Aller au contenu principal

Chimie · Licence 1 · 16 min de lecture

Orbitales moléculaires des diatomiques de la 2e période

Décrire une liaison là où le modèle de Lewis échoue. Recouvrement de deux orbitales atomiques de valence et construction d'une orbitale moléculaire liante et d'une orbitale antiliante ; recouvrement axial (orbitales de type sigma) et recouvrement latéral (orbitales de type pi, doublement dégénérées) ; diagramme d'énergie des diatomiques de la deuxième période et remplissage par les électrons de VALENCE seuls, selon le principe d'exclusion et la règle de Hund. Ordre de liaison défini comme la demi-différence entre le nombre d'électrons occupant des orbitales liantes et celui des électrons occupant des orbitales antiliantes ; lecture de la stabilité, de la longueur et de l'énergie de liaison sur cet ordre. Prévision du caractère magnétique : une espèce est paramagnétique si son diagramme laisse au moins un électron célibataire, diamagnétique sinon — c'est le paramagnétisme du dioxygène, que Lewis ne prévoit pas. Raisonnement par espèces ISOÉLECTRONIQUES : deux espèces qui comptent le même nombre d'électrons de valence ont le même ordre de liaison et le même comportement magnétique, ce qui permet de traiter un ion à partir de la molécule neutre correspondante.

Chapitre du programme : Chimie générale

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : là où Lewis se trompe

Le modèle de Lewis représente le dioxygène par O=O\mathrm{O{=}O} : une double liaison, deux doublets non liants sur chaque oxygène, tous les électrons appariés. Or le dioxygène liquide est attiré par un aimant : il est paramagnétique, ce qui exige des électrons célibataires. Lewis ne peut pas le prévoir. Le modèle des orbitales moléculaires le prévoit — et c'est pour cela qu'on l'apprend.

Dans l’approximation de combinaison linéaire utilisée ici, une orbitale moléculaire est construite à partir d’orbitales atomiques. Quand deux atomes se rapprochent, leurs orbitales de valence se recouvrent. Deux orbitales atomiques donnent deux orbitales moléculaires : une combinaison dont les lobes en recouvrement sont en phase, où la densité électronique s'accumule entre les noyaux — l'orbitale liante, d'énergie plus basse que les orbitales atomiques de départ — et une combinaison en opposition de phase, avec un plan nodal entre les noyaux — l'orbitale antiliante, d'énergie plus haute, notée avec une étoile. Le nombre d'orbitales est conservé : 22 orbitales atomiques donnent 22 orbitales moléculaires, jamais une seule.

Sigma et pi. Prenons l'axe internucléaire comme axe zz.

  • Deux orbitales 2s2s se recouvrent axialement : elles donnent σ2s\sigma_{2s} (liante) et σ2s∗\sigma_{2s}^{*} (antiliante).
  • Deux orbitales 2pz2p_z, pointées l'une vers l'autre, se recouvrent aussi axialement : σ2p\sigma_{2p} et σ2p∗\sigma_{2p}^{*}.
  • Les orbitales 2px2p_x et 2py2p_y, perpendiculaires à l'axe, se recouvrent latéralement : elles donnent des orbitales π\pi, avec un plan nodal contenant l'axe. Comme pxp_x et pyp_y jouent le même rôle, les orbitales π2p\pi_{2p} sont doublement dégénérées — deux orbitales de même énergie — et de même π2p∗\pi_{2p}^{*}. Au total, les huit orbitales atomiques de valence (2s2s, 2px2p_x, 2py2p_y, 2pz2p_z sur chaque atome) donnent huit orbitales moléculaires réparties sur six niveaux d'énergie.

Le diagramme, et son ordre. Par énergie croissante, pour le dioxygène et le difluor :

σ2s<σ2s∗<σ2p<π2p<π2p∗<σ2p∗.\sigma_{2s} < \sigma_{2s}^{*} < \sigma_{2p} < \pi_{2p} < \pi_{2p}^{*} < \sigma_{2p}^{*}.

Pour les diatomiques du début de la période (de Li2\mathrm{Li_2} à N2\mathrm{N_2}), l'interaction entre orbitales 2s2s et 2p2p — plus proches en énergie pour les atomes légers — relève σ2p\sigma_{2p} au-dessus de π2p\pi_{2p} :

σ2s<σ2s∗<π2p<σ2p<π2p∗<σ2p∗.\sigma_{2s} < \sigma_{2s}^{*} < \pi_{2p} < \sigma_{2p} < \pi_{2p}^{*} < \sigma_{2p}^{*}.

