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Physique · Seconde · 17 min de lecture

Le principe d'inertie : le mouvement n'a pas besoin de cause

Première loi de Newton : un système isolé ou pseudo-isolé est immobile ou en mouvement rectiligne uniforme ; contraposée ; référentiel galiléen.

Chapitre du programme : Mouvement et interactions

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : ce qui exige une force, c'est le changement

Votre intuition dit ceci : pour qu'un objet avance, il faut le pousser ; qu'on arrête de pousser, et il s'arrête. Cette idée paraît confirmée mille fois par jour — cessez de pédaler sur un vélo lancé, il finit par s'immobiliser. Elle est pourtant fausse, et toute la mécanique du lycée commence par la démonter.

Regardez mieux le vélo : il ne s'arrête pas « parce qu'on ne le pousse plus ». Il s'arrête parce que des forces bien réelles le freinent — les frottements de l'air et du sol. Supprimez-les par la pensée (un palet idéal sans frottement, ou une sonde dont la résultante des forces extérieures serait nulle : le vide ne supprime pas la gravitation) et l'objet lancé continue tout droit, indéfiniment, à la même vitesse, sans que personne le pousse. Le mouvement rectiligne uniforme n'a pas besoin d'être entretenu : il se poursuit tout seul.

Cadre. On décrit un point matériel ou le centre de masse d’un système de masse constante, soumis aux forces extérieures. Cette description du mouvement du centre de masse ne détermine pas la rotation éventuelle du solide.

Principe d'inertie (première loi de Newton). Dans un référentiel galiléen, si les forces extérieures qui s'exercent sur ce système se compensent (leur somme vectorielle est nulle), alors son centre de masse est immobile ou en mouvement rectiligne uniforme — son vecteur vitesse ne varie pas. Et réciproquement : si le vecteur vitesse d'un système ne varie pas, les forces qui s'exercent sur lui se compensent.

Trois expressions de cet énoncé demandent une définition avant l'emploi.

« Les forces se compensent » : la somme vectorielle de toutes les forces exercées sur le système est le vecteur nul. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de forces — un livre posé subit son poids et la réaction de la table — mais que leurs effets s'annulent exactement.

« Le vecteur vitesse ne varie pas » : ni sa valeur, ni sa direction, ni son sens. C'est la leçon précédente qui parle : une voiture en virage à compteur constant a un vecteur vitesse qui varie (la direction tourne), donc ses forces ne se compensent pas. Immobile est le cas particulier où ce vecteur constant est nul.

« Référentiel galiléen » : un référentiel dans lequel le principe d'inertie s'applique. Le référentiel terrestre peut être assimilé à un référentiel galiléen aux échelles de temps et de distance des situations étudiées ici. Cette approximation dépend de la situation ; pour certains mouvements de satellites, on choisit un référentiel géocentrique approprié. L’énoncé précise le cadre : « référentiel terrestre supposé galiléen ». Nommez ce référentiel avant d’appliquer le principe.

Le renversement à retenir tient en une ligne :

Une résultante extérieure non nulle est ce qui change le vecteur vitesse du centre de masse — le démarre, le freine, ou le fait tourner. Un mouvement rectiligne uniforme est compatible avec une résultante extérieure nulle.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : les deux sens du principe, et sa contraposée

Le principe d'inertie est un outil à double sens : c'est une équivalence, et chaque sens de lecture sert dans un type d'exercice différent.

Sens 1 — du mouvement vers les forces. On observe le mouvement, on conclut sur le bilan. Une parachutiste qui a atteint sa vitesse limite descend en ligne droite à allure constante : son vecteur vitesse ne varie plus, donc les forces se compensent — le frottement de l'air est devenu exactement opposé au poids. C'est même la définition de la vitesse limite. Autre exemple, plus contre-intuitif : une caisse tirée en ligne droite à allure constante, par une traction horizontale, sur un sol rugueux. Elle avance, on la tire, et pourtant… les forces se compensent : la traction compense le frottement, la réaction du sol compense le poids. Le mouvement se poursuit non pas grâce à une force nette, mais parce que rien ne le change.

Sens 2 — des forces vers le mouvement. On sait que les forces se compensent, on conclut sur le mouvement : le système est immobile ou en mouvement rectiligne uniforme, et rien dans le principe ne permet de choisir entre les deux. C'est là que l'intuition rejoue son mauvais tour : « forces compensées, donc immobile » est faux — un palet lancé sur coussin d'air a un bilan nul et file pourtant en ligne droite. Forces compensées signifie vecteur vitesse constant, pas vecteur vitesse nul.

