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Chimie · Prépa 1re année · 10 min de lecture

Bilan thermique d'une transformation chimique

Application du premier principe à un système siège d'une transformation chimique : transfert thermique à pression constante égal à la variation d'enthalpie, transfert thermique à volume constant égal à la variation d'énergie interne ; avancement de la réaction et transfert thermique effectivement échangé ; calorimétrie (capacité thermique d'un calorimètre, méthode des mélanges, détermination expérimentale d'une enthalpie de réaction) ; transformation adiabatique et température de flamme, obtenue en faisant porter la chaleur de réaction au système lui-même ; influence de la température sur une enthalpie standard de réaction (loi de Kirchhoff).

Chapitre du programme : Thermodynamique chimique

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : la chaleur échangée suit l'avancement

En première, l'énergie libérée par une combustion était « l'énergie molaire de réaction multipliée par la quantité brûlée ». Ce chapitre dit pourquoi, avec le premier principe, et dans quelles conditions : à pression constante ou à volume constant, la chaleur échangée ne mesure pas la même fonction d'état.

Deux conditions, deux fonctions d'état. Pour un système fermé qui ne reçoit que le travail des forces de pression :

  • à volume constant, aucun travail : Qv=ΔUQ_v = \Delta U ;
  • à pression constante (et pression extérieure égale à celle du système aux états initial et final) : Qp=ΔHQ_p = \Delta H, avec H=U+pVH = U + pV. La plupart des transformations au laboratoire se font à l'air libre, à pression constante : c'est l'enthalpie qui compte. Une bombe calorimétrique, enceinte rigide, mesure au contraire ΔU\Delta U.

Enthalpie de réaction et avancement. L'enthalpie standard de réaction ΔrH°\Delta_r H° est rapportée à une mole d'avancement (en kJ⋅mol−1\mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}). Pour un avancement ξ\xi (en mol), le transfert thermique reçu par le système à pression constante vaut

Qp=ξ ΔrH°.Q_p = \xi\,\Delta_r H°.

Pour une combustion totale de nn moles de combustible avec coefficient 11, ξ=n\xi = n. L'enthalpie standard de combustion du méthane, ΔcH°=−890 kJ⋅mol−1\Delta_c H° = -890\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}, signifie : 890890 kJ cédés par mole de méthane brûlée — 3,23{,}2 g de méthane (0,200{,}20 mol) en cèdent 178178 kJ.

Le signe, et qui reçoit. ΔrH°<0\Delta_r H° < 0 : réaction exothermique, le système cède de la chaleur (Qp<0Q_p < 0). Si la transformation se fait dans un milieu (eau, calorimètre), c'est ce milieu qui reçoit : Qmilieu=−Qp>0Q_{\text{milieu}} = -Q_p > 0, et sa température monte. Il n'y a aucune contradiction entre un ΔrH\Delta_r H négatif et une température qui monte : on ne parle pas du même système.

ΔU\Delta U et ΔH\Delta H diffèrent par les gaz. Pour des gaz parfaits, ΔrH=ΔrU+Δngaz RT\Delta_r H = \Delta_r U + \Delta n_{\text{gaz}}\,RT, où Δngaz\Delta n_{\text{gaz}} est la variation du nombre de moles de gaz par mole d'avancement. Combustion du méthane avec de l'eau liquide, CH4(g)+2 O2(g)→CO2(g)+2 H2O(l)\mathrm{CH_4(g)} + 2\,\mathrm{O_2(g)} \to \mathrm{CO_2(g)} + 2\,\mathrm{H_2O(l)} : Δngaz=1−3=−2\Delta n_{\text{gaz}} = 1 - 3 = -2, donc

ΔrU=−890+2×8,314×298×10−3≈−885,0 kJ⋅mol−1.\Delta_r U = -890 + 2 \times 8{,}314 \times 298 \times 10^{-3} \approx -885{,}0\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}.

Moins de 11 % d'écart ici ; il n'est nul que si le nombre de moles de gaz ne change pas.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : calorimètre, flamme, température

Le bilan d'un calorimètre. Un calorimètre est une enceinte supposée adiabatique : tout ce que la réaction cède reste à l'intérieur et échauffe le contenu. Le bilan d'enthalpie de l'ensemble s'écrit

ξ ΔrH+(m c+Ccal) ΔT=0,\xi\,\Delta_r H + (m\,c + C_{\text{cal}})\,\Delta T = 0,

où m cm\,c est la capacité thermique de l'eau (c=4,185 J⋅g−1⋅K−1c = 4{,}185\ \mathrm{J \cdot g^{-1} \cdot K^{-1}}) et CcalC_{\text{cal}} celle du calorimètre lui-même (vase, agitateur, thermomètre), souvent exprimée en « valeur en eau ». On le lit dans les deux sens :

  • connaissant ΔrH\Delta_r H, on prévoit l'élévation ΔT\Delta T ;
  • mesurant ΔT\Delta T, on détermine ΔrH=−(m c+Ccal) ΔTξ\Delta_r H = -\dfrac{(m\,c + C_{\text{cal}})\,\Delta T}{\xi}.

