Aller au contenu principal
ESPRIT VIFSe connecterMon compte

Biologie · Licence 1 · 19 min de lecture

Cinétique michaélienne et inhibitions enzymatiques

Vitesse initiale d'une réaction enzymatique en fonction de la concentration en substrat : hyperbole de saturation, constante de Michaelis KM (concentration pour laquelle la vitesse vaut la moitié de la vitesse maximale) et vitesse maximale, représentation en double inverse, effets d'un inhibiteur compétitif (KM apparent augmenté) et d'un inhibiteur non compétitif (vitesse maximale apparente abaissée).

Chapitre du programme : Biochimie

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : mettre la saturation en équation

En première, tu as observé qu'une enzyme sature : la vitesse initiale augmente d'abord presque proportionnellement à la concentration en substrat, puis de moins en moins, puis plafonne. Tu lisais des rapports de vitesses dans un tableau et tu nommais le régime. On s'arrêtait là, faute d'équation. Cette équation existe, elle est simple, et c'est le point de départ de toute l'enzymologie quantitative.

Équation de Michaelis-Menten. Pour une enzyme michaélienne, la vitesse initiale viv_i de la réaction dépend de la concentration en substrat [S][S] selon

vi=vmax[S]KM+[S].v_i = \frac{v_{max}\,[S]}{K_M + [S]}.

Deux paramètres, et deux seulement, décrivent le couple enzyme-substrat : la vitesse maximale vmaxv_{max}, en quantité de produit par unité de volume et de temps, et la constante de Michaelis KMK_M, qui est une concentration.

Pourquoi cette forme, en une phrase. La transformation passe par un complexe enzyme-substrat : le substrat se fixe sur le site actif, y est transformé, puis les produits sont libérés. La vitesse est donc proportionnelle à la fraction des sites actifs occupés. Quand le substrat est rare, cette fraction est proportionnelle à [S][S] ; quand il abonde, elle tend vers 11, tous les sites travaillent en permanence, et la vitesse plafonne. Le quotient [S]KM+[S]\dfrac{[S]}{K_M + [S]} est exactement cette fraction : il vaut presque [S]KM\dfrac{[S]}{K_M} pour [S][S] petit, et tend vers 11 pour [S][S] grand. La démonstration complète, qui suppose l'état quasi stationnaire du complexe, n'est pas au programme de cette fiche : on utilise l'équation.

Ce que signifie KMK_M, et il faut le savoir par cœur. Fais [S]=KM[S] = K_M dans l'équation :

vi=vmaxKMKM+KM=vmax2.v_i = \frac{v_{max}\,K_M}{K_M + K_M} = \frac{v_{max}}{2}.

KMK_M est la concentration en substrat pour laquelle la vitesse initiale vaut la moitié de la vitesse maximale. C'est une concentration, elle s'exprime en mol/L (en pratique en µmol/L), et jamais en unité de vitesse.

KMK_M et l'affinité : la relation est inversée. Un KMK_M petit signifie que la demi-vitesse est atteinte pour très peu de substrat, donc que l'enzyme se sature vite, donc qu'elle a une forte affinité pour son substrat. Un KMK_M grand signifie l'inverse. C'est contre-intuitif la première fois, et c'est l'erreur la plus fréquente du chapitre : plus KMK_M est grand, plus l'affinité est faible.

vmaxv_{max} n'est jamais atteinte. L'équation donne vi<vmaxv_i < v_{max} pour toute concentration finie : vmaxv_{max} est une limite, l'asymptote horizontale de la courbe. On s'en approche — 90 %90\ \% pour [S]=9KM[S] = 9\,K_M, 99 %99\ \% pour [S]=99KM[S] = 99\,K_M — on ne l'atteint pas. Dire « la vitesse maximale est atteinte à partir de telle concentration » est un abus de langage qu'un correcteur relève.

