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Physique · Prépa 1re année · 10 min de lecture

Circuit RLC série : le régime libre

Bobine idéale et relation entre sa tension et la dérivée de l'intensité ; équation différentielle du second ordre d'un circuit RLC série ; pulsation propre et facteur de qualité en fonction de R, L et C ; les trois régimes ; conditions initiales imposées par la continuité de l'intensité dans la bobine et de la tension aux bornes du condensateur ; bilan d'énergie.

Chapitre du programme : Signaux physiques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : deux réservoirs et une fuite

Un condensateur chargé, une bobine et un conducteur ohmique en série : à la fermeture de l'interrupteur, l'énergie stockée dans le condensateur passe dans la bobine, revient, repasse… et s'use à chaque passage dans la résistance. Le circuit RLC série libre est l'oscillateur amorti de l'électricité.

La bobine idéale. En convention récepteur, la tension à ses bornes est proportionnelle à la dérivée de l'intensité :

uL=L didt,u_L = L\,\dfrac{\mathrm{d}i}{\mathrm{d}t},

où LL est l'inductance, en henrys (H). Conséquence capitale : l'intensité dans une bobine ne peut pas sauter, sinon uLu_L serait infinie. C'est le pendant de la règle du condensateur, dont la tension uCu_C ne peut pas sauter (sa charge q=CuCq = C u_C varie continûment).

L'équation du circuit. Sans générateur, la loi des mailles s'écrit uL+uR+uC=0u_L + u_R + u_C = 0, avec uR=Riu_R = R i et i=C duCdti = C\,\dfrac{\mathrm{d}u_C}{\mathrm{d}t}. On obtient

LC d2uCdt2+RC duCdt+uC=0,LC\,\dfrac{\mathrm{d}^{2}u_C}{\mathrm{d}t^{2}} + RC\,\dfrac{\mathrm{d}u_C}{\mathrm{d}t} + u_C = 0,

que l'on met sous la forme canonique

d2uCdt2+ω0Q duCdt+ω02 uC=0,ω0=1LC,Q=1RLC.\dfrac{\mathrm{d}^{2}u_C}{\mathrm{d}t^{2}} + \dfrac{\omega_0}{Q}\,\dfrac{\mathrm{d}u_C}{\mathrm{d}t} + \omega_0^{2}\,u_C = 0, \qquad \omega_0 = \dfrac{1}{\sqrt{LC}}, \qquad Q = \dfrac{1}{R}\sqrt{\dfrac{L}{C}}.
  • ω0\omega_0 est la pulsation propre : celle du circuit sans résistance, qui oscillerait indéfiniment avec la période propre T0=2πLCT_0 = 2\pi\sqrt{LC}. Elle ne dépend pas de RR.
  • QQ est le facteur de qualité, sans unité (L/C\sqrt{L/C} est en ohms). Il est inversement proportionnel à RR : plus la résistance est grande, plus l'amortissement est fort et plus QQ est petit.

Trois régimes, selon le signe du discriminant de l'équation caractéristique r2+ω0Q r+ω02=0r^{2} + \dfrac{\omega_0}{Q}\,r + \omega_0^{2} = 0 :

  • Q>12Q > \dfrac{1}{2} : régime pseudo-périodique, uCu_C oscille dans une enveloppe exponentielle décroissante ;
  • Q=12Q = \dfrac{1}{2}, soit R=Rc=2L/CR = R_c = 2\sqrt{L/C} : régime critique, retour au repos le plus rapide sans oscillation ;
  • Q<12Q < \dfrac{1}{2} : régime apériodique, retour au repos sans oscillation, plus lent que le critique.

Dans les trois cas, l'état final est le même : i=0i = 0 et uC=0u_C = 0. Un circuit RLC libre ne garde jamais d'oscillation permanente.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : conditions initiales, pseudo-période, énergie

Conditions initiales : les bonnes grandeurs continues. Le condensateur, chargé sous U0U_0, est relié à t=0t = 0 à la bobine et à la résistance. Juste après la fermeture (t=0+t = 0^{+}) :

  • uC(0+)=uC(0−)=U0u_C(0^{+}) = u_C(0^{-}) = U_0 — continuité de la tension du condensateur ;
  • i(0+)=i(0−)=0i(0^{+}) = i(0^{-}) = 0 — continuité de l'intensité dans la bobine.

La seconde donne la dérivée initiale : i=C duCdti = C\,\dfrac{\mathrm{d}u_C}{\mathrm{d}t} nul impose duCdt(0+)=0\dfrac{\mathrm{d}u_C}{\mathrm{d}t}(0^{+}) = 0. En revanche, la tension de la bobine saute : à t=0+t = 0^{+}, uR=0u_R = 0 et uL=−uC=−U0u_L = -u_C = -U_0, donc didt(0+)=−U0L\dfrac{\mathrm{d}i}{\mathrm{d}t}(0^{+}) = -\dfrac{U_0}{L}. Écrire « uLu_L continue » ou « ii dans le condensateur continue » est l'erreur classique du chapitre.

