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Mathématiques · Licence 1 · 21 min de lecture

Équations différentielles linéaires du second ordre

Équation caractéristique, discriminant, solutions réelles (cas Δ > 0, Δ = 0, Δ < 0), solution particulière, conditions initiales.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une équation, deux degrés de liberté

En terminale, tu as résolu y=ay+by' = ay + b : une famille de solutions à un paramètre, fixé par une seule condition initiale. Le second ordre change l'échelle du problème, et pas seulement d'un cran.

L'équation. On cherche les fonctions yy, deux fois dérivables sur R\mathbb{R}, telles que

y+ay+by=f(x),y'' + a\,y' + b\,y = f(x),

aa et bb sont des constantes réelles et ff une fonction donnée, appelée second membre. Quand ff est la fonction nulle, l'équation est dite homogène.

Pourquoi elle est partout. La loi de Newton appliquée à une masse rappelée par un ressort, la loi des mailles dans un circuit RLC, la désintégration couplée, la déformation d'une poutre : tous produisent une équation de cette forme. Ce n'est pas un hasard — dès qu'une accélération dépend linéairement d'une position et d'une vitesse, on y est. La leçon de physique sur l'oscillateur harmonique, dans ce même cycle, n'est rien d'autre que le cas a=0a = 0 ; l'oscillateur amorti, le cas général.

La structure des solutions, à connaître avant tout calcul. L'application yy+ay+byy \mapsto y'' + a y' + b y est linéaire : elle transforme une somme en somme et un multiple en multiple. Deux conséquences, qui structurent toute la résolution.

  1. Les solutions de l'équation homogène forment un espace vectoriel de dimension 2 : il existe deux solutions y1y_1 et y2y_2 non proportionnelles telles que toute solution homogène s'écrive Ay1+By2A\,y_1 + B\,y_2, avec AA et BB réels.
  2. La solution générale de l'équation avec second membre est
y=Ay1+By2solution geˊneˊrale de l’homogeˋne + ypune solution particulieˋre.y = \underbrace{A\,y_1 + B\,y_2}_{\text{solution générale de l'homogène}} \ + \ \underbrace{y_p}_{\text{une solution particulière}}.

C'est le même schéma qu'au premier ordre, à ceci près qu'il y a maintenant deux constantes. Deux constantes, donc deux conditions pour les fixer : c'est le rôle du problème de Cauchy.

Théorème de Cauchy linéaire. Pour tout x0x_0 et tout couple (y0,v0)(y_0, v_0) de réels, il existe une et une seule solution vérifiant y(x0)=y0y(x_0) = y_0 et y(x0)=v0y'(x_0) = v_0.

Une seule condition ne suffit donc pas — elle laisse une infinité de solutions ; trois conditions, c'est une de trop — en général aucune solution ne les vérifie toutes. Deux, exactement deux, et la solution est unique. Physiquement, cela se dit en une phrase : pour prédire le mouvement d'un oscillateur, il faut connaître sa position et sa vitesse au départ.

L'idée qui résout l'homogène. Cherchons une solution de la forme y=erxy = e^{rx}, avec rr à déterminer. Alors y=rerxy' = r e^{rx} et y=r2erxy'' = r^{2} e^{rx}, donc

y+ay+by=(r2+ar+b)erx.y'' + a y' + b y = (r^{2} + a r + b)\,e^{rx}.

Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, cette expression est nulle si et seulement si r2+ar+b=0r^{2} + ar + b = 0.

Équation caractéristique. r2+ar+b=0r^{2} + a r + b = 0. Son discriminant Δ=a24b\Delta = a^{2} - 4b décide de la forme des solutions.

Tout le reste de la leçon est la lecture des trois cas de ce discriminant — et la raison pour laquelle chacun donne la forme qu'il donne.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : les trois cas, et le second membre

Cas 1 : Δ>0\Delta > 0, deux racines réelles distinctes r1r2r_1 \ne r_2. On dispose de deux solutions er1xe^{r_1 x} et er2xe^{r_2 x}, manifestement non proportionnelles. La solution générale de l'homogène est

y(x)=Aer1x+Ber2x,(A,B)R2.y(x) = A\,e^{r_1 x} + B\,e^{r_2 x}, \qquad (A, B) \in \mathbb{R}^{2}.