Deux régimes, deux ordres. Pour [S]KM[S] \ll K_M, l'équation se simplifie en vivmaxKM[S]v_i \approx \dfrac{v_{max}}{K_M}[S] : la vitesse est proportionnelle à la concentration, la réaction se comporte comme une cinétique d'ordre 1 par rapport au substrat. Pour [S]KM[S] \gg K_M, vivmaxv_i \approx v_{max} : la vitesse ne dépend plus de la concentration, la réaction est d'ordre 0. Une même enzyme change donc d'ordre selon la concentration, ce qui n'arrive à aucune réaction chimique simple — et c'est un argument expérimental fort en faveur du mécanisme par complexe.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : l'affinité, et ce que déplace un inhibiteur

Mesurer, c'est inverser. On ne « voit » ni KMK_M ni vmaxv_{max} sur une courbe : on les en extrait. Trois manières, par ordre de rigueur croissante.

Par un couple de valeurs. Si l'on connaît vmaxv_{max} et si l'on a mesuré une vitesse viv_i pour une concentration [S][S], l'équation s'inverse sans difficulté :

vi(KM+[S])=vmax[S]    KM=[S](vmaxvi)vi.v_i\,(K_M + [S]) = v_{max}\,[S] \iff K_M = \frac{[S]\,(v_{max} - v_i)}{v_i}.

De la même façon, la concentration qui donne une vitesse mesurée vaut

[S]=KMvivmaxvi.[S] = \frac{K_M\,v_i}{v_{max} - v_i}.

Ces deux formules ne s'apprennent pas : elles se retrouvent en deux lignes à partir de l'équation, et c'est exactement ce qu'on attend d'un étudiant.

Par la représentation en double inverse. Prends l'inverse des deux membres :

1vi=KM+[S]vmax[S]=KMvmax1[S]+1vmax.\frac{1}{v_i} = \frac{K_M + [S]}{v_{max}\,[S]} = \frac{K_M}{v_{max}}\cdot\frac{1}{[S]} + \frac{1}{v_{max}}.

En portant 1vi\dfrac{1}{v_i} en fonction de 1[S]\dfrac{1}{[S]}, on obtient une droite : ordonnée à l'origine 1vmax\dfrac{1}{v_{max}}, pente KMvmax\dfrac{K_M}{v_{max}}, et abscisse à l'origine 1KM-\dfrac{1}{K_M}. C'est la représentation de Lineweaver-Burk. Son intérêt est de transformer une asymptote — difficile à lire — en une intersection avec un axe, qui se lit. Son défaut, qu'il faut connaître, est que les points de faible concentration, les moins précis, deviennent les plus éloignés et pèsent le plus lourd sur la droite : c'est un outil de lecture graphique, pas une méthode d'ajustement moderne.

Par saturation croissante. On peut aussi lire vmaxv_{max} sur le plateau expérimental, puis KMK_M à mi-hauteur. C'est la lecture la plus directe, la moins précise, et celle que la figure de cette leçon illustre.

Les inhibiteurs : deux façons d'éteindre une enzyme. Un inhibiteur est une molécule qui diminue l'activité enzymatique. Deux mécanismes sont au programme, et ils se distinguent par ce qu'ils changent dans l'équation.

Inhibiteur compétitif. Il ressemble au substrat et se fixe sur le site actif, dont il occupe la place. Substrat et inhibiteur se disputent le même site : c'est une compétition, et le substrat peut la gagner s'il est assez abondant. Conséquences :

  • il faut plus de substrat pour atteindre la demi-vitesse : KMK_M apparent augmente ;
  • avec assez de substrat, l'inhibiteur est chassé du site : vmaxv_{max} est inchangée. Quantitativement, en notant [I][I] la concentration de l'inhibiteur et KiK_i sa constante d'inhibition,
KMapp=KM(1+[I]Ki),vmaxapp=vmax.K_M^{\text{app}} = K_M\left(1 + \frac{[I]}{K_i}\right), \qquad v_{max}^{\text{app}} = v_{max}.