Retenez l'existence de cette inversion, et retenez surtout ceci : pour les espèces du corpus admis ayant de dix à quatorze électrons de valence, les quatre niveaux du bas sont pleins dans les deux ordres, et rien de ce que l'on calcule ici n'en dépend. Les exercices de ce chapitre restent dans cette plage ; l'énoncé donne toujours l'ordre à utiliser.

Remplir. On place les électrons de valence seuls. Dans ce modèle, les quatre électrons de cœur remplissent les orbitales moléculaires σ1s\sigma_{1s} et σ1s∗\sigma_{1s}^{*} ; leurs contributions à l’ordre de liaison se compensent, et on les omet dans le diagramme de valence. On remplit celui-ci par énergie croissante, deux par orbitale au plus (Pauli), et dans un niveau dégénéré un électron par orbitale avant d'apparier (Hund). Le nombre d'électrons de valence d'une espèce est la somme des électrons de valence des atomes, moins la charge : un cation de charge +1+1 en a un de moins que la molécule neutre, un anion de charge −1-1 un de plus.

Ordre de liaison. OL=nliants−nantiliants2\quad \text{OL} = \dfrac{n_{\text{liants}} - n_{\text{antiliants}}}{2} où l'on compte les électrons placés dans des orbitales liantes et dans des orbitales antiliantes. Un ordre 11, 22, 33 correspond aux liaisons simple, double, triple de Lewis ; un ordre demi-entier existe, et un ordre nul indique que ce modèle ne prévoit pas de liaison covalente nette ; il ne permet pas d’exclure toute association faiblement liée.

Le dioxygène, enfin. Douze électrons de valence (6+66 + 6) : σ2s2 σ2s∗2 σ2p2 π2p4 π2p∗2\sigma_{2s}^2\,\sigma_{2s}^{*2}\,\sigma_{2p}^2\,\pi_{2p}^4\,\pi_{2p}^{*2}. Les deux derniers électrons occupent le niveau π2p∗\pi_{2p}^{*}, doublement dégénéré : par Hund, un dans chaque orbitale, spins parallèles. Deux électrons célibataires — le dioxygène est paramagnétique. Ordre de liaison : 8−42=2\dfrac{8 - 4}{2} = 2, la double liaison de Lewis. Le modèle des orbitales moléculaires retrouve ce que Lewis savait et ajoute ce que Lewis ignorait.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : ordre de liaison et espèces isoélectroniques

Ce que l’ordre de liaison aide à prévoir. Dans une série comparable, notamment les ions d’une même molécule, un ordre plus grand correspond généralement à une liaison plus forte et plus courte. Ce n’est pas une loi quantitative universelle entre espèces différentes. Sur les homonucléaires de la période : N2\mathrm{N_2} (ordre 33, longueur environ 110110 pm), O2\mathrm{O_2} (ordre 22, environ 121121 pm), F2\mathrm{F_2} (ordre 11, environ 141141 pm). Les valeurs se mesurent, elles ne se déduisent pas du diagramme ; la tendance, elle, s'en déduit, et c'est ce que l’on vous demande.

Le diazote. Dix électrons de valence : σ2s2 σ2s∗2 π2p4 σ2p2\sigma_{2s}^2\,\sigma_{2s}^{*2}\,\pi_{2p}^4\,\sigma_{2p}^2 (ordre du début de période — mais dans l'autre ordre, les mêmes quatre niveaux seraient pleins). Liants : 2+4+2=82 + 4 + 2 = 8 ; antiliants : 22. Ordre 8−22=3\dfrac{8 - 2}{2} = 3, aucun électron célibataire : diamagnétique. Une triple liaison forte dans cette série.

Le difluor. Quatorze électrons : tout est rempli jusqu'à π2p∗4\pi_{2p}^{*4}. Liants 88, antiliants 66, ordre 11, diamagnétique. Remarquez le piège : si l'on ne comptait que les électrons liants, on trouverait « ordre 44 » — absurde pour une liaison simple. Les antiliants retirent ce que les liants apportent.

Ajouter ou retirer un électron : la famille du dioxygène. Les quatre espèces O2+\mathrm{O_2^{+}}, O2\mathrm{O_2}, O2−\mathrm{O_2^{-}} (ion superoxyde), O22−\mathrm{O_2^{2-}} (ion peroxyde) comptent 1111, 1212, 1313, 1414 électrons de valence. Les électrons ajoutés entrent dans π2p∗\pi_{2p}^{*}, antiliant : chaque électron de plus fait baisser l'ordre d'une demi-unité.