Le comportement en ++\infty est dicté par la plus grande racine : si les deux sont négatives, tout s'éteint ; si l'une est positive, tout diverge. C'est le régime apériodique de l'oscillateur fortement amorti.

Cas 2 : Δ=0\Delta = 0, une racine double r=a/2r = -a/2. L'exponentielle erxe^{rx} ne fournit plus qu'UNE direction, et il en faut deux. La seconde est xerxx\,e^{rx} — vérifions-le, car c'est l'endroit où l'on perd le plus de points. Posons y=xerxy = x e^{rx} ; alors y=erx+rxerxy' = e^{rx} + r x e^{rx} et y=2rerx+r2xerxy'' = 2r\,e^{rx} + r^{2} x e^{rx}, d'où

y+ay+by=(2r+a)erx+(r2+ar+b)xerx.y'' + a y' + b y = (2r + a)\,e^{rx} + (r^{2} + ar + b)\,x\,e^{rx}.

Le second crochet est nul puisque rr est racine ; le premier l'est aussi, précisément parce que r=a/2r = -a/2, donc 2r+a=02r + a = 0. C'est cette double annulation, et elle seule, qui autorise le facteur xx. La solution générale est

y(x)=(A+Bx)erx.y(x) = (A + B x)\,e^{r x}.

C'est le régime critique : le retour à l'équilibre le plus rapide sans oscillation.

Cas 3 : Δ<0\Delta < 0, deux racines complexes conjuguées r=α±iβr = \alpha \pm i\beta avec α=a/2\alpha = -a/2 et β=Δ2>0\beta = \frac{\sqrt{-\Delta}}{2} > 0. Les fonctions e(α+iβ)xe^{(\alpha + i\beta)x} et e(αiβ)xe^{(\alpha - i\beta)x} sont solutions, mais à valeurs complexes. Comme les coefficients aa et bb sont réels, la partie réelle et la partie imaginaire d'une solution complexe sont elles-mêmes solutions ; les formules d'Euler donnent alors deux solutions réelles indépendantes, eαxcos(βx)e^{\alpha x}\cos(\beta x) et eαxsin(βx)e^{\alpha x}\sin(\beta x) :

y(x)=eαx(Acos(βx)+Bsin(βx)).y(x) = e^{\alpha x}\left(A\cos(\beta x) + B\sin(\beta x)\right).

On peut aussi l'écrire y(x)=Ceαxcos(βx+φ)y(x) = C\,e^{\alpha x}\cos(\beta x + \varphi) avec C=A2+B2C = \sqrt{A^{2} + B^{2}} : c'est la forme amplitude-phase, plus parlante en physique. Le facteur eαxe^{\alpha x} est l'enveloppe — elle décroît si α<0\alpha < 0, elle est constante si α=0\alpha = 0 — et β\beta est la pulsation des oscillations. C'est le régime pseudo-périodique.

Un mot sur le vocabulaire : dans les trois cas, α=a/2\alpha = -a/2 est la même quantité. Le coefficient aa règle l'amortissement, le coefficient bb règle le rappel, et le signe de Δ=a24b\Delta = a^{2} - 4b dit lequel des deux l'emporte.

---

Le second membre exponentiel, et la résonance. Soit à résoudre

y+ay+by=kemx.y'' + a y' + b y = k\,e^{m x}.