Inhibiteur non compétitif. Il se fixe ailleurs que sur le site actif, sur l'enzyme libre comme sur le complexe enzyme-substrat, et déforme la protéine de sorte qu'elle ne catalyse plus. Ajouter du substrat n'y change rien : l'inhibiteur n'occupe pas sa place. Conséquences symétriques :

  • l'affinité du site actif est intacte : KMK_M est inchangé ;
  • une fraction des molécules d'enzyme est hors service en permanence : vmaxv_{max} apparente diminue.
KMapp=KM,vmaxapp=vmax1+[I]Ki.K_M^{\text{app}} = K_M, \qquad v_{max}^{\text{app}} = \frac{v_{max}}{1 + \dfrac{[I]}{K_i}}.

Le facteur 1+[I]Ki1 + \dfrac{[I]}{K_i} est le même dans les deux cas ; c'est la grandeur sur laquelle il agit qui change. Retiens la logique plutôt que les deux formules : compétitif, on peut le noyer sous le substrat ; non compétitif, non.

Sur les deux graphiques. En double inverse, la distinction saute aux yeux : un inhibiteur compétitif change la pente sans changer l'ordonnée à l'origine — les droites se coupent sur l'axe des ordonnées, en 1vmax\dfrac{1}{v_{max}} ; un inhibiteur non compétitif change l'ordonnée à l'origine sans changer l'abscisse à l'origine — les droites se coupent sur l'axe des abscisses, en 1KM-\dfrac{1}{K_M}. C'est ainsi qu'on identifie expérimentalement le type d'un inhibiteur, alors que l'hyperbole seule laisse hésiter.

Pourquoi cela compte au-delà de l'examen. Beaucoup de médicaments sont des inhibiteurs enzymatiques, et le type d'inhibition décide de la stratégie : un inhibiteur compétitif voit son effet s'effondrer quand la concentration du substrat physiologique augmente, un inhibiteur non compétitif non. Le méthanol et l'éthanol se disputent l'alcool déshydrogénase — c'est une compétition, et c'est le principe du traitement de l'intoxication au méthanol.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : quatre lectures d'une même courbe

Énoncé. Une solution purifiée de catalase catalyse la décomposition du peroxyde d'hydrogène en eau et dioxygène. À 2525 °C, une étude cinétique de cette préparation donne KM=200K_M = 200 µmol/L et vmax=120v_{max} = 120 µmol/(L·min). (Ces deux valeurs décrivent la préparation de l'énoncé ; ce ne sont pas des valeurs relevées dans la littérature.)

  1. Quelle est la vitesse initiale pour [S]=600[S] = 600 µmol/L ?
  2. Quelle concentration en substrat donne une vitesse initiale de 4040 µmol/(L·min) ?
  3. On ne connaît plus KMK_M, mais on a mesuré vi=90v_i = 90 µmol/(L·min) pour [S]=600[S] = 600 µmol/L, et on sait que vmax=120v_{max} = 120 µmol/(L·min). Retrouver KMK_M.
  4. On ajoute un inhibiteur de constante Ki=20K_i = 20 µmol/L à la concentration [I]=20[I] = 20 µmol/L. Donner les valeurs apparentes de KMK_M et de vmaxv_{max}, selon que l'inhibiteur est compétitif ou non compétitif.

---

1. Appliquer l'équation.

vi=vmax[S]KM+[S]=120×600200+600=72000800=90 µmol/(L⋅min).v_i = \frac{v_{max}\,[S]}{K_M + [S]} = \frac{120 \times 600}{200 + 600} = \frac{72\,000}{800} = 90\ \text{µmol/(L·min)}.

Lecture : [S]=600=3KM[S] = 600 = 3\,K_M, donc la fraction de sites occupés vaut 33+1=34\dfrac{3}{3+1} = \dfrac{3}{4}, et la vitesse vaut 75 %75\ \% de vmaxv_{max} — ce que confirme 90120=0,75\dfrac{90}{120} = 0{,}75. Le substrat est en excès devant KMK_M : l'enzyme travaille près de son plateau, sans y être.

