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Mathématiques · Prépa 1re année · 17 min de lecture

Équations différentielles linéaires du second ordre

Équation caractéristique, discriminant, solutions réelles (cas Δ > 0, Δ = 0, Δ < 0), solution particulière, conditions initiales.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une équation, deux degrés de liberté

En terminale, vous avez résolu y′=ay+by' = ay + b : une famille de solutions à un paramètre, fixé par une seule condition initiale. Le second ordre change l'échelle du problème, et pas seulement d'un cran.

L'équation. On cherche les fonctions yy, deux fois dérivables sur R\mathbb{R}, telles que

y′′+a y′+b y=f(x),y'' + a\,y' + b\,y = f(x),

où aa et bb sont des constantes réelles et ff une fonction continue sur R\mathbb R, appelée second membre. Quand ff est la fonction nulle, l'équation est dite homogène.

Pourquoi elle est partout. La loi de Newton appliquée à une masse rappelée par un ressort, la loi des mailles dans un circuit RLC, certains modèles linéaires couplés peuvent conduire à cette forme, sous leurs hypothèses respectives. Ce n'est pas un hasard — dès qu'une accélération dépend linéairement d'une position et d'une vitesse, on y est. La leçon de physique sur l'oscillateur harmonique, dans ce même cycle, correspond au cas a=0a=0, b>0b>0 ; l’oscillateur à amortissement visqueux positif correspond à a>0a>0, b>0b>0, et non à tous les coefficients réels.

La structure des solutions, à connaître avant tout calcul. L'application y↦y′′+ay′+byy \mapsto y'' + a y' + b y est linéaire : elle transforme une somme en somme et un multiple en multiple. Deux conséquences, qui structurent toute la résolution.

  1. Les solutions de l'équation homogène forment un espace vectoriel de dimension 2 : il existe deux solutions y1y_1 et y2y_2 non proportionnelles telles que toute solution homogène s'écrive A y1+B y2A\,y_1 + B\,y_2, avec AA et BB réels.
  2. La solution générale de l'équation avec second membre est
y=A y1+B y2⏟solution geˊneˊrale de l’homogeˋne + yp⏟une solution particulieˋre.y = \underbrace{A\,y_1 + B\,y_2}_{\text{solution générale de l'homogène}} \ + \ \underbrace{y_p}_{\text{une solution particulière}}.

C'est le même schéma qu'au premier ordre, à ceci près qu'il y a maintenant deux constantes. Deux constantes, donc deux conditions pour les fixer : c'est le rôle du problème de Cauchy.

Théorème de Cauchy linéaire. Pour tout x0x_0 et tout couple (y0,v0)(y_0, v_0) de réels, il existe une et une seule solution vérifiant y(x0)=y0y(x_0) = y_0 et y′(x0)=v0y'(x_0) = v_0.

Une valeur seule laisse une infinité de solutions. Deux données de Cauchy, valeur et dérivée au même point, fixent la solution. Deux conditions aux bornes distinctes n’ont pas automatiquement cette propriété. Une troisième donnée est à tester : elle peut être compatible ou contradictoire. Physiquement, cela se dit en une phrase : pour prédire le mouvement d'un oscillateur, il faut connaître sa position et sa vitesse au départ.

L'idée qui résout l'homogène. Cherchons une solution de la forme y=erxy = e^{rx}, avec rr à déterminer. Alors y′=rerxy' = r e^{rx} et y′′=r2erxy'' = r^{2} e^{rx}, donc

y′′+ay′+by=(r2+ar+b) erx.y'' + a y' + b y = (r^{2} + a r + b)\,e^{rx}.

Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, cette expression est nulle si et seulement si r2+ar+b=0r^{2} + ar + b = 0.

Équation caractéristique. r2+ar+b=0r^{2} + a r + b = 0. Son discriminant Δ=a2−4b\Delta = a^{2} - 4b décide de la forme des solutions.

Tout le reste de la leçon est la lecture des trois cas de ce discriminant — et la raison pour laquelle chacun donne la forme qu'il donne.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : les trois cas, et le second membre

Cas 1 : Δ>0\Delta > 0, deux racines réelles distinctes r1≠r2r_1 \ne r_2. On dispose de deux solutions er1xe^{r_1 x} et er2xe^{r_2 x}, manifestement non proportionnelles. La solution générale de l'homogène est

y(x)=A er1x+B er2x,(A,B)∈R2.y(x) = A\,e^{r_1 x} + B\,e^{r_2 x}, \qquad (A, B) \in \mathbb{R}^{2}.

Le comportement dépend des modes dont les coefficients sont non nuls. Si les deux racines sont négatives, toutes les solutions tendent vers zéro. Une racine positive produit une divergence seulement si son mode est présent. Pour un oscillateur à rappel et amortissement positifs, deux racines réelles distinctes décrivent le régime apériodique.

Cas 2 : Δ=0\Delta = 0, une racine double r=−a/2r = -a/2. L'exponentielle erxe^{rx} ne fournit plus qu'UNE direction, et il en faut deux. La seconde est x erxx\,e^{rx} — vérifions-le, car c'est l'endroit où l'on perd le plus de points. Posons y=xerxy = x e^{rx} ; alors y′=erx+rxerxy' = e^{rx} + r x e^{rx} et y′′=2r erx+r2xerxy'' = 2r\,e^{rx} + r^{2} x e^{rx}, d'où

y′′+ay′+by=(2r+a) erx+(r2+ar+b) x erx.y'' + a y' + b y = (2r + a)\,e^{rx} + (r^{2} + ar + b)\,x\,e^{rx}.

