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Chimie · Prépa 1re année · 11 min de lecture

Produit de solubilité et précipitation

Équilibre de dissolution d'un solide ionique peu soluble, produit de solubilité et pKs ; solubilité en eau pure pour une stœchiométrie quelconque, et pourquoi deux sels de stœchiométries différentes ne se comparent pas par leurs seuls produits de solubilité ; effet d'ion commun ; condition d'apparition d'un précipité par comparaison du quotient de réaction au produit de solubilité, et concentration seuil de précipitation ; domaine d'existence du solide et lecture d'une courbe de solubilité ; influence du pH et d'une complexation sur la solubilité d'un hydroxyde ou d'un sel d'acide faible ; précipitations sélectives et dosages par précipitation.

Chapitre du programme : Transformations chimiques en solution aqueuse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : un équilibre entre un solide et ses ions

En seconde, la solubilité était une masse maximale par litre, lue dans une table. Ici, elle devient la conséquence d'un équilibre chimique : un solide ionique peu soluble, au contact de l'eau, libère des ions jusqu'à ce que leur produit atteigne une valeur fixée.

L'équilibre de dissolution. Pour le chlorure d'argent :

AgCl(s)=Ag+(aq)+Cl−(aq).\mathrm{AgCl(s)} = \mathrm{Ag^{+}(aq)} + \mathrm{Cl^{-}(aq)}.

Sa constante d'équilibre est le produit de solubilité KsK_s. Le solide, pur, a une activité égale à 11 : il ne figure pas dans l'expression.

Ks=[Ag+] [Cl−](concentrations en mol/L, rapporteˊes aˋ C°=1 mol/L).K_s = [\mathrm{Ag^{+}}]\,[\mathrm{Cl^{-}}] \quad (\text{concentrations en mol/L, rapportées à } C° = 1\ \mathrm{mol/L}).

KsK_s est sans unité et ne dépend que de la température. On utilise aussi pKs=−log⁡Ks\mathrm{p}K_s = -\log K_s : pour AgCl\mathrm{AgCl}, on adopte à 2525 °C pKs=9,8\mathrm{p}K_s = 9{,}8, soit Ks=10−9,8K_s = 10^{-9{,}8}. Plus le pKs\mathrm{p}K_s est grand, plus le produit est petit.

Une stœchiométrie quelconque. Pour le fluorure de calcium, CaF2(s)=Ca2++2 F−\mathrm{CaF_2(s)} = \mathrm{Ca^{2+}} + 2\,\mathrm{F^{-}} :

Ks=[Ca2+] [F−]2.K_s = [\mathrm{Ca^{2+}}]\,[\mathrm{F^{-}}]^{2}.

Chaque concentration porte son nombre stœchiométrique en exposant.

Solubilité dans l'eau pure. La solubilité ss est la quantité maximale de solide dissous par litre, en mol/L\mathrm{mol/L}. Un tableau d'avancement donne les concentrations à saturation :

  • sel MA\mathrm{MA} : [M]=[A]=s[\mathrm{M}] = [\mathrm{A}] = s, donc Ks=s2K_s = s^{2} et s=Kss = \sqrt{K_s} ;
  • sel MA2\mathrm{MA_2} : [M]=s[\mathrm{M}] = s et [A]=2s[\mathrm{A}] = 2s, donc Ks=s (2s)2=4s3K_s = s\,(2s)^{2} = 4s^{3} et s=(Ks4)1/3s = \left(\dfrac{K_s}{4}\right)^{1/3}.

Le coefficient 22 compte deux fois : dans la concentration (2s2s) et dans l'exposant (le carré).

On ne compare pas des KsK_s de stœchiométries différentes. Prenons deux sels hypothétiques : MA\mathrm{MA} de Ks=1,0×10−10K_s = 1{,}0 \times 10^{-10} et MA2\mathrm{MA_2} de Ks=1,0×10−11K_s = 1{,}0 \times 10^{-11}. Le second a le plus petit produit de solubilité, et pourtant

s(MA)=10−10=1,0×10−5 mol/L,s(MA2)=(10−114)1/3≈1,36×10−4 mol/L,s(\mathrm{MA}) = \sqrt{10^{-10}} = 1{,}0 \times 10^{-5}\ \mathrm{mol/L}, \qquad s(\mathrm{MA_2}) = \left(\dfrac{10^{-11}}{4}\right)^{1/3} \approx 1{,}36 \times 10^{-4}\ \mathrm{mol/L},

soit un sel MA2\mathrm{MA_2} environ quatorze fois plus soluble. Les KsK_s ne se comparent directement que pour des sels de même formule type.

