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Chimie · Prépa 2e année · 11 min de lecture

Diagrammes potentiel-pH

Construire et exploiter le diagramme potentiel-pH d'un élément. Conventions de tracé, qui ne sont pas des lois mais des choix à énoncer : concentration de tracé de l'élément dissous, pression de tracé des espèces gazeuses, convention de frontière entre deux formes solubles. Attribution des domaines aux espèces par degré d'oxydation croissant vers le haut et par acidité décroissante vers la droite ; domaine d'EXISTENCE d'un solide, domaine de PRÉDOMINANCE d'une espèce dissoute. Les trois familles de frontières et leur équation : verticale (échange de protons seuls, précipitation d'un hydroxyde à partir du produit de solubilité), horizontale (échange d'électrons seuls, relation de Nernst à la concentration de tracé), oblique (échange couplé de protons et d'électrons, pente égale à moins le produit de la pente de Nernst par le rapport du nombre de protons au nombre d'électrons). Superposition avec le diagramme de l'eau : domaine de stabilité de l'eau, prévision d'une corrosion ou d'une dismutation par disjonction de domaines, et pourquoi une réaction thermodynamiquement prévue peut rester inobservable faute de vitesse.

Chapitre du programme : Matériaux métalliques et corrosion

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une carte des espèces stables

Un élément comme le fer existe sous plusieurs formes en solution aqueuse : métal Fe\mathrm{Fe}, ions Fe2+\mathrm{Fe^{2+}} et Fe3+\mathrm{Fe^{3+}}, hydroxydes Fe(OH)2\mathrm{Fe(OH)_2} et Fe(OH)3\mathrm{Fe(OH)_3}. Laquelle l'emporte dépend de deux variables : le pouvoir oxydant du milieu, mesuré par le potentiel EE, et son acidité, mesurée par le pH. Le diagramme potentiel-pH est la carte de ces formes, dans le plan (pH,E)(\mathrm{pH}, E).

Les conventions de tracé. Une frontière n'est pas une propriété de l'élément seul : elle dépend de choix qu'il faut énoncer.

  • Concentration de tracé ctrac_{\text{tra}} : la concentration attribuée à une espèce dissoute sur une frontière avec un solide (souvent 10−210^{-2} à 10−610^{-6} mol/L).
  • Frontière entre deux espèces dissoutes : on la trace à concentrations égales (convention du chapitre), ou à concentration totale fixée.
  • Pression de tracé des gaz, en général 11 bar.
  • Pente de Nernst : RTFln⁡10≈0,06\dfrac{RT}{F}\ln 10 \approx 0{,}06 V à 298298 K. Changer ctrac_{\text{tra}} déplace toutes les frontières où une espèce dissoute est en face d'un solide.

Placer les espèces. Deux règles suffisent :

  • vers le haut, le nombre d'oxydation croît : Fe\mathrm{Fe} (0) en bas, Fe(II)\mathrm{Fe(II)} au milieu, Fe(III)\mathrm{Fe(III)} en haut ;
  • vers la droite, à nombre d'oxydation égal, l'espèce la plus basique : Fe3+\mathrm{Fe^{3+}} à gauche, Fe(OH)3\mathrm{Fe(OH)_3} à droite.

Existence et prédominance. Une espèce dissoute a un domaine de prédominance : elle y est majoritaire, l'autre y est minoritaire mais présente. Un solide a un domaine d'existence : hors de lui, il n'y en a pas du tout. Une frontière de précipitation n'est donc pas une frontière de prédominance.

Les trois familles de frontières.

  • Verticale : échange de protons seuls, sans électron — couple acide-base ou précipitation d'un hydroxyde. Elle se calcule par KsK_s (ou KaK_a) et ctrac_{\text{tra}}.
  • Horizontale : échange d'électrons seuls, sans proton. Elle se calcule par Nernst à ctrac_{\text{tra}}.
  • Oblique : échange couplé de protons et d'électrons. Pour Ox+m H++n e−=Red+…\mathrm{Ox} + m\,\mathrm{H^{+}} + n\,e^{-} = \mathrm{Red} + \dots,
E=E°+0,06nlog⁡[Ox] [H+]m[Red]=constante−0,06 mn pH.E = E° + \dfrac{0{,}06}{n}\log\dfrac{[\mathrm{Ox}]\,[\mathrm{H^{+}}]^{m}}{[\mathrm{Red}]} = \text{constante} - 0{,}06\,\dfrac{m}{n}\,\mathrm{pH}.