La capacité du calorimètre ne se néglige pas. Elle se mesure par la méthode des mélanges : on verse une masse d'eau chaude dans de l'eau froide contenue dans le calorimètre, on mesure la température finale, et le bilan m1c(Tf−T1)+(m2c+Ccal)(Tf−T2)=0m_1 c (T_f - T_1) + (m_2 c + C_{\text{cal}})(T_f - T_2) = 0 donne CcalC_{\text{cal}}.

Température de flamme. Si la transformation est adiabatique et rapide, la chaleur de réaction n'a nulle part où aller : elle échauffe les produits eux-mêmes (et les gaz inertes, comme le diazote de l'air). On décompose la transformation en deux étapes fictives, de même bilan d'enthalpie : la réaction à T0=298T_0 = 298 K, puis l'échauffement des produits de T0T_0 à TfT_f. Comme ΔH=0\Delta H = 0 au total,

ξ ΔrH°+(∑ini Cp,i)(Tf−T0)=0,Tf=T0−ξ ΔrH°∑ini Cp,i,\xi\,\Delta_r H° + \left(\sum_i n_i\,C_{p,i}\right)(T_f - T_0) = 0, \qquad T_f = T_0 - \dfrac{\xi\,\Delta_r H°}{\sum_i n_i\,C_{p,i}},

avec des capacités thermiques supposées constantes. Le résultat — souvent plus de 2 0002\,000 K — est une borne supérieure : la dissociation des produits et les pertes réelles abaissent la température atteinte. Plus il y a de diazote (combustion dans l'air plutôt que dans le dioxygène pur), plus ∑niCp,i\sum n_i C_{p,i} est grand et plus la flamme est froide.

Loi de Kirchhoff. L'enthalpie standard de réaction dépend de la température dès que les capacités thermiques des produits et des réactifs diffèrent :

d ΔrH°dT=ΔrCp°,ΔrH°(T2)≈ΔrH°(T1)+ΔrCp° (T2−T1),\dfrac{\mathrm{d}\,\Delta_r H°}{\mathrm{d}T} = \Delta_r C_p°, \qquad \Delta_r H°(T_2) \approx \Delta_r H°(T_1) + \Delta_r C_p°\,(T_2 - T_1),

où ΔrCp°=∑iνi Cp,i°\Delta_r C_p° = \sum_i \nu_i\,C_{p,i}° (nombres stœchiométriques algébriques, positifs pour les produits). Sur quelques dizaines de kelvins, la correction est souvent faible devant ΔrH°\Delta_r H° ; sur plusieurs centaines, elle ne l'est plus.

Unités. ΔrH\Delta_r H est en kJ⋅mol−1\mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}, les capacités en J⋅K−1\mathrm{J \cdot K^{-1}} : convertissez les kilojoules en joules dans la ligne de calcul.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : chauffer de l'eau, mesurer une enthalpie

Énoncé. Données : ΔcH°(eˊthanol)=−1 367 kJ⋅mol−1\Delta_c H°(\text{éthanol}) = -1\,367\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}} ; M(C)=12,0M(\mathrm{C}) = 12{,}0, M(H)=1,0M(\mathrm{H}) = 1{,}0, M(O)=16,0 g⋅mol−1M(\mathrm{O}) = 16{,}0\ \mathrm{g \cdot mol^{-1}} ; ceau=4,185 J⋅g−1⋅K−1c_{\text{eau}} = 4{,}185\ \mathrm{J \cdot g^{-1} \cdot K^{-1}}.

  1. On brûle 3,53{,}5 g d'éthanol C2H6O\mathrm{C_2H_6O} sous une masse de 400400 g d'eau, en supposant que toute la chaleur est reçue par l'eau. De combien la température de l'eau s'élève-t-elle ?
  2. (Valeurs modélisées.) Dans un calorimètre de capacité Ccal=90 J⋅K−1C_{\text{cal}} = 90\ \mathrm{J \cdot K^{-1}} contenant 140140 g d'eau, une réaction en solution d'avancement 3030 mmol élève la température de 3,73{,}7 K. Calculer ΔrH\Delta_r H.