On cherche une solution particulière de la forme yp=Cemxy_p = C\,e^{mx}. En substituant, yp+ayp+byp=C(m2+am+b)emxy_p'' + a y_p' + b y_p = C(m^{2} + am + b)e^{mx}, donc

C=km2+am+baˋ condition que m2+am+b0,C = \frac{k}{m^{2} + am + b} \qquad \text{à condition que } m^{2} + am + b \ne 0,

c'est-à-dire à condition que mm ne soit pas racine de l'équation caractéristique. Si mm l'est, cette formule divise par zéro, et c'est un signal, pas un accident : la forme essayée est déjà solution de l'homogène, elle ne peut pas produire le second membre. La règle complète tient en trois lignes :

Tableau : Multiplicité de m comme racine caractéristique, Forme à essayer
Multiplicité de mm comme racine caractéristiqueForme à essayer
mm n'est pas racineyp=Cemxy_p = C\,e^{mx}
mm est racine simpleyp=Cxemxy_p = C\,x\,e^{mx}
mm est racine doubleyp=Cx2emxy_p = C\,x^{2}\,e^{mx}

On monte donc d'un degré en xx par ordre de multiplicité — exactement comme le facteur xx était apparu dans le cas Δ=0\Delta = 0, et pour la même raison algébrique. En physique, ce cas porte un nom : la résonance, quand l'excitation a la fréquence propre du système, et que la réponse croît au lieu de rester bornée.

Le principe de superposition. Si le second membre est une somme f1+f2f_1 + f_2, une solution particulière est la somme des solutions particulières associées à f1f_1 et à f2f_2. C'est la linéarité, et c'est ce qui permet de traiter séparément chaque morceau d'un second membre compliqué.

Comment on fixe les constantes. Une fois écrite la solution générale y=Ay1+By2+ypy = A y_1 + B y_2 + y_p, on impose y(x0)=y0y(x_0) = y_0 et y(x0)=v0y'(x_0) = v_0. Cela donne un système linéaire de deux équations à deux inconnues AA et BB, toujours inversible d'après le théorème de Cauchy. Deux avertissements pratiques : il faut dériver la solution complète, second membre compris — la solution particulière contribue à y(x0)y'(x_0) ; et il faut dériver avant de remplacer xx par x0x_0, jamais l'inverse.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : les trois cas, puis un second membre

Énoncé. Résoudre les problèmes suivants sur R\mathbb{R}.

  1. yy6y=0y'' - y' - 6y = 0, avec y(0)=1y(0) = 1 et y(0)=8y'(0) = 8.
  2. y+2y+5y=0y'' + 2y' + 5y = 0, avec y(0)=3y(0) = 3 et y(0)=1y'(0) = 1.
  3. Donner la solution générale de yy6y=18exy'' - y' - 6y = 18\,e^{x}.

---

1. Discriminant strictement positif. Équation caractéristique : r2r6=0r^{2} - r - 6 = 0, de discriminant Δ=(1)24×1×(6)=1+24=25>0\Delta = (-1)^{2} - 4 \times 1 \times (-6) = 1 + 24 = 25 > 0. Racines :

r=1±52soitr1=3,r2=2.r = \frac{1 \pm 5}{2} \quad \text{soit} \quad r_1 = 3, \quad r_2 = -2.

Solution générale : y(x)=Ae3x+Be2xy(x) = A\,e^{3x} + B\,e^{-2x}, et donc y(x)=3Ae3x2Be2xy'(x) = 3A\,e^{3x} - 2B\,e^{-2x}.

Les conditions initiales donnent le système

{A+B=13A2B=8\begin{cases} A + B = 1 \\ 3A - 2B = 8 \end{cases}

De la première, B=1AB = 1 - A ; en substituant : 3A2(1A)=83A - 2(1 - A) = 8, soit 5A=105A = 10, donc A=2A = 2 et B=1B = -1.

y(x)=2e3xe2x\boxed{y(x) = 2\,e^{3x} - e^{-2x}}

Vérification, en réinjectant. y=6e3x+2e2xy' = 6e^{3x} + 2e^{-2x} et y=18e3x4e2xy'' = 18e^{3x} - 4e^{-2x}. Alors

yy6y=(18612)e3x+(42+6)e2x=0. y'' - y' - 6y = (18 - 6 - 12)e^{3x} + (-4 - 2 + 6)e^{-2x} = 0. \ \checkmark