La pente vaut −0,06×mn-0{,}06 \times \dfrac{m}{n} : le rapport du nombre de protons au nombre d'électrons, pas le nombre de protons seul. Elle est négative quand l'oxydant consomme des protons : plus le milieu est basique, moins l'oxydant est fort. Entre deux espèces dissoutes de coefficients 11, à concentrations égales, le logarithme des concentrations s'annule et l'ordonnée à l'origine vaut E°E° : E=E°−0,06 mn pHE = E° - 0{,}06\,\dfrac{m}{n}\,\mathrm{pH}.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : l'eau, la corrosion, la dismutation

Le diagramme de l'eau. L'eau est à la fois oxydant (couple H+/H2\mathrm{H^{+}/H_2}) et réducteur (couple O2/H2O\mathrm{O_2/H_2O}). À la pression de tracé de 11 bar :

O2+4 H++4 e−=2 H2O:E=1,23−0,06 pH;\mathrm{O_2} + 4\,\mathrm{H^{+}} + 4\,e^{-} = 2\,\mathrm{H_2O} : \quad E = 1{,}23 - 0{,}06\,\mathrm{pH} ;
2 H++2 e−=H2:E=−0,06 pH.2\,\mathrm{H^{+}} + 2\,e^{-} = \mathrm{H_2} : \quad E = -0{,}06\,\mathrm{pH}.

Deux droites parallèles, de pente −0,06-0{,}06 (m=nm = n), écartées de 1,231{,}23 V. Entre elles, l'eau est stable ; au-dessus, elle est oxydée en dioxygène ; au-dessous, réduite en dihydrogène. À pH 77 : 0,810{,}81 V et −0,42-0{,}42 V.

Superposer. On trace le diagramme d'un élément par-dessus celui de l'eau. La règle de lecture est la même que pour deux couples quelconques : deux espèces dont les domaines sont disjoints sont thermodynamiquement incompatibles — elles peuvent réagir l'une sur l'autre, la vitesse restant à examiner ; deux espèces qui ont une partie de domaine commune peuvent coexister.

Corrosion. Si le domaine d'un métal est entièrement sous la droite de H2\mathrm{H_2}, le métal est oxydé par l'eau, avec dégagement de dihydrogène : il n'est thermodynamiquement stable dans l'eau à aucun pH. On distingue trois zones pour un métal : immunité (domaine du métal), corrosion (domaine d'un ion dissous), passivation (domaine d'un oxyde ou d'un hydroxyde solide qui peut, s'il est compact et adhérent, recouvrir le métal).

Dismutation. Une espèce de nombre d'oxydation intermédiaire dont la frontière avec la forme oxydée passe sous sa frontière avec la forme réduite n'a plus de domaine : elle se transforme spontanément en ces deux formes. Le diagramme le montre par la disparition de son domaine au-delà d'un certain pH.

Ce que le diagramme ne dit pas. Il est thermodynamique : il dit ce qui peut se produire, pas à quelle vitesse. Une réaction prévue par la disjonction de deux domaines peut être si lente qu'elle est inobservable. L'aluminium est très en dessous de la droite de l'eau et tient pourtant des années : une couche d'oxyde compacte le protège. La vitesse relève des courbes intensité-potentiel, chapitre suivant.

