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Mathématiques · Troisième · 20 min de lecture

Probabilités : mesurer une chance, sans se raconter d'histoires

Expérience aléatoire, issue, événement, probabilité comme fréquence limite, équiprobabilité, événement contraire, arbre de probabilités.

À quoi sert le calcul des probabilités ? Des exemples dans la vie quotidienne

Chapitre du programme : Organisation et gestion de données, fonctions

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : un nombre entre 0 et 1

Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît tous les résultats possibles, mais dont on ne peut pas prévoir lequel se produira. Lancer un dé, faire tourner une roue de loterie, tirer un jeton dans un sac : ce sont des expériences aléatoires.

  • Chaque résultat possible s'appelle une issue. Pour un dé à six faces : 11, 22, 33, 44, 55, 66.
  • Un événement est un ensemble d'issues, décrit par une phrase. « Obtenir un nombre pair » est un événement, réalisé par les issues 22, 44 et 66.

La probabilité d'un événement est un nombre compris entre 00 et 11 qui mesure sa chance de se produire. Dans les univers finis étudiés ici, dont chaque issue a une probabilité strictement positive, 00 signifie « impossible » et 11 « certain ». Cette équivalence ne se généralise pas à tous les modèles de probabilité.

Comment obtient-on ce nombre ? De deux façons, et elles se rejoignent.

1. En répétant l’expérience. Dans un modèle de répétitions indépendantes avec la même probabilité, la fréquence observée permet d’estimer cette probabilité. Plus le nombre d’essais augmente, plus une grande erreur devient peu probable ; cela ne signifie pas que la fréquence se rapproche à chaque essai. Une série finie de lancers de punaise ne donne donc pas une valeur exacte, et des conditions expérimentales qui changent peuvent invalider le modèle.

2. En comptant, quand toutes les issues ont la même chance. Si le modèle donne la même probabilité à chaque issue — dé équilibré, tirage uniforme de jetons, roue non biaisée à secteurs identiques —, on dit qu’il y a équiprobabilité, et alors :

P(eˊveˊnement)=nombre de cas favorablesnombre de cas possibles.P(\text{événement}) = \frac{\text{nombre de cas favorables}}{\text{nombre de cas possibles}}.

Pourquoi cette formule fonctionne-t-elle ? Parce que si les nn issues ont la même probabilité pp, et que leur somme doit valoir 11 (l'une d'elles se produit forcément), alors n×p=1n \times p = 1, donc chaque issue vaut 1n\frac{1}{n}. Un événement fait de ff issues vaut donc f×1n=fnf \times \frac{1}{n} = \frac{f}{n}. La formule n'est pas une recette : c'est une conséquence.

Attention au mot « favorable » : il ne veut pas dire « souhaitable ». Un cas favorable est simplement un cas qui réalise l'événement décrit, même s'il s'agit de tomber en panne.

Trois écritures pour un même nombre. Une probabilité peut s'écrire en fraction, en décimal ou en pourcentage : 25=0,4=40 %\dfrac{2}{5} = 0{,}4 = 40\ \%. Ce sont trois habits, un seul nombre. Lis bien l'énoncé pour savoir lequel il attend.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : contraire, réunion, et deux épreuves

L'événement contraire. Le contraire d'un événement AA, c'est « AA ne se produit pas ». Chaque issue est soit dans AA, soit dans son contraire, jamais dans les deux ni dans aucun. Les deux probabilités se partagent donc la totalité :

P(contraire de A)=1−P(A).P(\text{contraire de } A) = 1 - P(A).

C'est souvent le chemin le plus court. « Au moins un » est presque toujours plus simple à calculer par son contraire, « aucun ».

Deux événements incompatibles. Deux événements sont incompatibles lorsqu'ils ne peuvent pas se produire en même temps. « Tirer un jeton rouge » et « tirer un jeton vert » sont incompatibles : un jeton n'a qu'une couleur. Dans ce cas seulement, les cas favorables s'additionnent :

P(A ou B)=P(A)+P(B)si A et B sont incompatibles.P(A \text{ ou } B) = P(A) + P(B) \qquad \text{si } A \text{ et } B \text{ sont incompatibles.}

Et s'ils ne sont pas incompatibles ? Alors l'addition compte deux fois les issues communes, et le résultat est trop grand. Exemple : un sac de 2020 jetons numérotés, chacun rouge ou bleu.