Et y(0)=21=1y(0) = 2 - 1 = 1, y(0)=6+2=8y'(0) = 6 + 2 = 8. \checkmark

2. Discriminant strictement négatif. Équation caractéristique : r2+2r+5=0r^{2} + 2r + 5 = 0, de discriminant Δ=420=16<0\Delta = 4 - 20 = -16 < 0. Racines complexes :

r=2±4i2=1±2i,donc α=1 et β=2.r = \frac{-2 \pm 4i}{2} = -1 \pm 2i, \qquad \text{donc } \alpha = -1 \text{ et } \beta = 2.

Solution générale réelle : y(x)=ex(Acos(2x)+Bsin(2x))y(x) = e^{-x}\left(A\cos(2x) + B\sin(2x)\right).

Pour dériver, on applique la règle du produit — c'est ici qu'on perd des points en oubliant l'un des deux termes :

y(x)=ex(Acos(2x)+Bsin(2x))+ex(2Asin(2x)+2Bcos(2x)).y'(x) = -e^{-x}\left(A\cos(2x) + B\sin(2x)\right) + e^{-x}\left(-2A\sin(2x) + 2B\cos(2x)\right).

En x=0x = 0 : y(0)=A=3y(0) = A = 3, et y(0)=A+2B=1y'(0) = -A + 2B = 1, d'où 2B=1+3=42B = 1 + 3 = 4 et B=2B = 2.

y(x)=ex(3cos(2x)+2sin(2x))\boxed{y(x) = e^{-x}\left(3\cos(2x) + 2\sin(2x)\right)}

Lecture physique. L'enveloppe exe^{-x} décroît, la pulsation vaut β=2\beta = 2 : le système oscille en s'amortissant, avec une pseudo-période 2π/2=π2\pi/2 = \pi. L'amplitude initiale de l'oscillation est 32+22=13\sqrt{3^{2} + 2^{2}} = \sqrt{13}, soit environ 3,63{,}6.

3. Un second membre exponentiel. L'homogène est celle du point 1, de racines 33 et 2-2. Le second membre est 18ex18\,e^{x}, donc m=1m = 1. Comme 1{3;2}1 \notin \lbrace 3\,;\,-2 \rbrace, mm n'est pas racine caractéristique : on cherche yp=Cexy_p = C e^{x}, sans facteur xx.

En substituant : ypyp6yp=C(116)ex=6Cexy_p'' - y_p' - 6y_p = C(1 - 1 - 6)e^{x} = -6C\,e^{x}. On veut 18ex18\,e^{x}, donc 6C=18-6C = 18 et C=3C = -3.

y(x)=Ae3x+Be2x3ex,(A,B)R2.\boxed{y(x) = A\,e^{3x} + B\,e^{-2x} - 3\,e^{x}}, \qquad (A, B) \in \mathbb{R}^{2}.

Vérification. Avec yp=3exy_p = -3e^{x} : ypyp6yp=3ex+3ex+18ex=18exy_p'' - y_p' - 6y_p = -3e^{x} + 3e^{x} + 18e^{x} = 18e^{x}. \checkmark

Et si le second membre avait été ke3xk\,e^{3x} ? Alors m=3m = 3 serait racine simple, la forme Ce3xCe^{3x} donnerait 0=k0 = k, absurde. Il faudrait poser yp=Cxe3xy_p = Cx\,e^{3x}, dont la substitution donne (2m+a)Ce3x=(61)Ce3x=5Ce3x(2m + a)C\,e^{3x} = (6 - 1)C\,e^{3x} = 5C\,e^{3x}, soit C=k/5C = k/5.