2. Inverser l'équation. On part de la définition, on ne récite pas une formule :

40=120[S]200+[S]    40(200+[S])=120[S]    8000=80[S]    [S]=100 µmol/L.40 = \frac{120\,[S]}{200 + [S]} \iff 40\,(200 + [S]) = 120\,[S] \iff 8\,000 = 80\,[S] \iff [S] = 100\ \text{µmol/L}.

Contrôle : 120×100200+100=12000300=40\dfrac{120 \times 100}{200 + 100} = \dfrac{12\,000}{300} = 40. \checkmark Lecture : 4040 est le tiers de vmaxv_{max}, et la concentration obtenue vaut la moitié de KMK_M — cohérent, puisque la demi-saturation demande [S]=KM[S] = K_M et qu'on est en dessous.

3. Remonter à KMK_M.

vi(KM+[S])=vmax[S]    KM=[S](vmaxvi)vi=600×(12090)90=600×3090=200 µmol/L.v_i\,(K_M + [S]) = v_{max}\,[S] \implies K_M = \frac{[S]\,(v_{max} - v_i)}{v_i} = \frac{600 \times (120 - 90)}{90} = \frac{600 \times 30}{90} = 200\ \text{µmol/L}.

On retrouve bien la valeur de l'énoncé, et l'unité est une concentration : si ton résultat sortait en µmol/(L·min), c'est que vmaxviv_{max} - v_i et viv_i n'ont pas été mis au bon endroit.

4. Les deux inhibitions. Le facteur d'inhibition vaut

1+[I]Ki=1+2020=2.1 + \frac{[I]}{K_i} = 1 + \frac{20}{20} = 2.
  • Inhibiteur compétitif : il occupe le site actif, un excès de substrat l'en déloge.
KMapp=200×2=400 µmol/L,vmaxapp=120 µmol/(L⋅min) (inchangeˊe).K_M^{\text{app}} = 200 \times 2 = 400\ \text{µmol/L}, \qquad v_{max}^{\text{app}} = 120\ \text{µmol/(L·min)} \ \text{(inchangée)}.
  • Inhibiteur non compétitif : il se fixe ailleurs, le substrat ne peut pas le chasser.
KMapp=200 µmol/L (inchangeˊ),vmaxapp=1202=60 µmol/(L⋅min).K_M^{\text{app}} = 200\ \text{µmol/L} \ \text{(inchangé)}, \qquad v_{max}^{\text{app}} = \frac{120}{2} = 60\ \text{µmol/(L·min)}.

Ce que cela donne à [S]=600[S] = 600 µmol/L. Sans inhibiteur, 9090 µmol/(L·min). Avec le compétitif : 120×600400+600=720001000=72\dfrac{120 \times 600}{400 + 600} = \dfrac{72\,000}{1\,000} = 72 µmol/(L·min), soit 60 %60\ \% de vmaxv_{max} au lieu de 75 %75\ \%. Avec le non compétitif : 60×600200+600=36000800=45\dfrac{60 \times 600}{200 + 600} = \dfrac{36\,000}{800} = 45 µmol/(L·min), soit exactement la moitié de la vitesse sans inhibiteur. Et si l'on portait [S][S] à 60006\,000 µmol/L, le compétitif ne coûterait presque plus rien (120×60006400=112,5\dfrac{120 \times 6\,000}{6\,400} = 112{,}5, contre 120×60006200116\dfrac{120 \times 6\,000}{6\,200} \approx 116 sans lui), tandis que le non compétitif resterait borné par 6060 (60×6000620058\dfrac{60 \times 6\,000}{6\,200} \approx 58), quelle que soit la concentration ajoutée. C'est là, et nulle part ailleurs, que les deux inhibitions se distinguent vraiment.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : l'hyperbole et ses deux paramètres

Figure (fig.biology.michaelis-menten, SVG programmatique à produire) : deux panneaux, la même préparation vue de deux façons.