Les frontières se raccordent. En un point où trois domaines se rencontrent, les frontières se coupent ; le potentiel est continu le long d'une frontière qui change de partenaire. C'est un contrôle puissant : chaque nouvelle frontière doit partir du point anguleux de la précédente.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : le diagramme simplifié du fer

Énoncé. On trace le diagramme du fer avec les espèces Fe\mathrm{Fe}, Fe2+\mathrm{Fe^{2+}}, Fe3+\mathrm{Fe^{3+}}, Fe(OH)2\mathrm{Fe(OH)_2}, Fe(OH)3\mathrm{Fe(OH)_3}, à la concentration de tracé ctra=10−2c_{\text{tra}} = 10^{-2} mol/L ; frontière Fe3+/Fe2+\mathrm{Fe^{3+}/Fe^{2+}} à concentrations égales. Données : E°(Fe3+/Fe2+)=0,77E°(\mathrm{Fe^{3+}/Fe^{2+}}) = 0{,}77 V ; E°(Fe2+/Fe)=−0,44E°(\mathrm{Fe^{2+}/Fe}) = -0{,}44 V ; pKs(Fe(OH)3)=38\mathrm{p}K_s(\mathrm{Fe(OH)_3}) = 38 ; pKs(Fe(OH)2)=15\mathrm{p}K_s(\mathrm{Fe(OH)_2}) = 15 ; pKe=14\mathrm{p}K_e = 14 ; pente 0,060{,}06 V.

---

Frontières verticales (précipitation). Fe(OH)3\mathrm{Fe(OH)_3} apparaît quand [Fe3+] [HO−]3=Ks[\mathrm{Fe^{3+}}]\,[\mathrm{HO^{-}}]^{3} = K_s avec [Fe3+]=10−2[\mathrm{Fe^{3+}}] = 10^{-2} :

3 pOH=38−2=36,pOH=12,pH=2,0.3\,\mathrm{pOH} = 38 - 2 = 36, \quad \mathrm{pOH} = 12, \quad \mathrm{pH} = 2{,}0.

De même pour Fe(OH)2\mathrm{Fe(OH)_2} : 2 pOH=15−2=132\,\mathrm{pOH} = 15 - 2 = 13, pOH=6,5\mathrm{pOH} = 6{,}5, pH=7,5\mathrm{pH} = 7{,}5.

Frontières horizontales. Fe3+/Fe2+\mathrm{Fe^{3+}/Fe^{2+}} à concentrations égales : E=0,77E = 0{,}77 V, pour pH<2\mathrm{pH} < 2. Fe2+/Fe\mathrm{Fe^{2+}/Fe} : E=−0,44+0,062log⁡(10−2)=−0,50E = -0{,}44 + \dfrac{0{,}06}{2}\log(10^{-2}) = -0{,}50 V, pour pH<7,5\mathrm{pH} < 7{,}5.

Frontière oblique Fe(OH)3/Fe2+\mathrm{Fe(OH)_3/Fe^{2+}}, entre pH 22 et 7,57{,}5. Demi-équation : Fe(OH)3+3 H++e−=Fe2++3 H2O\mathrm{Fe(OH)_3} + 3\,\mathrm{H^{+}} + e^{-} = \mathrm{Fe^{2+}} + 3\,\mathrm{H_2O}, donc m=3m = 3, n=1n = 1, pente −0,06×3=−0,18-0{,}06 \times 3 = -0{,}18. Par continuité au point anguleux (pH=2\mathrm{pH} = 2, E=0,77E = 0{,}77 V) :

E=0,77−0,18 (pH−2)=1,13−0,18 pH.E = 0{,}77 - 0{,}18\,(\mathrm{pH} - 2) = 1{,}13 - 0{,}18\,\mathrm{pH}.

Contrôle par Nernst direct : le potentiel standard de ce couple vaut 0,77+0,06 (−38+3×14)=1,010{,}77 + 0{,}06\,(-38 + 3 \times 14) = 1{,}01 V, et E=1,01−0,06log⁡(10−2)−0,18 pH=1,13−0,18 pHE = 1{,}01 - 0{,}06\log(10^{-2}) - 0{,}18\,\mathrm{pH} = 1{,}13 - 0{,}18\,\mathrm{pH}. ✓\checkmark À pH 7,57{,}5 : E=−0,22E = -0{,}22 V.