Contrôle général. Quatre réflexes. (a) Ai-je calculé Δ\Delta avant de choisir une forme ? (b) Ma solution homogène a-t-elle bien deux constantes indépendantes ? (c) Ai-je dérivé la solution complète avant d'imposer les conditions initiales ? (d) Ai-je réinjecté la solution finale dans l'équation ? Cette dernière vérification prend trois lignes et attrape presque toutes les erreurs de signe.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : le discriminant décide de l'allure

Figure (fig.math.second-order-linear, SVG programmatique à produire) : deux panneaux, les racines à gauche, les solutions à droite.

  • Panneau gauche — le plan des racines. Un plan complexe, axe réel horizontal, axe imaginaire vertical, origine marquée. Trois configurations superposées dans trois vignettes empilées, chacune avec sa mention. (1) Δ>0\Delta > 0 : deux points sur l'axe réel, en 33 et 2-2, mention « deux racines réelles ». (2) Δ=0\Delta = 0 : un seul point sur l'axe réel, en 3-3, doublé d'un petit cercle concentrique, mention « racine double : la seconde solution porte un facteur xx ». (3) Δ<0\Delta < 0 : deux points symétriques par rapport à l'axe réel, en 1+2i-1 + 2i et 12i-1 - 2i, reliés à l'axe réel par un trait pointillé qui matérialise α=1\alpha = -1, et à l'axe imaginaire par un trait qui matérialise β=2\beta = 2, mention « α\alpha amortit, β\beta fait osciller ».
  • Panneau droit — les trois allures. Un même repère, xx de 00 à 44, yy de 1-1 à 33, axe des abscisses tracé en trait plein (la position d'équilibre). Trois courbes, dans trois styles de trait distincts et étiquetées en toutes lettres, jamais par la seule couleur : (a) « apériodique, Δ>0\Delta > 0 » — la courbe 2exe2x2e^{-x} - e^{-2x}, qui décroît vers 00 sans jamais le traverser ; (b) « critique, Δ=0\Delta = 0 » — la courbe (2+7x)e3x(2 + 7x)e^{-3x}, qui monte brièvement puis retombe vers 00 ; (c) « pseudo-périodique, Δ<0\Delta < 0 » — la courbe ex(3cos2x+2sin2x)e^{-x}(3\cos 2x + 2\sin 2x), qui oscille en s'amortissant, avec ses deux enveloppes ±13ex\pm\sqrt{13}\,e^{-x} en pointillé fin et la pseudo-période π\pi cotée entre deux passages successifs par zéro dans le même sens.
  • Bandeau du bas : une frise en trois cases, « une condition initiale : une infinité de solutions » / « deux conditions : une solution et une seule » / « trois conditions : en général aucune ». Chaque case porte une miniature du faisceau de courbes correspondant.

Ce qu'il faut lire. Le panneau gauche et le panneau droit disent la même chose dans deux langages : la position des racines dans le plan complexe est l'allure de la solution. Une racine réelle négative, c'est une exponentielle qui s'éteint ; une paire complexe, c'est une oscillation dont la partie réelle donne l'enveloppe et la partie imaginaire la pulsation ; une racine double, c'est le cas frontière où apparaît le facteur xx. Le bandeau, lui, montre pourquoi il faut exactement deux conditions : c'est la dimension 2 de l'espace des solutions, rendue visible.

La figure en détail : la figure comprend deux parties. À gauche, trois petits plans complexes empilés montrent où se placent les racines de l'équation caractéristique dans chacun des trois cas : deux points distincts sur l'axe des réels quand le discriminant est positif ; un point unique, marqué comme double, quand il est nul ; et deux points symétriques par rapport à l'axe des réels quand il est négatif, avec leur partie réelle et leur partie imaginaire matérialisées par des traits pointillés. À droite, un même repère porte trois courbes de solutions, tracées dans des styles de trait différents et étiquetées en toutes lettres. La première décroît régulièrement vers l'axe des abscisses sans le traverser : c'est le régime apériodique. La deuxième monte brièvement avant de retomber vers zéro : c'est le régime critique. La troisième oscille de part et d'autre de l'axe en perdant de l'amplitude à chaque passage, encadrée par deux courbes enveloppes en pointillé, et sa pseudo-période est cotée entre deux passages successifs par zéro dans le même sens : c'est le régime pseudo-périodique. En bas, une frise de trois cases rappelle qu'une seule condition initiale laisse une infinité de solutions, que deux conditions en déterminent une et une seule, et que trois conditions n'en laissent en général aucune.