  • Panneau gauche — l'hyperbole de saturation. Axe horizontal : [S][S] en µmol/L, gradué de 00 à 14001\,400, à partir de zéro. Axe vertical : viv_i en µmol/(L·min), gradué de 00 à 130130. La courbe vi=120[S]200+[S]v_i = \dfrac{120\,[S]}{200 + [S]} part de l'origine, monte, s'incurve et s'aplatit. Une droite horizontale en tirets à vi=120v_i = 120 porte « vmax=120v_{max} = 120 : asymptote, jamais atteinte ». Une seconde horizontale en pointillés à vi=60v_i = 60 coupe la courbe en un point marqué d'un disque, d'où descend une verticale jusqu'à l'axe des abscisses en [S]=200[S] = 200, étiquetée « KM=200K_M = 200 µmol/L : la concentration de la DEMI-vitesse ». Deux zones hachurées différemment sous la courbe : à gauche de KMK_M, « ordre 1 : viv_i presque proportionnelle à [S][S] » ; loin à droite, « ordre 0 : viv_i presque indépendante de [S][S] ». Un troisième point marque ([S]=600 ; vi=90)([S] = 600\ ;\ v_i = 90), avec l'étiquette « 3KM3\,K_M : 75 %75\ \% de vmaxv_{max} ».
  • Panneau droit — la représentation en double inverse. Axe horizontal 1[S]\dfrac{1}{[S]}, axe vertical 1vi\dfrac{1}{v_i}, tous deux gradués, et l'axe horizontal prolongé du côté négatif pour que l'abscisse à l'origine soit visible. Trois droites, chacune étiquetée le long de son tracé et distinguée par son style de trait autant que par sa teinte : (1) trait plein, « sans inhibiteur », de pente KMvmax\dfrac{K_M}{v_{max}}, coupant l'axe vertical en 1120\dfrac{1}{120} et l'axe horizontal en 1200-\dfrac{1}{200} ; (2) tirets, « inhibiteur compétitif », pente doublée, même ordonnée à l'origine, abscisse à l'origine en 1400-\dfrac{1}{400} ; (3) pointillés, « inhibiteur non compétitif », ordonnée à l'origine doublée en 160\dfrac{1}{60}, même abscisse à l'origine 1200-\dfrac{1}{200}. Deux cartouches : « compétitif : elles se coupent sur l'axe des ordonnées — vmaxv_{max} intacte » et « non compétitif : elles se coupent sur l'axe des abscisses — KMK_M intact ».
  • Bandeau du bas — les deux mécanismes. Deux petits schémas d'enzyme. À gauche : le substrat et une molécule de forme voisine se présentent tous deux devant la même cavité, l'une entrant, l'autre attendant ; mention « compétitif : même site, un excès de substrat le déloge ». À droite : le substrat est dans la cavité, mais une autre molécule s'est fixée sur un second site à l'écart et la cavité est représentée déformée ; mention « non compétitif : autre site, le substrat n'y peut rien ».

Ce qu'il faut lire. À gauche, KMK_M se lit sur l'axe des concentrations, à mi-hauteur du plateau : c'est le dessin qui empêche de le confondre avec une vitesse. À droite, deux droites qui se croisent sur un axe disent lequel des deux paramètres l'inhibiteur a laissé intact — c'est le seul tracé qui identifie le type d'inhibition, et c'est pour cela qu'on le trace encore.

