Aller au contenu principal

Chimie · Licence 1 · 17 min de lecture

La RMN du proton : lire un spectre, retrouver la molécule

Déplacement chimique, protons équivalents, intégration, multiplicité (règle des n + 1 voisins), attribution d'un spectre simple.

Chapitre du programme : Chimie organique : méthodes spectroscopiques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : un signal par environnement de proton

Les bandes caractéristiques du schéma IR étudié apportent des indices de groupes, sans suffire seules à déterminer tout leur agencement. Un spectre IR complet, comparé à des références, peut aussi contribuer à identifier une molécule. La RMN du proton ajoute d’autres contraintes : environnements d’hydrogène, rapports d’intégration et couplages, dans les conditions de lecture précisées ici.

Le fait mesuré. Placé dans un champ magnétique intense, le noyau d'hydrogène absorbe une onde radio à une fréquence précise, dite de résonance. Cette fréquence dépend très légèrement de l'entourage électronique du proton : les électrons voisins font écran au champ. Un proton entouré d'atomes électronégatifs (O, Cl) ou proche d'un C=O est déblindé : il résonne à une fréquence un peu plus élevée. Ces écarts sont minuscules — quelques centaines de hertz sur des centaines de mégahertz — et c'est pourquoi on les exprime en parties par million de la fréquence de l'appareil.

Déplacement chimique. On mesure l'écart de fréquence entre le signal du proton et celui d'une référence, le tétraméthylsilane (TMS, Si(CH3)4\mathrm{Si(CH_3)_4}, dont les douze protons équivalents donnent un seul signal fixé à 00), et on le rapporte à la fréquence de l'appareil :

δ=ν−νTMSν0×106(en ppm).\delta = \frac{\nu - \nu_{\mathrm{TMS}}}{\nu_{0}} \times 10^{6} \quad (\text{en ppm}).

À conditions chimiques comparables, le déplacement chimique ne dépend pas du champ de l’appareil : un proton à δ=2,5\delta = 2{,}5 ppm y est à 10001000 Hz du TMS sur un spectromètre à 400400 MHz et à 150150 Hz sur un appareil à 6060 MHz — la même valeur de δ\delta pour deux écarts en hertz différents. C'est ce qui permet de publier des tables.

Protons équivalents, nombre de signaux. Deux protons sont équivalents s'ils ont exactement le même environnement chimique — une symétrie ou un mouvement suffisamment rapide peuvent échanger leurs environnements dans les conditions étudiées. Être sur un même carbone ne suffit pas à garantir cette équivalence ; les deux H d’un CH2 peuvent être diastéréotopiques. Les protons équivalents résonnent au même δ\delta et contribuent au même signal. Dans un spectre résolu sans superposition accidentelle et où tous les groupes sont observables, le nombre de signaux est le nombre de groupes de protons équivalents, pas nécessairement le nombre de protons. Dans le modèle simple retenu, le bromoéthane CH3−CH2−Br\mathrm{CH_3{-}CH_2{-}Br} a cinq protons et deux environnements : trois H du méthyle et deux H du méthylène. Le benzène C6H6\mathrm{C_6H_6} a six protons équivalents par symétrie et un signal dans les conditions usuelles : le nombre total de H ne fixe donc pas le nombre de signaux.

La table, donnée. Les zones de déplacement chimique les plus utiles, telles qu'un énoncé les fournit :

Tableau : Environnement du proton, \delta (ppm)
Environnement du protonδ\delta (ppm)
H porté par un carbone lié seulement à des carbones saturés0,80{,}8 à 2,02{,}0
H porté par un carbone voisin d'un C=O (cétone, acide, ester, aldéhyde)2,02{,}0 à 2,52{,}5
H porté par un carbone lié à un O (alcool, éther, ester)3,23{,}2 à 4,24{,}2
H porté par un carbone lié à un Cl3,43{,}4 à 4,54{,}5
H du groupe H–C=O d'un aldéhyde9,59{,}5 à 10,010{,}0
H du groupe O–H d'un acide carboxylique1010 à 1212
H du groupe O–H d'un alcool (singulet souvent large)11 à 55

Lisez-la comme une table de repères approximatifs, non de bornes exhaustives. Le déblindage dépend de l’environnement électronique et ne se déduit pas de la seule distance à un atome électronégatif. La table sert de donnée au dossier, sans exclure des valeurs réelles voisines hors de ces plages.