La contraposée — l'outil le plus puissant. Toute équivalence se retourne : si le vecteur vitesse varie — en valeur, en direction, ou les deux —, alors les forces ne se compensent pas. C'est ainsi qu'on démontre l'existence d'une force sans la voir. La Lune tourne autour de la Terre : sa direction change à chaque instant, son vecteur vitesse varie, donc une force non compensée s'exerce sur elle — l'attraction gravitationnelle, que la leçon précédente sait calculer. Une rame de métro qui démarre, une balle qui ralentit, une voiture en virage : trois vecteurs vitesse qui varient, trois bilans non compensés, sans qu'on ait rien mesuré.

Attention à ne pas faire dire à la contraposée plus qu'elle ne dit : « les forces ne se compensent pas » permet de conclure que le vecteur vitesse varie, pas comment. Accélérer, ralentir, tourner sont trois variations possibles ; sans information supplémentaire, on ne choisit pas. (La quantification est étudiée dans les leçons suivantes ; la spécialité de première introduit déjà une relation approchée entre résultante et variation du vecteur vitesse.)

Faire du bilan un calcul. Quand un énoncé donne les forces par leurs coordonnées dans un repère, le principe d'inertie devient une équation. Si le système est immobile ou en mouvement rectiligne uniforme, la somme vectorielle des forces est nulle, et une somme vectorielle nulle se lit axe par axe : la somme des composantes sur xx vaut zéro, celle sur yy aussi. Trois forces connues, une inconnue ? Chaque composante de l'inconnue s'obtient en écrivant que le total s'annule. L'exemple guidé déroule ce calcul complet.

Pourquoi cette loi a mis deux mille ans à être trouvée. Parce que sur Terre, les frottements sont partout : tout mouvement abandonné finit par s'arrêter, et l'idée d'Aristote — pas de mouvement sans moteur — colle à l'expérience quotidienne. Il a fallu Galilée, ses plans inclinés polis et ses expériences de pensée, puis Newton, pour comprendre que l'arrêt n'est pas la fin naturelle du mouvement mais l'œuvre d'une force de plus. Si votre intuition résiste à cette leçon, c'est normal : elle a deux mille ans de retard, et les exercices servent exactement à la rééduquer.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : la force que le sol exerce en secret

Énoncé. Une caisse de chantier de masse m=76m = 76 kg avance en ligne droite, à allure constante, sur un sol horizontal, dans le référentiel terrestre supposé galiléen. Deux cordes la tirent : dans le repère (O ; ı⃗, ȷ⃗)(O\,;\,\vec{\imath},\,\vec{\jmath}) — ı⃗\vec{\imath} horizontal dans le sens du déplacement, ȷ⃗\vec{\jmath} vertical vers le haut —, elles exercent les forces T1⃗ (150 ; 45)\vec{T_1}\,(150\,;\,45) et T2⃗ (110 ; 25)\vec{T_2}\,(110\,;\,25), en newtons. La caisse subit aussi son poids P⃗\vec{P} et l'action du sol R⃗\vec{R} (contact et frottement réunis). On donne g=9,81g = 9{,}81 N/kg.

Question. Calculer les deux composantes de R⃗\vec{R}, puis commenter leur signe.

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1. Invoquer le principe d'inertie. Le mouvement est rectiligne uniforme dans un référentiel galiléen : d'après le principe d'inertie, la somme vectorielle des quatre forces est nulle,

P⃗+T1⃗+T2⃗+R⃗=0⃗.\vec{P} + \vec{T_1} + \vec{T_2} + \vec{R} = \vec{0}.

C'est la seule physique de l'exercice ; tout le reste est du calcul de coordonnées.

2. Écrire les coordonnées du poids. Le poids est vertical, vers le bas :

P=m×g=76×9,81=745,56,P⃗ (0 ; −745,56) en newtons.P = m \times g = 76 \times 9{,}81 = 745{,}56, \qquad \vec{P}\,(0\,;\,-745{,}56)\ \text{en newtons}.

3. Projeter l'équation sur l'axe horizontal. La somme des composantes sur xx vaut zéro, et le poids n'y contribue pas :

150+110+Rx=0,Rx=−(150+110)=−260.150 + 110 + R_x = 0, \qquad R_x = -(150 + 110) = -260.

4. Projeter sur l'axe vertical.

−745,56+45+25+Ry=0,Ry=745,56−70=675,56.-745{,}56 + 45 + 25 + R_y = 0, \qquad R_y = 745{,}56 - 70 = 675{,}56.