La figure en détail : la figure comprend deux graphiques et deux schémas. Le premier graphique porte la vitesse initiale d'une réaction enzymatique en fonction de la concentration en substrat, les deux axes partant de zéro : la courbe monte depuis l'origine, s'incurve et s'aplatit sans jamais atteindre une droite horizontale qui figure la vitesse maximale. Une seconde horizontale, placée à la moitié de cette vitesse maximale, coupe la courbe en un point dont on descend jusqu'à l'axe des concentrations : l'abscisse ainsi obtenue est la constante de Michaelis. Deux zones sous la courbe distinguent le domaine où la vitesse est presque proportionnelle à la concentration et celui où elle en est presque indépendante. Le second graphique porte l'inverse de la vitesse en fonction de l'inverse de la concentration : trois droites y figurent, celle de l'enzyme seule, celle obtenue avec un inhibiteur qui occupe le site actif — de pente plus forte mais coupant l'axe vertical au même endroit — et celle obtenue avec un inhibiteur fixé ailleurs sur l'enzyme — coupant l'axe vertical plus haut mais l'axe horizontal au même endroit. En bas, deux schémas montrent, pour le premier type d'inhibiteur, deux molécules se présentant devant la même cavité de l'enzyme, et pour le second, une molécule fixée sur un site distinct qui déforme la cavité alors que le substrat y est déjà.

Cinétique de Michaelis-Menten : l'hyperbole de saturation, la représentation en double inverse et les deux types d'inhibition — Deux graphiques et deux schémas. Graphique de gauche : la vitesse initiale v_i, en micromoles par litre et par…

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu'il faut retenir

  • E+SESE+Pvi=vmax[S]KM+[S]\text{E} + \text{S} \rightleftharpoons \text{ES} \longrightarrow \text{E} + \text{P} \qquad v_i = \frac{v_{max}\,[\text{S}]}{K_M + [\text{S}]}
  • [S]=KM    vi=vmax2lim[S]+vi=vmax (jamais atteinte)[\text{S}] = K_M \iff v_i = \frac{v_{max}}{2} \qquad \lim_{[\text{S}] \to +\infty} v_i = v_{max}\ \text{(jamais atteinte)}
  • KM=[S](vmaxvi)vi[S]=KMvivmaxviK_M = \frac{[\text{S}]\,(v_{max} - v_i)}{v_i} \qquad [\text{S}] = \frac{K_M\,v_i}{v_{max} - v_i}
  • 1vi=KMvmax1[S]+1vmax(droite : pente KMvmax, ordonneˊaˋ l’origine 1vmax)\frac{1}{v_i} = \frac{K_M}{v_{max}}\cdot\frac{1}{[\text{S}]} + \frac{1}{v_{max}} \quad \text{(droite : pente } \tfrac{K_M}{v_{max}}\text{, ordonnée à l'origine } \tfrac{1}{v_{max}}\text{)}
  • compeˊtitif : KMapp=KM(1+[I]Ki), vmaxapp=vmax\text{compétitif : } K_M^{\text{app}} = K_M\left(1 + \frac{[\text{I}]}{K_i}\right),\ v_{max}^{\text{app}} = v_{max}
  • non compeˊtitif : KMapp=KM, vmaxapp=vmax1+[I]Ki\text{non compétitif : } K_M^{\text{app}} = K_M,\ v_{max}^{\text{app}} = \frac{v_{max}}{1 + \dfrac{[\text{I}]}{K_i}}
Tableau : Grandeur ou énoncé, Contenu, Unité
Grandeur ou énoncéContenuUnité
vmaxv_{max}vitesse limite, atteinte quand tous les sites actifs travaillent en permanenceµmol/(L·min)
KMK_Mconcentration en substrat donnant la demi-vitesse maximaleµmol/L
AffinitéKMK_M petit \Rightarrow affinité forte ; KMK_M grand \Rightarrow affinité faible
Régime dilué[S]KM[S] \ll K_M : vivmaxKM[S]v_i \approx \dfrac{v_{max}}{K_M}[S], ordre 1
Régime saturé[S]KM[S] \gg K_M : vivmaxv_i \approx v_{max}, ordre 0
Double inversedroite de pente KMvmax\dfrac{K_M}{v_{max}}, abscisse à l'origine 1KM-\dfrac{1}{K_M}
Inhibiteur compétitifsite actif ; KMK_M apparent augmenté, vmaxv_{max} intacte ; effet levé par un excès de substrat
Inhibiteur non compétitifautre site ; KMK_M intact, vmaxv_{max} apparente abaissée ; excès de substrat sans effet