Équation différentielle linéaire du second ordre : la position des racines dans le plan complexe est l’allure de la solution ; deux conditions fixent une solution — Deux panneaux et un bandeau. (1) À gauche, trois petits plans complexes em…

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu'il faut retenir

  • y+ay+by=f(x)caracteˊristique : r2+ar+b=0,Δ=a24by'' + a\,y' + b\,y = f(x) \qquad \text{caractéristique : } r^{2} + a r + b = 0, \quad \Delta = a^{2} - 4b
  • Δ>0: y=Aer1x+Ber2x\Delta > 0 : \ y = A\,e^{r_1 x} + B\,e^{r_2 x}
  • Δ=0: y=(A+Bx)erx,r=a2\Delta = 0 : \ y = (A + Bx)\,e^{r x}, \quad r = -\frac{a}{2}
  • Δ<0: y=eαx(Acos(βx)+Bsin(βx)),α=a2, β=Δ2\Delta < 0 : \ y = e^{\alpha x}\left(A\cos(\beta x) + B\sin(\beta x)\right), \quad \alpha = -\frac{a}{2},\ \beta = \frac{\sqrt{-\Delta}}{2}
  • y+ay+by=kemx, m non racine: yp=km2+am+bemxy'' + a y' + b y = k\,e^{m x},\ m \text{ non racine} : \ y_p = \frac{k}{m^{2} + am + b}\,e^{m x}
  • y=yhomogeˋne+yparticulieˋredeux conditions en x0solution uniquey = y_{\text{homogène}} + y_{\text{particulière}} \qquad \text{deux conditions en } x_0 \Rightarrow \text{solution unique}
Tableau : Situation, Forme de la solution, Nom du régime (physique)
SituationForme de la solutionNom du régime (physique)
Δ>0\Delta > 0, racines r1r2r_1 \ne r_2 réellesAer1x+Ber2xA\,e^{r_1 x} + B\,e^{r_2 x}apériodique
Δ=0\Delta = 0, racine double r=a/2r = -a/2(A+Bx)erx(A + Bx)\,e^{rx}critique
Δ<0\Delta < 0, racines α±iβ\alpha \pm i\betaeαx(Acosβx+Bsinβx)e^{\alpha x}(A\cos\beta x + B\sin\beta x)pseudo-périodique
Second membre kemxk e^{mx}, mm non racineajouter CemxC e^{mx}réponse forcée
Second membre kemxk e^{mx}, mm racine simpleajouter CxemxC\,x\,e^{mx}résonance
Second membre kemxk e^{mx}, mm racine doubleajouter Cx2emxC\,x^{2}\,e^{mx}résonance
Second membre f1+f2f_1 + f_2additionner les deux solutions particulièressuperposition

Les unités. Il n'y en a pas en mathématiques, mais l'équation est presque toujours dimensionnée en physique : si xx est un temps en secondes, aa est en s1\mathrm{s^{-1}} et bb en s2\mathrm{s^{-2}}, de sorte que β\beta soit une pulsation en rads1\mathrm{rad\cdot s^{-1}} et 1/α1/\lvert\alpha\rvert un temps caractéristique en secondes. Une équation dont les coefficients ne sont pas homogènes contient une erreur, avant même d'être résolue.

La méthode, en cinq pas. (1) Écrire l'équation caractéristique et calculer Δ\Delta. (2) En déduire la solution générale de l'homogène, avec ses deux constantes. (3) S'il y a un second membre, chercher une solution particulière selon la table ci-dessus. (4) Additionner. (5) Imposer les deux conditions initiales à la solution complète, et résoudre le système 2×22 \times 2.