L'action du sol a pour coordonnées R⃗ (−260 ; 675,56)\vec{R}\,(-260\,;\,675{,}56), en newtons.

5. Commenter les signes — c'est là que la physique revient.

La composante horizontale est négative : le sol s'oppose à l'avancée. C'est le frottement, et sa valeur, 260260 N, compense exactement la traction horizontale totale des deux cordes. La caisse n'avance pas grâce à un excédent de force : elle avance parce que le bilan est nul — relisez le principe.

La composante verticale est positive mais inférieure au poids : le sol pousse vers le haut, à hauteur de 675,56675{,}56 N seulement, car les cordes, légèrement obliques, portent déjà 45+25=7045 + 25 = 70 N de la charge. Oublier ces composantes verticales de traction — et écrire Ry=PR_y = P — est l'erreur la plus fréquente de ce type de bilan.

6. Contrôler. Somme sur xx : 150+110−260=0150 + 110 - 260 = 0 ✔. Somme sur yy : −745,56+45+25+675,56=0-745{,}56 + 45 + 25 + 675{,}56 = 0 ✔. Un bilan d'inertie se vérifie toujours en trois secondes : on réinjecte, et tout doit s'annuler.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : trois mouvements, trois verdicts

Les chronophotographies représentent ici les modèles de mouvement annoncés, suffisamment résolus ; les seuls relevés de positions ne prouveraient pas le mouvement à chaque instant. On décrit le centre de masse des objets dans le référentiel galiléen choisi.

Figure (fig.physics.inertia-principle, SVG programmatique disponible) : trois vignettes alignées, chacune surmontée de sa chronophotographie et conclue par un verdict sur les forces.

  • Vignette 1 — le palet sur coussin d'air. Vue de dessus : une table, un palet, une chronophotographie de points régulièrement espacés en ligne droite. Sous le palet, deux flèches verticales de même longueur et de sens opposés (poids vers le bas, poussée du coussin vers le haut), avec la somme écrite « 0⃗\vec{0} ». Verdict encadré : « vecteur vitesse constant ⇔ forces compensées ». Une note précise : « personne ne le pousse, et il ne ralentit pas ».
  • Vignette 2 — la voiture en virage à compteur constant. Vue de dessus : un arc de cercle, chronophotographie de points régulièrement espacés le long de l'arc, et en deux points de l'arc le vecteur vitesse tangent, de même longueur mais de directions différentes. Un compteur de vitesse dessiné à côté affiche une aiguille fixe. Verdict encadré : « valeur constante MAIS direction qui change : le vecteur vitesse varie ⇒ forces non compensées ». C'est la vignette anti-piège : l'aiguille immobile du compteur ne suffit pas.
  • Vignette 3 — la rame de métro qui démarre. Vue de profil : un quai, une rame, chronophotographie de points de plus en plus espacés en ligne droite. Vecteurs vitesse de longueur croissante. Verdict encadré : « valeur qui augmente : le vecteur vitesse varie ⇒ forces non compensées ».
  • Bandeau du bas. La double flèche logique du principe, écrite en toutes lettres : « forces compensées ⇔ vecteur vitesse constant (immobile OU rectiligne uniforme) », et sa contraposée en dessous : « vecteur vitesse qui varie ⇔ forces non compensées ». La mention « dans un référentiel galiléen » encadre le tout.

Ce qu'il faut lire. Les trois vignettes couvrent les trois cas qu'un exercice peut proposer : rien ne change (bilan nul), la direction change (bilan non nul, malgré le compteur fixe), la valeur change (bilan non nul). L'examen porte toujours sur le vecteur vitesse — valeur, direction et sens — jamais sur la seule aiguille du compteur. Le bandeau rappelle que le principe se lit dans les deux sens, et que sa contraposée est un outil à part entière : voir un mouvement changer, c'est prouver qu'une force non compensée agit.

Principe d'inertie : trois mouvements, trois verdicts sur les forces — Trois vignettes alignées, chacune avec sa chronophotographie et un verdict encadré.
Principe d'inertie : trois mouvements, trois verdicts sur les forces · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme de physique-chimie de seconde générale et technologique, « Mouvement et interactions : principe d'inertie »
  • OpenStax, University Physics Volume 1, §5.2 Newton’s First Law — https://openstax.org/books/university-physics-volume-1/pages/5-2-newtons-first-law (résultante extérieure et référentiels inertiels, passage consulté le 23 octobre 2026)
  • D. Halliday, R. Resnick, J. Walker, Physique, vol. 1, Dunod, chap. « Force et mouvement »

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