---

1. Bilan, puis calcul. M(C2H6O)=2×12,0+6×1,0+16,0=46,0 g⋅mol−1M(\mathrm{C_2H_6O}) = 2 \times 12{,}0 + 6 \times 1{,}0 + 16{,}0 = 46{,}0\ \mathrm{g \cdot mol^{-1}}, donc n=3,546,0≈0,0761n = \dfrac{3{,}5}{46{,}0} \approx 0{,}0761 mol, et ξ=n\xi = n. Bilan : ξ ΔcH°+m c ΔT=0\xi\,\Delta_c H° + m\,c\,\Delta T = 0, d'où

ΔT=−ξ ΔcH°m c=3,546,0×1 367×103400×4,185≈1,040×1051 674≈62,1 K.\Delta T = \dfrac{-\xi\,\Delta_c H°}{m\,c} = \dfrac{\dfrac{3{,}5}{46{,}0} \times 1\,367 \times 10^{3}}{400 \times 4{,}185} \approx \dfrac{1{,}040 \times 10^{5}}{1\,674} \approx 62{,}1\ \mathrm{K}.

L'eau, partie de 2020 °C, atteindrait environ 8282 °C : elle reste liquide, le modèle est cohérent. Les kilojoules ont été convertis en joules (×103\times 10^{3}) dans la ligne même.

2. Calorimétrie. Capacité totale : m c+Ccal=140×4,185+90=675,9 J⋅K−1m\,c + C_{\text{cal}} = 140 \times 4{,}185 + 90 = 675{,}9\ \mathrm{J \cdot K^{-1}}. Le contenu reçoit 675,9×3,7≈2 501675{,}9 \times 3{,}7 \approx 2\,501 J ; la réaction les a cédés :

ΔrH=−675,9×3,70,030≈−8,34×104 J⋅mol−1=−83,4 kJ⋅mol−1.\Delta_r H = -\dfrac{675{,}9 \times 3{,}7}{0{,}030} \approx -8{,}34 \times 10^{4}\ \mathrm{J \cdot mol^{-1}} = -83{,}4\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}.

En oubliant le calorimètre, on trouverait −72,3 kJ⋅mol−1-72{,}3\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}} : une erreur d'environ 1313 %, entièrement due aux 90 J⋅K−190\ \mathrm{J \cdot K^{-1}} négligés.

Lecture. Un seul bilan, ξ ΔrH+Ctot ΔT=0\xi\,\Delta_r H + C_{\text{tot}}\,\Delta T = 0, écrit avant tout calcul, sert dans les deux sens. Le signe se règle une fois pour toutes : la réaction cède, le milieu reçoit.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : la flèche descend, quelqu'un reçoit

Figure (fig.chemistry.reaction-enthalpy, figure programmatique de la leçon de première sur l'énergie de réaction, réutilisée ici parce qu'elle montre déjà la chaleur sortir du système vers un destinataire) : à gauche, la combustion du méthane, palier des réactifs en haut, palier des produits en bas, flèche descendante « −890-890 kJ/mol : le système cède », et une flèche horizontale vers une casserole ; à droite, la décomposition endothermique du carbonate de calcium (+178+178 kJ/mol), avec un four qui fournit ; en bas, l'énergie libérée proportionnelle à la quantité de méthane, (0,5 ; 445)(0{,}5\,;\,445), (1 ; 890)(1\,;\,890), (2 ; 1 780)(2\,;\,1\,780), et un axe en grammes barré.

Pour cette leçon :

  • La flèche verticale est ΔrH°\Delta_r H° à pression constante ; si la combustion se faisait dans une bombe rigide, elle mesurerait ΔrU≈−885\Delta_r U \approx -885 kJ/mol, un peu plus courte.
  • La flèche vers la casserole est le bilan calorimétrique : la casserole (l'eau et son récipient) reçoit −ξ ΔrH°-\xi\,\Delta_r H°. Le calorimètre de l'exemple guidé est une casserole dont on connaît la capacité thermique.
  • Le bandeau du bas est la relation Qp=ξ ΔrH°Q_p = \xi\,\Delta_r H° : on multiplie par l'avancement, jamais par une masse — d'où l'axe en grammes barré, et la conversion par MM.
  • Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut se représenter : le cas adiabatique. Supprimez la casserole : la chaleur ne sort plus, elle échauffe les produits eux-mêmes. Pour une réaction modélisée de ΔrH°=−680\Delta_r H° = -680 kJ/mol dont les produits sont 11 mol de CO2\mathrm{CO_2}, 22 mol de vapeur d'eau et 7,57{,}5 mol de N2\mathrm{N_2} (∑niCp,i=37,1+2×33,6+7,5×29,1=322,55 J⋅K−1\sum n_i C_{p,i} = 37{,}1 + 2 \times 33{,}6 + 7{,}5 \times 29{,}1 = 322{,}55\ \mathrm{J \cdot K^{-1}}), la température de flamme serait 298+680×103322,55≈2 406298 + \dfrac{680 \times 10^{3}}{322{,}55} \approx 2\,406 K.
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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de PCSI
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de première année de BCPST
  • P. Atkins, J. de Paula, Chimie physique, De Boeck

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