Intégration. Sous des conditions d’acquisition et d’intégration adaptées, l’aire d’un signal est proportionnelle au nombre de protons qui le produisent. L'appareil trace une courbe d'intégration ; on lit des rapports d'aires, jamais des nombres absolus. Dans le bromoéthane, les aires des deux groupes sont dans le rapport 3:23:2. Un rapport 3:23:2 peut aussi être présenté par les nombres 6:46:4 : c'est la formule brute qui tranche.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : la multiplicité, ou compter les voisins

Le couplage. Un proton « sent » le champ magnétique des protons portés par les atomes voisins — ceux liés à l'atome qui le porte. Chaque proton voisin peut être orienté dans un sens ou dans l'autre, ce qui décale très légèrement la résonance vers le haut ou vers le bas. Le signal se dédouble, se détriple… il s'éclate en plusieurs pics rapprochés.

Règle des n+1n + 1. Un groupe de protons équivalents dont les atomes voisins portent nn protons, équivalents entre eux, donne un signal éclaté en n+1n + 1 pics. Les protons du groupe lui-même ne comptent pas.

Sur le bromoéthane, le méthyle voit les deux H du méthylène : son signal est un triplet. Le méthylène voit les trois H du méthyle : son signal est un quadruplet dans le modèle de premier ordre. Retenez le vocabulaire : singulet (un pic), doublet (deux), triplet (trois), quadruplet (quatre), quintuplet (cinq), sextuplet (six), septuplet (sept).

Les intensités relatives des raies du multiplet de premier ordre (et leurs hauteurs si leurs largeurs sont comparables) ne sont pas quelconques : elles suivent le triangle de Pascal, parce que chaque configuration des nn voisins a un poids binomial. Doublet 1:11 : 1 ; triplet 1:2:11 : 2 : 1 ; quadruplet 1:3:3:11 : 3 : 3 : 1 ; quintuplet 1:4:6:4:11 : 4 : 6 : 4 : 1 ; septuplet 1:6:15:20:15:6:11 : 6 : 15 : 20 : 15 : 6 : 1. Les pics extrêmes d'un septuplet sont soixante-quatre fois plus petits que la somme : on les rate facilement, et un septuplet ressemble alors à un quintuplet. Compter les pics et vérifier les intensités évite l'erreur.

Constante de couplage. L'écart entre deux pics voisins d'un même signal est la constante de couplage JJ, mesurée en hertz. Comme δ\delta exprimé en ppm, JJ exprimée en hertz ne dépend pas du champ de l’appareil : sur un spectre à 400400 MHz, un couplage de 77 Hz occupe 7/400≈0,0187/400 \approx 0{,}018 ppm ; sur un appareil à 6060 MHz, 7/60≈0,127/60 \approx 0{,}12 ppm. Un appareil plus puissant sépare donc mieux les signaux (les δ\delta s'écartent en hertz) sans changer les multiplets (les JJ restent en hertz). C'est aussi une méthode : deux groupes réellement couplés ont la même constante JJ ; une égalité de JJ est un indice de connexion, pas une preuve exclusive.

Quand la règle des n+1n + 1 s’applique. Dans le cadre de premier ordre retenu, les écarts de fréquences entre groupes couplés sont grands devant leurs couplages. Elle suppose que tous les voisins sont équivalents entre eux. Si un groupe a des voisins de deux sortes — un CH2\mathrm{CH_2} entre un CH3\mathrm{CH_3} et un autre CH2\mathrm{CH_2} —, chaque sorte éclate le signal à sa manière, et l'on obtient un multiplet plus complexe ; si les deux couplages sont voisins, on observe un sextuplet apparent (3+2+13 + 2 + 1). Les exercices de ce chapitre retiennent un modèle de premier ordre et des conditions où cette règle est applicable ; sachez qu'elle a une limite.

