RR diminue, toujours centrée sur f0f_0 ; et le déphasage φ(f)\varphi(f), qui passe de +90°+90° à −90°-90° en s'annulant à f0f_0. Tracez-les à la main pour l'exemple : c'est le meilleur exercice de ce chapitre.

Oscillateur harmonique : le chariot sur ressort, ses courbes horaires de position et de vitesse, et l'échange entre énergie cinétique et énergie potentielle — Trois bandes empilées. Bande du haut : trois vignettes à la même échelle (mur ha…
Oscillateur harmonique : le chariot sur ressort, ses courbes horaires de position et de vitesse, et l'échange entre énergie cinétique et énergie potentielle · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI
  • E. Hecht, Physique, De Boeck
  • D. Halliday, R. Resnick, J. Walker, Physique (3 vol.), Dunod

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