Tableau : Espèce, Électrons de valence, Occupation de \pi_{2p}^{*}, Ordre de liaison, Électrons célibataires
EspèceÉlectrons de valenceOccupation de π2p∗\pi_{2p}^{*}Ordre de liaisonÉlectrons célibataires
O2+\mathrm{O_2^{+}}1111118−32=2,5\dfrac{8 - 3}{2} = 2{,}511
O2\mathrm{O_2}1212228−42=2\dfrac{8 - 4}{2} = 222
O2−\mathrm{O_2^{-}}1313338−52=1,5\dfrac{8 - 5}{2} = 1{,}511
O22−\mathrm{O_2^{2-}}1414448−62=1\dfrac{8 - 6}{2} = 100

La liaison s'allonge et s'affaiblit de O2+\mathrm{O_2^{+}} à O22−\mathrm{O_2^{2-}} ; et le magnétisme suit le remplissage de Hund du niveau dégénéré : 11 célibataire pour un ou trois électrons dans π2p∗\pi_{2p}^{*}, 22 pour deux, 00 pour quatre. Un nombre pair d'électrons ne garantit pas le diamagnétisme : O2\mathrm{O_2} en est la preuve.

Espèces isoélectroniques. Dans le corpus étudié, avec les diagrammes admis et dix à quatorze électrons de valence, deux espèces de même effectif ont le même remplissage de ces niveaux, donc les mêmes décomptes d’ordre de liaison et d’électrons célibataires. L’effectif seul ne garantit pas ces conclusions pour tout diagramme moléculaire. C'est ainsi qu'on traite les hétéronucléaires sans construire leur diagramme propre : on admet le diagramme des homonucléaires.

  • CO\mathrm{CO} (4+6=104 + 6 = 10), CN−\mathrm{CN^{-}} (4+5+1=104 + 5 + 1 = 10), NO+\mathrm{NO^{+}} (5+6−1=105 + 6 - 1 = 10) sont isoélectroniques de N2\mathrm{N_2} : ordre 33, diamagnétiques.
  • NO\mathrm{NO} (5+6=115 + 6 = 11) est isoélectronique de O2+\mathrm{O_2^{+}} : ordre 2,52{,}5, un électron célibataire, paramagnétique — le monoxyde d'azote est un radical, et c'est exactement ce que dit son ordre demi-entier.
  • NO−\mathrm{NO^{-}} (1212) est isoélectronique de O2\mathrm{O_2} : ordre 22, deux célibataires.

Ce que le modèle ne dit pas. Pour un hétéronucléaire, les orbitales moléculaires ne sont pas des combinaisons à parts égales : l'atome le plus électronégatif pèse davantage dans les orbitales liantes. Cette dissymétrie, et les énergies réelles, sont laissées aux cours suivants. Ici, l'énoncé donne l'ordre des niveaux et vous demande de compter : électrons de valence, liants, antiliants, célibataires. Tout le reste s'en déduit.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : comparer cœur et valence

Dossier. On dispose d’un diagramme de valence entièrement rempli jusqu’aux quatre niveaux du bas : huit électrons liants et deux antiliants. Un étudiant veut ajouter les quatre électrons de cœur dans les niveaux de valence encore vides. Un autre préfère les placer dans les orbitales de cœur σ1s\sigma_{1s} et σ1s∗\sigma_{1s}^{*}, deux dans chacune. Quelle méthode permet de comparer le diagramme complet et celui de valence ?

1. Conserver la distinction cœur/valence. Les quatre électrons supplémentaires appartiennent aux deux orbitales de cœur du diagramme complet, pas aux niveaux vides de valence. Chaque orbitale de cœur reçoit une paire.

2. Faire les deux bilans. Avec la seule valence : huit liants et deux antiliants donnent (8−2)/2=3(8-2)/2=3. Avec le cœur : dix liants et quatre antiliants donnent (10−4)/2=3(10-4)/2=3. L’ajout d’une paire liante et d’une paire antiliante laisse la différence inchangée.

3. Interpréter. Omettre le cœur dans ce modèle est une simplification justifiée par cette compensation. Cela ne signifie ni que les électrons de cœur disparaissent, ni qu’ils restent obligatoirement décrits par des orbitales atomiques inchangées. Les deux méthodes donnent ici zéro électron célibataire.

Contrôle. Les effectifs totaux passent de dix électrons de valence à quatorze électrons dans le diagramme complet ; l’ordre de liaison reste trois. Un changement de décompte total n’impose donc pas à lui seul un changement de liaison quand les électrons ajoutés occupent d’autres orbitales qui se compensent.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : des cases atomiques au diagramme moléculaire

Figure (fig.chemistry.electron-configuration, figure programmatique de la leçon de seconde sur la configuration électronique, reprise ici comme point de départ) : une colonne de cases d'orbitales atomiques.