Le proton de l'O–H. Dans les conditions d’échange rapide retenues pour les exercices, le proton hydroxyle s’échange avec le milieu. Ce régime dépend notamment du solvant, de la température et des impuretés ; en échange lent, un couplage OH peut être observable. Ce qu'on observe est une moyenne : le couplage avec les protons du carbone voisin est moyenné et disparaît — l'O–H donne un singulet, souvent large, et n'éclate pas les signaux voisins. Preuve par l'échange : si l'on ajoute une goutte d'eau lourde D2O\mathrm{D_2O}, le proton est remplacé par un deutérium, invisible en RMN du proton, et le signal disparaît. Dans le corpus simple étudié, cette disparition aide à repérer les protons échangeables O–H ou N–H ; elle n’est pas une preuve universelle de l’un de ces seuls groupes. Retenez la convention des énoncés : l'O–H ne couple avec personne et n'est compté comme voisin par personne.

La méthode d'attribution, en cinq gestes.

  1. Compter les signaux : autant de groupes de protons équivalents.
  2. Lire les intégrations : le rapport donne les effectifs (à un facteur près, fixé par la formule brute).
  3. Placer chaque signal dans une zone de la table : quel atome déblinde ?
  4. Lire les multiplicités : n+1n + 1 pics signifient nn protons voisins.
  5. Assembler les fragments et vérifier que la formule brute est respectée.

Des informations complémentaires. Dans notre schéma IR, les principales bandes renseignent surtout sur les groupes choisis. Dans un dossier plus complet, l’IR peut être comparé à une référence ; la RMN apporte quant à elle des contraintes d’environnement et de couplage. Leur interprétation croisée peut aider à établir une structure, sans promettre qu’un seul indice suffise.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : comparer deux appareils

Dossier de contrôle. Deux laboratoires observent, dans les mêmes conditions chimiques, un signal situé à 2,52{,}5 ppm. Le premier utilise un appareil à 400400 MHz, le second à 6060 MHz. Le couplage observé vaut 77 Hz dans les deux cas. Un compte rendu affirme que l’appareil à champ plus élevé a changé la structure puisque l’écart au TMS en hertz n’est plus le même.

1. Calculer les écarts en hertz. À 400400 MHz, 2,52{,}5 ppm correspond à 10001000 Hz ; à 6060 MHz, à 150150 Hz. La différence de ces écarts est attendue : ce n’est pas une preuve de changement de structure.

2. Comparer le couplage. Les 77 Hz correspondent à environ 0,01750{,}0175 ppm sur le premier appareil et 0,11670{,}1167 ppm sur le second. Une largeur en ppm qui varie ne signifie donc pas que JJ a changé.

3. Corriger la conclusion. Dans le cadre usuel, δ\delta en ppm et JJ en hertz permettent des comparaisons entre appareils ; les distances en hertz entre signaux de déplacements différents et les distances en ppm entre raies d’un couplage ne suivent pas la même règle. Ces seules mesures ne suffisent pas à démontrer l’identité d’une molécule, mais elles ne justifient pas le changement de structure allégué.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : ce que l'IR montre, ce que la RMN ajoute

Figure (fig.chemistry.ir-spectroscopy, figure programmatique de la leçon de première sur la spectroscopie infrarouge, réutilisée ici comme point de comparaison) : deux spectres infrarouges schématiques superposés, qui partagent le même axe horizontal — le nombre d'onde, de 40004000 à 400 cm−1400\ \mathrm{cm^{-1}}, décroissant vers la droite — et le même axe vertical de transmittance (00 à 100100 %, une absorption est un creux vers le bas). Trois bandes verticales grisées repèrent les zones O–H d'alcool (32003200 à 36003600), C–H (28002800 à 30003000) et C=O (16501650 à 1750 cm−11750\ \mathrm{cm^{-1}}).