Solubilité et produit de solubilité sont deux grandeurs différentes : la première est une concentration, en mol/L\mathrm{mol/L} ; le second est un nombre sans unité.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : ion commun, précipitation, pH

Effet d'ion commun. Si la solution contient déjà l'un des ions du sel, apporté par un sel soluble, l'équilibre est déplacé dans le sens de la précipitation : la solubilité diminue. Pour CaF2\mathrm{CaF_2} dans une solution de fluorure de sodium à cc : [Ca2+]=s′[\mathrm{Ca^{2+}}] = s' et [F−]=c+2s′[\mathrm{F^{-}}] = c + 2s'. Si 2s′≪c2s' \ll c (à vérifier après coup),

Ks≈s′ c2,s′≈Ksc2.K_s \approx s'\,c^{2}, \qquad s' \approx \dfrac{K_s}{c^{2}}.

L'ion commun n'« aide » pas à dissoudre : il fait l'inverse.

Condition de précipitation. Dans une solution qui contient les ions, on forme le quotient de réaction de la dissolution, avec les concentrations actuelles :

Q=[M] [A]n.Q = [\mathrm{M}]\,[\mathrm{A}]^{n}.
  • Si Q<KsQ < K_s : la solution n'est pas saturée, aucun précipité n'apparaît (et un solide ajouté se dissoudrait).
  • Si Q>KsQ > K_s : la solution est sursaturée, le solide précipite jusqu'à ce que QQ redescende à KsK_s.
  • Q=KsQ = K_s : équilibre, la solution est saturée en présence du solide.

La présence simultanée des deux ions ne suffit donc pas : il faut que leur produit dépasse KsK_s. À l'inverse, tant qu'il reste du solide au contact de la solution, Q=KsQ = K_s quelle que soit la quantité de solide : sa masse ne déplace pas l'équilibre.

Concentration seuil. Dans une solution de Ag+\mathrm{Ag^{+}} à 2,5×10−32{,}5 \times 10^{-3} mol/L, le précipité de AgCl\mathrm{AgCl} apparaît dès que

[Cl−]>Ks[Ag+]=10−9,82,5×10−3≈6,3×10−8 mol/L.[\mathrm{Cl^{-}}] > \dfrac{K_s}{[\mathrm{Ag^{+}}]} = \dfrac{10^{-9{,}8}}{2{,}5 \times 10^{-3}} \approx 6{,}3 \times 10^{-8}\ \mathrm{mol/L}.

Une trace de chlorure suffit : c'est le principe des tests de reconnaissance des ions par précipitation.

Domaine d'existence du solide. Pour cette même solution ([Ag+]=2,5×10−3[\mathrm{Ag^{+}}] = 2{,}5 \times 10^{-3} mol/L), portons p[Cl−]=−log⁡[Cl−]\mathrm{p}[\mathrm{Cl^{-}}] = -\log[\mathrm{Cl^{-}}] sur un axe : AgCl\mathrm{AgCl} n'existe que du côté des fortes concentrations en chlorure, pour p[Cl−]<7,2\mathrm{p}[\mathrm{Cl^{-}}] < 7{,}2 environ. Un solide a un domaine d'existence, non de prédominance : hors de ce domaine, il n'y en a pas du tout.

Influence du pH. Un hydroxyde peu soluble se dissout en milieu acide, parce que les ions H+\mathrm{H^{+}} consomment les ions HO−\mathrm{HO^{-}}. Pour Mg(OH)2\mathrm{Mg(OH)_2}, avec la valeur arrondie pKs=11\mathrm{p}K_s = 11 adoptée pour l'exemple, et [HO−]=10pH−14[\mathrm{HO^{-}}] = 10^{\mathrm{pH} - 14} à 2525 °C :

[Mg2+]max⁡=Ks[HO−]2:0,10 mol/L aˋ pH 9,10−3 aˋ pH 10,10−5 aˋ pH 11.[\mathrm{Mg^{2+}}]_{\max} = \dfrac{K_s}{[\mathrm{HO^{-}}]^{2}} : \quad 0{,}10\ \mathrm{mol/L}\ \text{à pH } 9, \quad 10^{-3} \text{ à pH } 10, \quad 10^{-5} \text{ à pH } 11.