Tableau : Numéro pair, Numéro impair
Numéro pairNuméro impair
Jetons rouges5544
Jetons bleus6655

P(rouge)=920=45 %P(\text{rouge}) = \dfrac{9}{20} = 45\ \% et P(pair)=1120=55 %P(\text{pair}) = \dfrac{11}{20} = 55\ \%. Leur somme fait 100 %100\ \%, ce qui voudrait dire « certain » — absurde, puisqu'un jeton bleu impair ne réalise ni l'un ni l'autre, et il y en a 55. La méthode juste au collège consiste à compter directement les cas favorables : les 99 rouges, plus les 66 bleus pairs (les rouges pairs sont déjà comptés), soit 1515 jetons.

P(rouge ou pair)=1520=75 %.P(\text{rouge ou pair}) = \frac{15}{20} = 75\ \%.

L'écart de 2525 points correspond exactement aux 55 jetons rouges et pairs, comptés deux fois par l'addition.

Une expérience à deux épreuves : on dénombre. Quand on enchaîne deux tirages, la méthode ne change pas : on compte toutes les issues de l'expérience double, on compte celles qui conviennent, et on divise. L'outil pour ne rien oublier est le tableau à double entrée : une ligne par résultat du premier tirage, une colonne par résultat du second, une case par issue.

Prends une urne de 33 jetons indiscernables au toucher : deux rouges, que l'on distingue en pensée par R1R_1 et R2R_2, et un bleu BB. On tire uniformément un jeton, on le remet puis on mélange à nouveau ; le second tirage uniforme est supposé indépendant du premier.

Tableau : 1er tirage ↓ / 2e tirage →, R_1, R_2, B
1er tirage ↓ / 2e tirage →R1R_1R2R_2BB
R1R_1R1R1R_1R_1R1R2R_1R_2R1BR_1B
R2R_2R2R1R_2R_1R2R2R_2R_2R2BR_2B
BBBR1BR_1BR2BR_2BBBB

Neuf cases, toutes de même chance sous les hypothèses de tirages uniformes et indépendants annoncées ; l’indiscernabilité au toucher ne suffit pas à elle seule à prouver ces hypothèses. Les cases où les deux jetons sont rouges sont au nombre de quatre :

P(deux rouges)=49.P(\text{deux rouges}) = \frac{4}{9}.

Un raccourci, à connaître comme raccourci. Tu remarqueras que 49=23×23\dfrac{4}{9} = \dfrac{2}{3} \times \dfrac{2}{3} : multiplier la probabilité du premier tirage par celle du second donne le même résultat, plus vite. Ce produit des probabilités non conditionnelles est valable ici grâce à l’indépendance des tirages. La seule conservation de la composition ne prouve pas cette indépendance. Un arbre pondéré peut représenter les probabilités sur les branches. Dans la progression choisie ici, le tableau de dénombrement est la méthode principale et le produit sert de contrôle.

Avec ou sans remise ? C'est la question à se poser avant de remplir le tableau.

  • Avec remise : on remet l'objet tiré, la composition est identique au second tirage, et le tableau est complet — la case R1R1R_1R_1 existe.
  • Sans remise : il y a un objet de moins, la composition a changé. On recompte : les cases R1R1R_1R_1, R2R2R_2R_2 et BBBB disparaissent, il ne reste que 66 issues, et P(deux rouges)=26=13P(\text{deux rouges}) = \dfrac{2}{6} = \dfrac{1}{3}. Recompter, toujours ; ne jamais recopier les nombres du premier tirage.

Dans ce modèle de tirages indépendants, avec remise et mélange, après cinq jetons rouges d'affilée, la probabilité d'un rouge au tirage suivant est exactement la même qu'au premier : l'urne, elle, n'a rien retenu. Croire qu'une couleur « est due » ou qu'une autre « est en série » s'appelle l'illusion du joueur. C'est faux, et c'est le ressort de beaucoup de jeux d'argent.