Quelques repères chiffrés. [S]=KM[S] = K_M donne 50 %50\ \% de vmaxv_{max} ; [S]=3KM[S] = 3\,K_M donne 75 %75\ \% ; [S]=9KM[S] = 9\,K_M donne 90 %90\ \% ; [S]=99KM[S] = 99\,K_M donne 99 %99\ \%. Ces quatre valeurs se recalculent en une ligne avec [S]/KM1+[S]/KM\dfrac{[S]/K_M}{1 + [S]/K_M}, et elles suffisent à contrôler tout résultat : une vitesse annoncée supérieure à vmaxv_{max}, ou égale à vmaxv_{max}, est fausse.

Ce qui n'est pas dans cette leçon. La démonstration de l'équation par l'état quasi stationnaire, la distinction entre KMK_M et la constante de dissociation du complexe, la constante catalytique et l'efficacité catalytique, l'ajustement statistique d'une droite de double inverse, les inhibitions incompétitive et mixte, l'allostérie et la coopérativité. La détermination expérimentale du type d'un inhibiteur est évoquée par les graphiques ; elle demande un jeu complet de mesures, que les exercices de cette fiche donnent au lieu de le faire construire.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Lire KMK_M comme une vitesse. C'est une concentration : celle pour laquelle la vitesse vaut la moitié de la vitesse maximale. Une réponse en µmol/(L·min) pour un KMK_M est fausse avant même d'être lue. Le contrôle d'unité règle la question en deux secondes.
  2. Croire qu'un KMK_M élevé traduit une forte affinité. C'est l'inverse : il faut alors beaucoup de substrat pour saturer l'enzyme, donc l'affinité est faible. La formulation qui protège : « KMK_M mesure la quantité de substrat qu'il faut pour occuper la moitié des sites ; plus il en faut, moins l'enzyme est avide ».
  3. Dire que vmaxv_{max} est atteinte à partir d'une certaine concentration. C'est une limite, une asymptote. On dit « la vitesse atteint 95 %95\ \% de vmaxv_{max} », jamais « la vitesse est maximale à partir de tant ». Une vitesse calculée égale à vmaxv_{max} signale une erreur de calcul.
  4. Attribuer à un inhibiteur compétitif une baisse de vmaxv_{max}. Il occupe le site actif, mais un excès de substrat l'en déloge : vmaxv_{max} est intacte, c'est KMK_M apparent qui augmente. C'est la faute que les exercices à choix multiples de cette fiche proposent systématiquement, parce qu'elle est systématiquement commise.
  5. Croire qu'un inhibiteur non compétitif se combat avec du substrat. Il n'est pas sur le site actif : en ajouter ne le déplace pas. KMK_M ne bouge pas, vmaxv_{max} baisse, et rien n'y fait.
  6. Confondre vitesse initiale et vitesse moyenne. La vitesse initiale se lit sur la pente à l'origine de la courbe « quantité de produit en fonction du temps », avant que le substrat ne s'appauvrisse et que le produit ne s'accumule. Une vitesse moyenne sur toute la durée du dosage est toujours plus petite, et l'équation de Michaelis-Menten ne s'y applique pas.
  7. Inverser numérateur et dénominateur en isolant KMK_M. KM=[S](vmaxvi)viK_M = \dfrac{[S]\,(v_{max} - v_i)}{v_i} : au numérateur la concentration et l'écart des vitesses, au dénominateur la vitesse mesurée. Le contrôle est immédiat — le résultat doit être une concentration, et il doit augmenter quand viv_i diminue à [S][S] fixée.
  8. Traiter la droite de double inverse comme une simple commodité. Elle change la géométrie des erreurs de mesure : les points de faible concentration, les moins fiables, s'y retrouvent les plus éloignés de l'origine et tirent la droite. C'est un outil de lecture et de diagnostic du type d'inhibition, pas une méthode d'ajustement précise.
  9. Oublier de vérifier l'ordre de grandeur du rapport [S]/KM[S]/K_M. Ce seul rapport dit tout : [S]/KM1+[S]/KM\dfrac{[S]/K_M}{1 + [S]/K_M} est la fraction de vmaxv_{max} atteinte. Si le rapport vaut 33 et que la vitesse trouvée n'est pas voisine des trois quarts de vmaxv_{max}, le calcul est faux.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : remonter à la concentration en substrat