Ce qui n'est pas dans cette leçon. Les coefficients non constants, la variation des constantes au second ordre et le wronskien ; les systèmes différentiels linéaires et l'exponentielle de matrice, qui supposent la réduction des endomorphismes ; l'étude de la réponse forcée en régime sinusoïdal, qui appartient à la physique du même cycle.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Oublier le facteur xx devant la seconde solution quand Δ=0\Delta = 0. Écrire y=Aerx+Berxy = A e^{rx} + B e^{rx} ne donne qu'une seule direction — les deux constantes se fondent en une, et il en manque une. La bonne forme est (A+Bx)erx(A + Bx)e^{rx}, et sa légitimité tient à la double annulation démontrée dans le bloc précédent : rr est racine, ET 2r+a=02r + a = 0.
  2. Garder une solution complexe quand Δ<0\Delta < 0. L'équation est à coefficients réels et on cherche des solutions réelles : la réponse doit être écrite avec cos\cos et sin\sin, jamais avec eiβxe^{i\beta x}. La forme complexe est un intermédiaire de calcul, pas un résultat.
  3. Chercher une solution particulière de la même forme que la solution homogène. Si mm est racine caractéristique, CemxCe^{mx} conduit à 0=k0 = k. Ce n'est pas un blocage, c'est l'indication qu'il faut multiplier par xx — une fois si la racine est simple, deux fois si elle est double.
  4. Confondre α\alpha et β\beta. α=a/2\alpha = -a/2 est la partie réelle : elle règle l'enveloppe eαxe^{\alpha x}, donc l'amortissement. β\beta est la partie imaginaire : elle règle la pulsation, donc la pseudo-période 2π/β2\pi/\beta. Les échanger transforme un système amorti en système oscillant, et réciproquement.
  5. Imposer les conditions initiales à la seule solution homogène. La solution particulière contribue à y(x0)y(x_0) et à y(x0)y'(x_0). Dans l'exemple 3, oublier le 3ex-3e^{x} au moment de dériver fausse les deux constantes d'un coup.
  6. Dériver après avoir remplacé xx par x0x_0. Une fois x=0x = 0 substitué, il n'y a plus de fonction à dériver. On dérive d'abord la solution générale, littéralement, on substitue ensuite.
  7. Se tromper de signe dans le discriminant. Δ=a24b\Delta = a^{2} - 4b porte sur les coefficients de l'équation caractéristique, pas sur ceux de l'équation différentielle réécrits au hasard. Vérifie que ton équation est bien sous la forme y+ay+by=fy'' + ay' + by = f, c'est-à-dire avec un coefficient 11 devant yy'' : sinon, divise toute l'équation d'abord.
  8. Croire qu'une seule condition initiale suffit. Elle laisse une infinité de solutions. Il en faut deux, et deux seulement : c'est la dimension de l'espace des solutions homogènes, et c'est aussi ce que dit la physique — position et vitesse initiales.
  9. Oublier de dériver un produit dans le cas Δ<0\Delta < 0. La dérivée de eαxcos(βx)e^{\alpha x}\cos(\beta x) comporte deux termes. N'en écrire qu'un est l'erreur la plus fréquente du cas 3, et elle passe inaperçue parce qu'elle produit quand même un système soluble.
  10. Ne pas vérifier la solution finale. Réinjecter yy dans l'équation prend trois lignes et attrape la quasi-totalité des erreurs de signe et de constante. Aucun autre contrôle n'a un aussi bon rapport coût-bénéfice.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : la solution d'un problème de Cauchy

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon construit l'équation depuis ses racines — c'est ce qui garantit que les constantes tombent juste — puis tire les conditions initiales. Selon la variante : discriminant strictement positif et solution en somme de deux exponentielles ; discriminant nul, où l'on demande précisément BB, le coefficient de xx (le piège n° 1) ; discriminant strictement négatif et solution amortie-oscillante ; ou second membre exponentiel dont on cherche le coefficient de la solution particulière. Un modèle voisin, à choix multiples, demande la forme de la solution générale parmi quatre écritures calculées depuis l'équation, ou la forme sous laquelle chercher une solution particulière selon la multiplicité de mm, ou encore combien de solutions vérifient une, deux ou trois conditions en 00.