Au-delà de pH 7,57{,}5. Fe(OH)3+H++e−=Fe(OH)2+H2O\mathrm{Fe(OH)_3} + \mathrm{H^{+}} + e^{-} = \mathrm{Fe(OH)_2} + \mathrm{H_2O} : pente −0,06-0{,}06, issue de (7,5 ; −0,22)(7{,}5\,;\,-0{,}22), soit E=0,23−0,06 pHE = 0{,}23 - 0{,}06\,\mathrm{pH}. Et Fe(OH)2+2 H++2 e−=Fe+2 H2O\mathrm{Fe(OH)_2} + 2\,\mathrm{H^{+}} + 2\,e^{-} = \mathrm{Fe} + 2\,\mathrm{H_2O} : pente −0,06-0{,}06, issue de (7,5 ; −0,50)(7{,}5\,;\,-0{,}50), soit E=−0,05−0,06 pHE = -0{,}05 - 0{,}06\,\mathrm{pH}.

Lecture avec l'eau. La frontière basse du fer (−0,50-0{,}50 V, puis −0,05−0,06 pH-0{,}05 - 0{,}06\,\mathrm{pH}) est toujours sous la droite E=−0,06 pHE = -0{,}06\,\mathrm{pH} : le domaine du fer métal et celui de l'eau sont disjoints, le fer est oxydé par l'eau à tout pH — thermodynamiquement. Le domaine de Fe2+\mathrm{Fe^{2+}} est entièrement sous la droite du dioxygène : Fe2+\mathrm{Fe^{2+}} est oxydé par O2\mathrm{O_2} dissous, ce qui explique la rouille (Fe(III)\mathrm{Fe(III)}) au contact de l'air.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : de l'axe des pH au plan (pH, E)

Figure (fig.chemistry.acid-strength-predominance, figure programmatique de la leçon de terminale sur les acides forts et faibles, réutilisée ici parce que sa bande du bas est un diagramme de prédominance à une dimension) : en haut, deux béchers d'acide ; au milieu, l'échelle des pH de 00 à 1414 ; en bas, un axe de pH coupé par un trait vertical au pKa\mathrm{p}K_a 4,764{,}76, l'acide à gauche, la base à droite, « concentrations égales » sur le trait.

Pour cette leçon, imaginez qu'on ajoute un axe vertical, le potentiel EE.

  • Le trait vertical de la bande du bas devient une frontière verticale du diagramme potentiel-pH : à gauche l'espèce acide, à droite l'espèce basique, et la frontière ne dépend pas de EE, parce que l'échange ne fait intervenir aucun électron. La convention « concentrations égales » est exactement celle du chapitre pour deux espèces dissoutes.
  • Pour une précipitation, le trait ne se place plus au pKa\mathrm{p}K_a mais au pH où le produit de solubilité est atteint à ctrac_{\text{tra}} : pH 2,02{,}0 pour Fe(OH)3\mathrm{Fe(OH)_3} dans l'exemple guidé. Et la zone de droite devient un domaine d'existence.
  • L'échelle du milieu rappelle que pH et log⁡[H+]\log[\mathrm{H^{+}}] sont la même chose au signe près : c'est ce qui transforme [H+]m[\mathrm{H^{+}}]^{m} dans Nernst en un terme −0,06 mn pH-0{,}06\,\dfrac{m}{n}\,\mathrm{pH}, donc en pente.
  • L'encadré « ce diagramme dit qui prédomine, il ne calcule pas le pH » a son équivalent ici : le diagramme potentiel-pH dit ce qui est stable, il ne dit pas à quelle vitesse les espèces instables se transforment.

Ce que la figure ne montre pas : l'axe des potentiels, les frontières horizontales et obliques, et la superposition au diagramme de l'eau. Le diagramme du fer de l'exemple guidé se dessine à partir de ses cinq frontières horizontales ou obliques et de ses deux frontières verticales.

Acide fort et acide faible a la meme concentration, l&#x27;echelle des pH et le diagramme de predominance — Trois bandes de modèles à 25 degrés Celsius.
Acide fort et acide faible a la meme concentration, l&#x27;echelle des pH et le diagramme de predominance · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • Programme officiel de physique-chimie de la classe de PC (CPGE scientifiques, seconde année)
  • Programme officiel de physique-chimie de la classe de MP (CPGE scientifiques, seconde année)
  • S. Zumdahl, S. Zumdahl, Chimie générale, De Boeck
  • P. Atkins, J. de Paula, Chimie physique, De Boeck

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