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon décrit une préparation enzymatique réelle — catalase et peroxyde d'hydrogène, uréase et urée, lysozyme et peptidoglycane, et d'autres — dont il donne deux des trois grandeurs KMK_M, vmaxv_{max}, [S][S], et demande la troisième, ou bien le pourcentage de la vitesse maximale atteint. Les valeurs sont construites pour que la réponse soit entière ; l'équation, elle, n'est jamais rappelée dans l'énoncé. Un modèle voisin, à choix multiples, donne le type d'un inhibiteur, sa constante et sa concentration, et demande le couple des valeurs apparentes de KMK_M et de vmaxv_{max} : c'est la question n° 4 de l'exemple guidé, sous forme de choix.

Énoncé type. Une solution purifiée d'uréase catalyse l'hydrolyse de l'urée en ammoniac et en dioxyde de carbone. À 3030 °C, cette préparation est caractérisée par KM=300K_M = 300 µmol/L et vmax=200v_{max} = 200 µmol/(L·min). Pour quelle concentration en urée mesure-t-on une vitesse initiale de 150150 µmol/(L·min) ?

Corrigé complet.

1. Écrire l'équation avec les données.

vi=vmax[S]KM+[S]donne150=200[S]300+[S].v_i = \frac{v_{max}\,[S]}{K_M + [S]} \quad \text{donne} \quad 150 = \frac{200\,[S]}{300 + [S]}.

2. Isoler [S][S]. On multiplie les deux membres par 300+[S]300 + [S], qui est strictement positif :

150(300+[S])=200[S]    45000+150[S]=200[S]    45000=50[S]    [S]=900 µmol/L.150\,(300 + [S]) = 200\,[S] \iff 45\,000 + 150\,[S] = 200\,[S] \iff 45\,000 = 50\,[S] \iff [S] = 900\ \text{µmol/L}.

3. Contrôler en revenant à l'équation.

200×900300+900=1800001200=150 µmol/(L⋅min).\frac{200 \times 900}{300 + 900} = \frac{180\,000}{1\,200} = 150\ \text{µmol/(L·min)}. \quad \checkmark

4. Lire le résultat. La vitesse demandée vaut 150200=75 %\dfrac{150}{200} = 75\ \% de la vitesse maximale, et la concentration trouvée vaut 900300=3KM\dfrac{900}{300} = 3\,K_M : on retrouve le repère 33+1=34\dfrac{3}{3+1} = \dfrac{3}{4}. L'urée est en large excès devant KMK_M, l'enzyme travaille près de son plateau — sans l'atteindre, puisque 150<200150 < 200.

Réponse : [S]=900[S] = 900 µmol/L, soit trois fois KMK_M.

Auto-contrôle. Ma réponse est-elle une concentration ? Est-elle cohérente avec le rapport attendu — une vitesse aux trois quarts de vmaxv_{max} exige environ trois fois KMK_M ? Et ai-je vérifié que la vitesse demandée est bien inférieure à vmaxv_{max}, sans quoi aucune concentration finie n'aurait convenu ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de BCPST 1re année (SVT et mathématiques), thème « Structures et fonctions des molécules du vivant » : les enzymes, catalyseurs du vivant (cinétique michaélienne, inhibiteurs)
  • D. Voet, J. G. Voet, Biochimie, De Boeck — chapitre sur la cinétique enzymatique (équation de Michaelis-Menten, représentation en double inverse, inhibitions)
  • N. Campbell, J. Reece et al., Biologie, Pearson — chapitre « Introduction au métabolisme » (activité enzymatique, inhibiteurs compétitifs et non compétitifs)

Continuer

Autres leçons — Biologie