Une unité de pH divise la concentration maximale par cent. Le même raisonnement vaut pour un sel d'acide faible, dont l'anion est capté par H+\mathrm{H^{+}} ; une complexation du cation augmente de même la solubilité, en retirant l'ion libre de l'équilibre.

Précipitations sélectives. Une solution contient Cl−\mathrm{Cl^{-}} et Br−\mathrm{Br^{-}}, chacun à 0,0300{,}030 mol/L, et l'on y ajoute peu à peu Ag+\mathrm{Ag^{+}}. AgBr\mathrm{AgBr} apparaît dès [Ag+]=10−12,30,030≈1,7×10−11[\mathrm{Ag^{+}}] = \dfrac{10^{-12{,}3}}{0{,}030} \approx 1{,}7 \times 10^{-11} mol/L, AgCl\mathrm{AgCl} seulement à 10−9,80,030≈5,3×10−9\dfrac{10^{-9{,}8}}{0{,}030} \approx 5{,}3 \times 10^{-9} mol/L. Quand AgCl\mathrm{AgCl} commence à précipiter, il reste [Br−]=10−12,35,3×10−9≈9,5×10−5[\mathrm{Br^{-}}] = \dfrac{10^{-12{,}3}}{5{,}3 \times 10^{-9}} \approx 9{,}5 \times 10^{-5} mol/L, soit 0,320{,}32 % du bromure initial : la séparation est presque complète. C'est l'idée des dosages par précipitation.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : ion commun, puis un mélange

Énoncé. Données à 2525 °C, valeurs adoptées : pKs(CaF2)=10,4\mathrm{p}K_s(\mathrm{CaF_2}) = 10{,}4 ; pKs(PbCl2)=4,8\mathrm{p}K_s(\mathrm{PbCl_2}) = 4{,}8. On néglige toute autre réaction des ions.

  1. On introduit un excès de CaF2\mathrm{CaF_2} solide dans une solution de fluorure de sodium à c=0,030c = 0{,}030 mol/L. Calculer la solubilité s′s' de CaF2\mathrm{CaF_2} dans cette solution.
  2. On mélange V1=30V_1 = 30 mL d'une solution d'ions Pb2+\mathrm{Pb^{2+}} à 0,100{,}10 mol/L et V2=70V_2 = 70 mL d'une solution d'ions Cl−\mathrm{Cl^{-}} à 0,100{,}10 mol/L. Un précipité de PbCl2\mathrm{PbCl_2} apparaît-il ?

---

1. Ion commun. Dissolution : CaF2(s)=Ca2++2 F−\mathrm{CaF_2(s)} = \mathrm{Ca^{2+}} + 2\,\mathrm{F^{-}}. Si s′s' mol/L se dissolvent : [Ca2+]=s′[\mathrm{Ca^{2+}}] = s' et [F−]=c+2s′[\mathrm{F^{-}}] = c + 2s'.

Ks=s′ (c+2s′)2=10−10,4≈3,98×10−11.K_s = s'\,(c + 2s')^{2} = 10^{-10{,}4} \approx 3{,}98 \times 10^{-11}.

Hypothèse 2s′≪c2s' \ll c : s′≈Ksc2=3,98×10−11(0,030)2≈4,4×10−8s' \approx \dfrac{K_s}{c^{2}} = \dfrac{3{,}98 \times 10^{-11}}{(0{,}030)^{2}} \approx 4{,}4 \times 10^{-8} mol/L.

Vérification : 2s′≈8,8×10−82s' \approx 8{,}8 \times 10^{-8}, négligeable devant 0,0300{,}030 (rapport 3×10−63 \times 10^{-6}). ✓\checkmark

La résolution exacte de s′(c+2s′)2=Kss'(c + 2s')^{2} = K_s donne la même valeur à 10−510^{-5} près en relatif. Le fluorure déjà présent écrase la solubilité.