Énoncé type. On considère l'équation différentielle

y+6y+9y=0,y'' + 6y' + 9y = 0,

et la solution qui vérifie y(0)=2y(0) = 2 et y(0)=1y'(0) = 1. Cette solution s'écrit y(x)=(A+Bx)erxy(x) = (A + Bx)\,e^{rx}. Déterminer BB.

Corrigé complet.

1. Équation caractéristique. r2+6r+9=0r^{2} + 6r + 9 = 0, de discriminant

Δ=624×1×9=3636=0.\Delta = 6^{2} - 4 \times 1 \times 9 = 36 - 36 = 0.

Le discriminant est nul : il y a une racine double

r=a2=62=3,r = -\frac{a}{2} = -\frac{6}{2} = -3,

ce que confirme la factorisation r2+6r+9=(r+3)2r^{2} + 6r + 9 = (r+3)^{2}.

2. Forme de la solution. Racine double, donc la seconde solution porte un facteur xx :

y(x)=(A+Bx)e3x.y(x) = (A + Bx)\,e^{-3x}.

3. Dériver, en produit. On dérive (A+Bx)(A + Bx) et e3xe^{-3x} séparément :

y(x)=Be3x+(A+Bx)×(3)e3x=(B3A3Bx)e3x.y'(x) = B\,e^{-3x} + (A + Bx)\times(-3)\,e^{-3x} = \left(B - 3A - 3Bx\right)e^{-3x}.

4. Imposer les conditions. En x=0x = 0, l'exponentielle vaut 11 :

y(0)=A=2,y(0)=B3A=1.y(0) = A = 2, \qquad y'(0) = B - 3A = 1.

De la seconde, B=1+3A=1+6=7B = 1 + 3A = 1 + 6 = 7.

Réponse : B=7B = 7 (et A=2A = 2, soit y(x)=(2+7x)e3xy(x) = (2 + 7x)\,e^{-3x}).

5. Vérification, en réinjectant. Avec y=(2+7x)e3xy = (2 + 7x)e^{-3x} :

y=(7621x)e3x=(121x)e3x,y' = \left(7 - 6 - 21x\right)e^{-3x} = (1 - 21x)e^{-3x},
y=21e3x3(121x)e3x=(24+63x)e3x.y'' = -21\,e^{-3x} - 3(1 - 21x)e^{-3x} = (-24 + 63x)\,e^{-3x}.

Alors

y+6y+9y=[(24+63x)+6(121x)+9(2+7x)]e3x=[24+6+18+(63126+63)x]e3x=0. y'' + 6y' + 9y = \left[(-24 + 63x) + 6(1 - 21x) + 9(2 + 7x)\right]e^{-3x} = \left[-24 + 6 + 18 + (63 - 126 + 63)x\right]e^{-3x} = 0. \ \checkmark

Et y(0)=2y(0) = 2, y(0)=1y'(0) = 1. \checkmark

Auto-contrôle. Ai-je calculé Δ\Delta avant de choisir la forme ? Ai-je bien mis le facteur xx — sans lui, la deuxième condition serait impossible à satisfaire ? Ai-je dérivé le produit avec ses deux termes ? Et ai-je réinjecté la solution complète dans l'équation, seule vérification qui teste tout à la fois ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI, partie « Équations différentielles linéaires » (second ordre à coefficients constants, équation caractéristique, problème de Cauchy, second membre exponentiel)
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de PCSI, partie « Équations différentielles linéaires »
  • J.-M. Monier, Analyse MPSI, Dunod — chapitre « Équations différentielles »
  • F. Liret, D. Martinais, Analyse 1re année — Cours et exercices avec solutions, Dunod — chapitre sur les équations différentielles linéaires

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