Pseudo-pulsation et pseudo-période. En régime pseudo-périodique, les racines sont complexes conjuguées, r=−ω02Q±j ωr = -\dfrac{\omega_0}{2Q} \pm j\,\omega, avec la pseudo-pulsation

ω=ω01−14Q2<ω0.\omega = \omega_0\sqrt{1 - \dfrac{1}{4Q^{2}}} < \omega_0.

La solution s'écrit uC(t)=A e−t/τcos⁡(ωt+φ)u_C(t) = A\,e^{-t/\tau}\cos(\omega t + \varphi), avec τ=2Qω0=2LR\tau = \dfrac{2Q}{\omega_0} = \dfrac{2L}{R} ; les constantes AA et φ\varphi viennent des deux conditions initiales. La pseudo-période T=2πωT = \dfrac{2\pi}{\omega} est plus longue que la période propre T0T_0 ; l'écart est faible dès que QQ est grand, mais il n'est jamais nul. Confondre ω\omega et ω0\omega_0 fait perdre ce facteur.

Ordre de grandeur utile. Le rapport de deux maxima successifs de uCu_C vaut eT/τe^{T/\tau} ; son logarithme, le décrément logarithmique, vaut Tτ≈πQ\dfrac{T}{\tau} \approx \dfrac{\pi}{Q} quand QQ est grand. Quand QQ dépasse quelques unités, c'est QQ lui-même (et non le décrément) qui donne l'ordre de grandeur du nombre d'oscillations visibles avant l'extinction.

Bilan d'énergie. Multiplions la loi des mailles par ii :

ddt(12CuC2+12Li2)=−Ri2≤0.\dfrac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}\left(\dfrac{1}{2} C u_C^{2} + \dfrac{1}{2} L i^{2}\right) = -R i^{2} \le 0.

L'énergie du circuit, partagée entre le condensateur (12CuC2\frac{1}{2} C u_C^{2}) et la bobine (12Li2\frac{1}{2} L i^{2}), décroît à chaque instant : la puissance Ri2R i^{2} part en effet Joule. À t=0+t = 0^{+}, tout est dans le condensateur (i=0i = 0) ; à la fin, il ne reste rien (uC=0u_C = 0, i=0i = 0). L'énergie dissipée jusqu'au repos vaut donc 12CU02\frac{1}{2} C U_0^{2}, quels que soient RR et LL — eux fixent la durée du transitoire, pas l'énergie à dissiper.

L'analogie mécanique. L↔mL \leftrightarrow m (inertie), 1C↔k\dfrac{1}{C} \leftrightarrow k (raideur), R↔R \leftrightarrow coefficient de frottement fluide, q↔xq \leftrightarrow x, i↔vi \leftrightarrow v. Les mêmes équations ont les mêmes solutions : tout ce que l'on sait de l'oscillateur amorti se transpose terme à terme.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : un circuit, trois questions

Énoncé. Un condensateur de capacité C=0,33 μFC = 0{,}33\ \mu\mathrm{F}, chargé sous U0=4,0U_0 = 4{,}0 V, est relié à t=0t = 0 à une bobine idéale d'inductance L=180L = 180 mH en série avec un conducteur ohmique de résistance R=390 ΩR = 390\ \Omega.

  1. Calculer la pulsation propre, la période propre et le facteur de qualité ; en déduire le régime.
  2. Calculer la pseudo-période et la comparer à la période propre.
  3. Quelle énergie la résistance aura-t-elle dissipée quand le circuit sera revenu au repos ?

---

1. Grandeurs propres. En unités SI, L=0,180L = 0{,}180 H et C=3,3×10−7C = 3{,}3 \times 10^{-7} F.

ω0=1LC=10,180×3,3×10−7≈4,10×103 rad⋅s−1,T0=2πω0≈1,531 ms.\omega_0 = \dfrac{1}{\sqrt{LC}} = \dfrac{1}{\sqrt{0{,}180 \times 3{,}3 \times 10^{-7}}} \approx 4{,}10 \times 10^{3}\ \mathrm{rad \cdot s^{-1}}, \qquad T_0 = \dfrac{2\pi}{\omega_0} \approx 1{,}531\ \mathrm{ms}.

Ensuite L/C=0,180/3,3×10−7≈739 Ω\sqrt{L/C} = \sqrt{0{,}180 / 3{,}3 \times 10^{-7}} \approx 739\ \Omega, donc

Q=1RLC≈739390≈1,89Q = \dfrac{1}{R}\sqrt{\dfrac{L}{C}} \approx \dfrac{739}{390} \approx 1{,}89.