2. Le quotient, après dilution. Le volume total vaut V1+V2=100V_1 + V_2 = 100 mL ; chaque ion est dilué :

[Pb2+]=0,10×30100=0,030 mol/L,[Cl−]=0,10×70100=0,070 mol/L.[\mathrm{Pb^{2+}}] = \dfrac{0{,}10 \times 30}{100} = 0{,}030\ \mathrm{mol/L}, \qquad [\mathrm{Cl^{-}}] = \dfrac{0{,}10 \times 70}{100} = 0{,}070\ \mathrm{mol/L}.
Q=[Pb2+] [Cl−]2=0,030×(0,070)2=1,47×10−4.Q = [\mathrm{Pb^{2+}}]\,[\mathrm{Cl^{-}}]^{2} = 0{,}030 \times (0{,}070)^{2} = 1{,}47 \times 10^{-4}.

Or Ks=10−4,8≈1,58×10−5K_s = 10^{-4{,}8} \approx 1{,}58 \times 10^{-5}. Q>KsQ > K_s (environ neuf fois) :

un précipité de PbCl2\mathrm{PbCl_2} apparaît.

Sans la dilution, on aurait calculé 0,10×(0,10)2=1,0×10−30{,}10 \times (0{,}10)^{2} = 1{,}0 \times 10^{-3} : la conclusion serait la même ici, mais le nombre serait faux d'un facteur sept, et pour des solutions plus diluées la conclusion elle-même pourrait s'inverser.

Lecture. Écrire l'équation, exprimer les concentrations (avec l'ion apporté, avec la dilution), puis soit résoudre Ks=…K_s = \dots pour une solubilité, soit comparer QQ à KsK_s pour décider d'une précipitation.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : Q rejoint Ks, le solide n'y figure pas

Figure (fig.chemistry.equilibrium-quotient, figure programmatique de la leçon de terminale sur la constante d'équilibre, réutilisée ici parce que la condition de précipitation est exactement la comparaison qu'elle dessine) : à gauche, trois courbes du quotient de réaction en fonction du temps rejoignent une ligne horizontale, la constante d'équilibre, deux par en dessous (sens direct), une par au-dessus (sens inverse), sans jamais la franchir ; à droite, une même expression évaluée à deux instants, et un cartouche barré de trois écritures fautives, dont l'une contient un solide.

Pour cette leçon, la réaction est la dissolution, et la ligne horizontale est KsK_s.

  • Courbe qui monte (Q<KsQ < K_s) : la dissolution progresse — le solide se dissout tant qu'il en reste. Si tout le solide est dissous avant que QQ n'atteigne KsK_s, la courbe s'arrête sous la ligne : la solution reste non saturée. C'est la seule différence avec une réaction entre espèces dissoutes, et elle est essentielle.
  • Courbe qui descend (Q>KsQ > K_s) : sens inverse, c'est-à-dire précipitation, jusqu'à Q=KsQ = K_s. C'est le mélange de Pb2+\mathrm{Pb^{2+}} et de Cl−\mathrm{Cl^{-}} de l'exemple guidé, parti de Q≈9 KsQ \approx 9\,K_s.
  • L'écriture barrée avec un solide : [PbCl2][\mathrm{PbCl_2}] n'a rien à faire dans QQ ni dans KsK_s. L'activité d'un solide pur vaut 11 ; c'est pourquoi la quantité de précipité, grande ou petite, ne change rien à la concentration des ions en équilibre avec lui.

Ce que la figure ne montre pas : la dilution au moment du mélange (le point de départ de la courbe se calcule avec les concentrations après mélange), et la stœchiométrie, qui met un exposant 22 sur [Cl−][\mathrm{Cl^{-}}] dans QQ comme dans KsK_s.

Quotient de reaction et constante d&#x27;equilibre : trois departs, une seule arrivee — À gauche, trois trajectoires construites pour le modèle cinétique idéal réversible A+B⇌C+D, à température et volume fixés, approchent K=4.
Quotient de reaction et constante d&#x27;equilibre : trois departs, une seule arrivee · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de PCSI
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI
  • S. Zumdahl, S. Zumdahl, Chimie générale, De Boeck

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