Fréquence observée et probabilité ne sont pas la même chose. Sur 1010 lancers d'une pièce équilibrée, obtenir 77 « pile » n'a rien d'extraordinaire. Le modèle de répétitions indépendantes à probabilité constante permet une stabilisation des fréquences au sens de la loi des grands nombres ; il ne prédit pas le résultat exact d’une petite série.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : une roue de loterie

Énoncé. Une roue de loterie est partagée en 2525 secteurs identiques : 1010 secteurs rouges, 99 secteurs bleus et 66 secteurs verts. On suppose la roue non biaisée, avec chaque secteur équiprobable et des tours indépendants. On note la couleur du secteur désigné par la flèche à l’arrêt.

1. Justifier l'équiprobabilité. Le modèle suppose une roue non biaisée et des secteurs identiques : chaque secteur a la même probabilité. La seule taille égale des secteurs ne démontrerait pas l’absence de biais mécanique. On peut appliquer la formule des cas favorables. Cette justification n'est pas une formalité de rédaction : sans elle, la formule n'a aucune raison d'être valable.

2. Probabilité d'obtenir un secteur rouge. Cas favorables : les 1010 secteurs rouges. Cas possibles : les 2525 secteurs.

P(rouge)=1025=25=0,4=40 %.P(\text{rouge}) = \frac{10}{25} = \frac{2}{5} = 0{,}4 = 40\ \%.

3. Probabilité de ne pas obtenir un secteur rouge. Par l'événement contraire :

P(pas rouge)=1−0,4=0,6=60 %.P(\text{pas rouge}) = 1 - 0{,}4 = 0{,}6 = 60\ \%.

Vérification par le comptage direct : les secteurs qui ne sont pas rouges sont les 99 bleus et les 66 verts, soit 1515 secteurs, et 1525=0,6\dfrac{15}{25} = 0{,}6. Les deux méthodes concordent.

4. Probabilité d'obtenir un secteur rouge ou un secteur vert. Un secteur ne peut pas être des deux couleurs à la fois : les deux événements sont incompatibles, donc les cas favorables s'ajoutent.

P(rouge ou vert)=10+625=1625=0,64=64 %.P(\text{rouge ou vert}) = \frac{10 + 6}{25} = \frac{16}{25} = 0{,}64 = 64\ \%.

5. Contrôler avec la somme. Les trois couleurs couvrent toutes les issues, et elles sont deux à deux incompatibles :

1025+925+625=2525=1.\frac{10}{25} + \frac{9}{25} + \frac{6}{25} = \frac{25}{25} = 1.

Autrement dit 40 %+36 %+24 %=100 %40\ \% + 36\ \% + 24\ \% = 100\ \%. Si tu ne trouves pas 11, une couleur a été mal comptée.

6. Deux tours de roue, par dénombrement. On fait tourner la roue deux fois. Les tours sont supposés indépendants et chaque secteur garde la même probabilité : le modèle est l’équivalent de tirages uniformes indépendants avec remise. On compte les issues de l'expérience double : 2525 secteurs possibles au premier tour, 2525 au second, donc

25×25=625 issues, toutes de meˆme chance.25 \times 25 = 625 \text{ issues, toutes de même chance.}

Parmi elles, celles qui donnent du rouge aux deux tours sont au nombre de 10×10=10010 \times 10 = 100. D'où

P(rouge puis rouge)=100625=0,16=16 %.P(\text{rouge puis rouge}) = \frac{100}{625} = 0{,}16 = 16\ \%.

Raccourci de vérification : 0,4×0,4=0,160{,}4 \times 0{,}4 = 0{,}16. On retrouve le même nombre sous les hypothèses d’indépendance. Cette leçon privilégie le dénombrement ; respecte la méthode et la justification demandées dans chaque exercice.

7. Ne pas se raconter d'histoires. Supposons que les cinq premiers tours aient tous donné du rouge. La probabilité d'obtenir du rouge au sixième tour vaut toujours 40 %40\ \% : la roue n'a pas changé, elle ne se souvient de rien. Une série passée ne modifie pas la suite.

8. Contrôler la vraisemblance. Toutes les probabilités trouvées sont comprises entre 00 et 11 ; celle de « rouge ou vert » est plus grande que celle de « rouge » seul, ce qui est normal puisqu'on a élargi l'événement ; celle de « rouge puis rouge » est plus petite que celle de « rouge », ce qui est normal aussi puisqu'on a ajouté une exigence. Ces trois contrôles attrapent presque toutes les erreurs de calcul.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : la roue, puis le tableau

Lire la figure, sous les hypothèses de roue non biaisée et de tirages uniformes indépendants énoncées plus haut (fig.math.probability-tree) : deux panneaux, celui de la situation et celui de l'expérience à deux épreuves.