Comme Q>12Q > \dfrac{1}{2}, le régime est pseudo-périodique. Autre lecture : la résistance critique vaut Rc=2L/C≈1,48×103 ΩR_c = 2\sqrt{L/C} \approx 1{,}48 \times 10^{3}\ \Omega, et R=390 Ω<RcR = 390\ \Omega < R_c. Avec R=1,8R = 1{,}8 kΩ, on aurait Q≈0,41<12Q \approx 0{,}41 < \dfrac{1}{2} : apériodique.

2. Pseudo-période. 14Q2=R2C4L≈0,0697\dfrac{1}{4Q^{2}} = \dfrac{R^{2}C}{4L} \approx 0{,}0697, donc

T=T01−14Q2≈1,5310,930 ms.T = \dfrac{T_0}{\sqrt{1 - \dfrac{1}{4Q^{2}}}} \approx \dfrac{1{,}531}{\sqrt{0{,}930}}\ \mathrm{ms}.

T≈1,59T \approx 1{,}59 ms, soit environ 44 % de plus que T0T_0.

L'écart est petit mais lisible à trois chiffres : répondre T0T_0 serait faux. Les oscillations s'éteignent avec la constante de temps τ=2LR≈0,92\tau = \dfrac{2L}{R} \approx 0{,}92 ms, plus courte que TT : d'un maximum au suivant, l'amplitude est divisée par plus de cinq, et l'on ne distingue que deux ou trois oscillations, cohérent avec Q≈2Q \approx 2.

3. Énergie. Juste après la fermeture, uC=U0u_C = U_0 et i=0i = 0 (continuités) : toute l'énergie est dans le condensateur. Au repos, uC=0u_C = 0 et i=0i = 0 : il ne reste rien. La résistance a donc tout dissipé :

EJ=12CU02=12×3,3×10−7×4,02≈2,64 μJE_J = \dfrac{1}{2} C U_0^{2} = \dfrac{1}{2} \times 3{,}3 \times 10^{-7} \times 4{,}0^{2} \approx 2{,}64\ \mu\mathrm{J}.

Contrôle. À t=0+t = 0^{+}, didt=−U0L≈−22,2 A⋅s−1\dfrac{\mathrm{d}i}{\mathrm{d}t} = -\dfrac{U_0}{L} \approx -22{,}2\ \mathrm{A \cdot s^{-1}} : l'intensité démarre de zéro avec une pente finie, la tension uLu_L a sauté de 00 à −U0-U_0. C'est cohérent avec la continuité de ii, pas avec celle de uLu_L.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : trois régimes, une enveloppe

Figure (fig.physics.damped-oscillator, figure programmatique de la leçon sur l'oscillateur amorti, réutilisée ici parce que le circuit RLC obéit à la même équation) : deux graphiques.

  • À gauche, trois courbes partent du même point, un lâcher à 55 cm sans vitesse, pour une pulsation propre de 20,0 rad⋅s−120{,}0\ \mathrm{rad \cdot s^{-1}} : Q=5Q = 5 en trait plein (pseudo-périodique), Q=0,5Q = 0{,}5 en tireté (critique), Q=0,15Q = 0{,}15 en pointillé (apériodique). Une bande grisée marque l'instant où la courbe critique passe sous 11 % de l'amplitude initiale, alors que la courbe apériodique en est encore loin. Pour ce circuit, lisez l'axe vertical comme la tension uCu_C (en remplaçant le lâcher à 55 cm par la charge initiale sous U0U_0) : les trois tracés sont les trois régimes obtenus en augmentant RR. La pente nulle au départ des trois courbes est la traduction de i(0+)=0i(0^{+}) = 0, la continuité de l'intensité dans la bobine.
  • À droite, la seule courbe Q=5Q = 5 agrandie, encadrée par son enveloppe exponentielle en trait fin ; les trois premiers maxima sont marqués, la pseudo-période TT est cotée entre les deux premiers, et la période propre T0T_0, plus courte, est reportée en pointillé avec un agrandissement de l'écart. Pour ce circuit : c'est exactement la comparaison T>T0T > T_0 de l'exemple, et le rapport de deux maxima successifs, dont le logarithme est le décrément, se lit sur les disques.

Ce que la figure ne montre pas : l'intensité i(t)i(t), qui part de zéro et dont la pente initiale vaut −U0/L-U_0/L ; le partage de l'énergie entre condensateur et bobine, qui oscille deux fois par pseudo-période pendant que le total décroît ; et le schéma du circuit lui-même, à se représenter avec les tensions fléchées en convention récepteur.

Oscillateur amorti : trois régimes pour les mêmes conditions initiales, et la lecture du décrément logarithmique sur la courbe pseudo-périodique — Deux graphiques. À gauche, repère t de 0 à 1,5 s (300 px par seconde, t = 0 en x = 84) et x…
Oscillateur amorti : trois régimes pour les mêmes conditions initiales, et la lecture du décrément logarithmique sur la courbe pseudo-périodique · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de PTSI
  • D. Halliday, R. Resnick, J. Walker, Physique (3 vol.), Dunod

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