  • Spectre du haut, butan-1-ol CH3−CH2−CH2−CH2−OH\mathrm{CH_3{-}CH_2{-}CH_2{-}CH_2{-}OH} : un creux large et profond vers 33503350 (O–H), un creux fin vers 29502950 (C–H), rien dans la zone C=O. Le cartouche borne sa lecture : « dans ce schéma : pas de carbonyle ».
  • Spectre du bas, butan-2-one CH3−CO−CH2−CH3\mathrm{CH_3{-}CO{-}CH_2{-}CH_3} : un creux fin et très profond vers 17151715 (C=O), rien au-dessus de 30003000. Cartouche : « dans ce modèle : pas de O–H ».
  • Le cartouche du bas indique : « Dans ce schéma, la seule bande C=O ne suffit pas à distinguer aldéhyde et cétone. » Leurs positions réelles ne sont pas nécessairement identiques ; le second rappel précise qu’un spectre IR complet peut contribuer à identifier une molécule par comparaison avec une référence.

Ce qu'il faut y lire pour cette leçon. L'IR sait qu'il y a un O–H dans la première molécule et un C=O dans la seconde. Ce schéma limité aux principales bandes ne détermine pas à lui seul la longueur de chaîne ni la position du carbonyle. La RMN du proton peut apporter des contraintes supplémentaires sur cet agencement. Pour distinguer la position d’un carbonyle, on confronterait notamment les environnements et les couplages mesurés, au lieu de déduire la structure de la seule bande C=O. Pour le butan-1-ol, cinq signaux : le triplet du CH3\mathrm{CH_3} ; deux multiplets pour les deux CH2\mathrm{CH_2} du milieu, dont les voisins ne sont pas tous équivalents ; le triplet du CH2\mathrm{CH_2} lié à l'oxygène, déblindé vers 3,23{,}2 à 4,24{,}2 ppm ; le singulet large de l'O–H, qui disparaîtrait dans D2O\mathrm{D_2O}.

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut imaginer : un spectre RMN. Son axe horizontal serait le déplacement chimique en ppm, de 1212 à gauche à 00 à droite (le TMS à l'extrême droite), et non un nombre d'onde ; ses signaux seraient des pics fins vers le haut, éclatés en multiplets, surmontés d'une courbe d'intégration en escalier — et non des creux de transmittance. Les deux spectroscopies ne mesurent pas la même chose : l'IR, des vibrations de liaisons ; la RMN, des environnements de noyaux. Aucune des deux n'est une image de la molécule.

Spectres infrarouges schématiques du butan-1-ol et de la butan-2-one : position, intensité, allure des bandes O–H, C–H et C=O — Deux graphiques superposés qui partagent le même axe horizontal, gradué en nombre d'onde de 4 000 à gauche…
Spectres infrarouges schématiques du butan-1-ol et de la butan-2-one : position, intensité, allure des bandes O–H, C–H et C=O · Ouvrir la figure en grand

Continuez sur votre lancée

Vous avez découvert l’essentiel et un exemple. Retrouvez la suite du cours et les points à retenir, puis passez à l’entraînement guidé dans votre compte.

  • Les formules et les repères à retenir
  • Les erreurs fréquentes expliquées
  • Un exercice avec des aides et sa correction

L’accès gratuit comprend les cours et exercices de votre niveau choisi.

Sources

  • OpenStax Organic Chemistry, 13.7 Proton Equivalence : https://openstax.org/books/organic-chemistry/pages/13-7-1h-nmr-spectroscopy-and-proton-equivalence
  • OpenStax Organic Chemistry, 13.6 Spin–Spin Splitting, 13.7 Proton Equivalence et 17.11 Alcohols : https://openstax.org/books/organic-chemistry/pages/13-6-spin-spin-splitting-in-1h-nmr-spectra
  • OpenStax Organic Chemistry, 17.11 Spectroscopy of Alcohols and Phenols : https://openstax.org/books/organic-chemistry/pages/17-11-spectroscopy-of-alcohols-and-phenols
  • J. Clayden, N. Greeves, S. Warren, Chimie organique, De Boeck
  • BO spécial n°8 du 25 juillet 2019 — programme de spécialité physique-chimie de terminale générale

Vous pensez avoir trouvé une erreur dans cette leçon ? Signalez-la par e-mail.

Explorer les autres cours

Accès rapide