  • Cinq cases empilées de bas en haut, étiquetées 1s1s, 2s2s, 2p2p, 3s3s, 3p3p, avec leur capacité à gauche : 22, 22, 66, 22, 66 places. Les cases ss ont deux emplacements ; les cases pp, trois fois plus larges, en ont six, séparés par un trait fin — trois orbitales pxp_x, pyp_y, pzp_z, de même énergie.
  • Onze disques numérotés de 11 à 1111 sont posés dans l'ordre de remplissage : 22 en 1s1s, 22 en 2s2s, 66 en 2p2p, 11 en 3s3s ; la case 3p3p est vide. Une flèche serpente de case en case, du bas vers le haut, avec la mention « on ne monte qu'une fois le palier plein ». Trois accolades à gauche délimitent les couches n=1n = 1, n=2n = 2, n=3n = 3 ; un panneau de droite donne la lecture de chaque case.

Ce qu’il faut y lire pour cette leçon. La figure montre le sodium : ses dix électrons 1s2 2s2 2p61s^2\,2s^2\,2p^6 forment le cœur et son électron 3s13s^1 est de valence. Elle rappelle seulement les sous-couches et leurs capacités. Changeons maintenant d’atomes pour les diatomiques de la deuxième période, par exemple le dioxygène : sur chaque oxygène, le cœur est 1s21s^2 et la valence 2s2 2p42s^2\,2p^4. Imaginez deux colonnes d’orbitales atomiques de ces oxygènes, et entre elles les orbitales moléculaires de valence :

  • la case 2s2s de gauche et la case 2s2s de droite donnent deux niveaux au milieu, σ2s\sigma_{2s} plus bas que les deux cases de départ, σ2s∗\sigma_{2s}^{*} plus haut ;
  • les trois orbitales de chaque case 2p2p donnent, au milieu, six orbitales réparties sur quatre niveaux d’énergie : σ2p\sigma_{2p} et σ2p∗\sigma_{2p}^{*} (les pzp_z, pointées l'une vers l'autre), et les niveaux doubles π2p\pi_{2p} et π2p∗\pi_{2p}^{*} (les pxp_x et pyp_y, latérales) — chaque niveau π\pi est une case à deux emplacements doubles, comme la case 2p2p de la figure en a trois ;
  • le remplissage de la colonne du milieu obéit aux mêmes règles que celui de la figure : par énergie croissante, deux par orbitale, et dans un niveau double un électron par orbitale avant d'apparier — la flèche qui serpente et la mention « palier plein » valent pour la molécule comme pour l'atome.

Ce que la figure ne montre pas. Le décalage des niveaux moléculaires par rapport aux atomiques (la liante descend, l'antiliante monte davantage qu'elle ne descend), la forme des orbitales — le renforcement entre les noyaux pour σ2s\sigma_{2s}, le plan nodal pour les antiliantes, les deux lobes de part et d'autre de l'axe pour π\pi — et l'inversion de σ2p\sigma_{2p} et π2p\pi_{2p} selon l'atome. La leçon les décrit en mots ; l'exercice, lui, donne l'ordre des niveaux dans son énoncé.

Configuration electronique du sodium (Z = 11) : l&#x27;immeuble des sous-couches 1s 2s 2p 3s 3p — Modèle des atomes neutres à l'état fondamental, Z inférieur ou égal à18 ; les paliers ne sont pas des orbites spatiales.
Configuration electronique du sodium (Z = 11) : l&#x27;immeuble des sous-couches 1s 2s 2p 3s 3p · Ouvrir la figure en grand

Continuez sur votre lancée

Vous avez découvert l’essentiel et un exemple. Retrouvez la suite du cours et les points à retenir, puis passez à l’entraînement guidé dans votre compte.

  • Les formules et les repères à retenir
  • Les erreurs fréquentes expliquées
  • Un exercice avec des aides et sa correction

L’accès gratuit comprend les cours et exercices de votre niveau choisi.

Sources

  • P. Atkins, J. de Paula, Chimie physique, De Boeck
  • S. Zumdahl, S. Zumdahl, Chimie générale, De Boeck
  • OpenStax, Chemistry 2e, 8.4 Molecular Orbital Theory : https://openstax.org/books/chemistry-2e/pages/8-4-molecular-orbital-theory

Vous pensez avoir trouvé une erreur dans cette leçon ? Signalez-la par e-mail.

Explorer les autres cours

Accès rapide