  • Panneau de gauche — la roue. Un disque partagé en 2525 secteurs rigoureusement identiques (chacun de 360÷25=14,4∘360 \div 25 = 14{,}4^\circ), avec une flèche fixe pointant vers le haut. Les 1010 secteurs rouges sont unis, les 99 bleus sont hachurés en diagonale, les 66 verts sont pointillés : la texture double la couleur, pour que la figure reste lisible sans elle. Une légende sous le disque donne, pour chaque couleur, l'effectif, la fraction et le pourcentage : rouge 10/25=40 %10/25 = 40\ \%, bleu 9/25=36 %9/25 = 36\ \%, vert 6/25=24 %6/25 = 24\ \%, et une ligne de total : 25/25=100 %25/25 = 100\ \%.
  • Panneau de droite — dénombrer les deux tours. Un tableau à double entrée sur l'exemple réduit du bloc « Approfondir » : une urne de trois jetons, R1R_1, R2R_2 et BB, tirés avec remise. Trois lignes (premier tirage) et trois colonnes (second tirage) délimitent neuf cases, chacune portant l'issue correspondante, de R1R1R_1R_1 à BBBB. Les quatre cases où les deux jetons sont rouges sont hachurées et portent un liseré épais ; les cinq autres restent blanches. Sous le tableau : « 44 cases favorables sur 99 cases possibles, toutes de même chance : P=49P = \dfrac{4}{9} ».
  • Sous le tableau, un encadré « raccourci », visiblement séparé : « 23×23=49\dfrac{2}{3} \times \dfrac{2}{3} = \dfrac{4}{9} — même résultat en multipliant. Sous indépendance ; un arbre pondéré permet aussi de représenter ce calcul. »
  • Un second encadré de contrôle, sous le disque : « la somme des probabilités de toutes les issues vaut 11 : 0,4+0,36+0,24=10{,}4 + 0{,}36 + 0{,}24 = 1 ».

Ce qu'il faut lire. Le disque montre d'où viennent les nombres : les cas favorables sont des parts du disque, et la formule « favorables sur possibles » est littéralement une proportion d'aire. Le tableau montre que la méthode ne change pas quand il y a deux épreuves : on compte les issues, on compte les favorables, on divise — simplement, il y a désormais neuf issues au lieu de trois. On voit aussi pourquoi la probabilité devient plus petite quand on enchaîne deux conditions : quatre cases sur neuf, c'est moins que deux jetons sur trois.

La figure en détail : à gauche, un disque partagé en 25 secteurs de même taille, dont 10 sont rouges et unis, 9 sont bleus et hachurés, 6 sont verts et pointillés ; une flèche fixe pointe vers le haut ; la légende donne 10 sur 25 égale 40 pour cent, 9 sur 25 égale 36 pour cent, 6 sur 25 égale 24 pour cent, total 100 pour cent. À droite, un tableau à double entrée de trois lignes et trois colonnes, pour une urne de trois jetons R1, R2 et B tirés avec remise : les neuf cases portent les neuf issues, de R1R1 à BB. Les quatre cases où les deux jetons sont rouges sont hachurées. Sous le tableau : quatre cases favorables sur neuf cases possibles, soit une probabilité de 4 sur 9. Un encadré séparé donne le raccourci : deux tiers multipliés par deux tiers égalent quatre neuvièmes, calcul sous indépendance, qui peut aussi être représenté sur un arbre pondéré.

Probabilité : la roue de 25 secteurs, puis le tableau à double entrée de deux tirages — Modèles : roue non biaisée à secteurs équiprobables ; tirages uniformes indépendants avec remise et mélange. Deux panneaux.
Probabilité : la roue de 25 secteurs, puis le tableau à double entrée de deux tirages · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO n°31 du 30 juillet 2020 — programme du cycle 4 (5e, 4e, 3e), « Organisation et gestion de données, fonctions : probabilités »
  • Éduscol — Attendus de fin d'année de 3e et repères annuels de progression, mathématiques, cycle 4 (2019)
  • S. Ross, Initiation aux probabilités, Presses polytechniques et universitaires romandes

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