Le second crochet est nul puisque rr est racine ; le premier l'est aussi, précisément parce que r=−a/2r = -a/2, donc 2r+a=02r + a = 0. C'est cette double annulation, et elle seule, qui autorise le facteur xx. La solution générale est

y(x)=(A+Bx) erx.y(x) = (A + B x)\,e^{r x}.

Pour l’oscillateur usuel à rappel et amortissement positifs, c’est le régime critique. Une affirmation de retour le plus rapide ou sans dépassement demande de fixer les conditions initiales et le critère de comparaison ; elle ne vaut pas pour toutes les solutions.

Cas 3 : Δ<0\Delta < 0, deux racines complexes conjuguées r=α±iβr = \alpha \pm i\beta avec α=−a/2\alpha = -a/2 et β=−Δ2>0\beta = \frac{\sqrt{-\Delta}}{2} > 0. Les fonctions e(α+iβ)xe^{(\alpha + i\beta)x} et e(α−iβ)xe^{(\alpha - i\beta)x} sont solutions, mais à valeurs complexes. Comme les coefficients aa et bb sont réels, la partie réelle et la partie imaginaire d'une solution complexe sont elles-mêmes solutions ; les formules d'Euler donnent alors deux solutions réelles indépendantes, eαxcos⁡(βx)e^{\alpha x}\cos(\beta x) et eαxsin⁡(βx)e^{\alpha x}\sin(\beta x) :

y(x)=eαx(Acos⁡(βx)+Bsin⁡(βx)).y(x) = e^{\alpha x}\left(A\cos(\beta x) + B\sin(\beta x)\right).

On peut aussi l'écrire y(x)=C eαxcos⁡(βx+φ)y(x) = C\,e^{\alpha x}\cos(\beta x + \varphi) avec C=A2+B2C = \sqrt{A^{2} + B^{2}} : c'est la forme amplitude-phase, plus parlante en physique. Pour C>0, la phase est choisie par cos⁡φ=A/C\cos\varphi=A/C, sin⁡φ=−B/C\sin\varphi=-B/C ; pour C=0, la solution est nulle et la phase est indéterminée. Les enveloppes sont ±Ceαx\pm Ce^{\alpha x} : leur amplitude décroît si α<0\alpha<0, reste constante si α=0\alpha=0 et croît si α>0\alpha>0 ; et β\beta est la pulsation des oscillations. C'est le régime pseudo-périodique.

Pour les racines complexes, alpha est leur partie réelle commune ; pour deux racines réelles distinctes, −a/2 est leur moyenne, pas leur valeur individuelle. L’interprétation de a comme amortissement et de b comme rappel concerne le modèle physique à coefficients positifs.

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Le second membre exponentiel, et la résonance. Soit à résoudre

y′′+ay′+by=k emx.y'' + a y' + b y = k\,e^{m x}.

On cherche une solution particulière de la forme yp=C emxy_p = C\,e^{mx}. En substituant, yp′′+ayp′+byp=C(m2+am+b)emxy_p'' + a y_p' + b y_p = C(m^{2} + am + b)e^{mx}, donc

C=km2+am+baˋ condition que m2+am+b≠0,C = \frac{k}{m^{2} + am + b} \qquad \text{à condition que } m^{2} + am + b \ne 0,

c'est-à-dire à condition que mm ne soit pas racine de l'équation caractéristique. Si mm l'est, cette formule divise par zéro, et c'est un signal, pas un accident : la forme essayée est déjà solution de l'homogène, elle ne peut pas produire le second membre. Pour k non nul, la règle tient en trois lignes ; pour k=0, on résout directement l’homogène :

Tableau : Multiplicité de m comme racine caractéristique, Forme à essayer
Multiplicité de mm comme racine caractéristiqueForme à essayer
mm n'est pas racineyp=C emxy_p = C\,e^{mx}
mm est racine simpleyp=C x emxy_p = C\,x\,e^{mx}
mm est racine doubleyp=C x2 emxy_p = C\,x^{2}\,e^{mx}

On monte donc d'un degré en xx par ordre de multiplicité — exactement comme le facteur xx était apparu dans le cas Δ=0\Delta = 0, et pour la même raison algébrique. Il s’agit ici d’une résonance algébrique entre le second membre exponentiel et un mode homogène. Elle n’implique pas à elle seule une croissance non bornée : un polynôme multiplié par une exponentielle décroissante tend encore vers zéro. La résonance d’un oscillateur forcé sinusoïdal nécessite une analyse physique distincte.

Le principe de superposition. Si le second membre est une somme f1+f2f_1 + f_2, une solution particulière est la somme des solutions particulières associées à f1f_1 et à f2f_2. C'est la linéarité, et c'est ce qui permet de traiter séparément chaque morceau d'un second membre compliqué.

Comment on fixe les constantes. Une fois écrite la solution générale y=Ay1+By2+ypy = A y_1 + B y_2 + y_p, on impose y(x0)=y0y(x_0) = y_0 et y′(x0)=v0y'(x_0) = v_0. Cela donne un système linéaire de deux équations à deux inconnues AA et BB, toujours inversible d'après le théorème de Cauchy. Deux avertissements pratiques : il faut dériver la solution complète, second membre compris — la solution particulière contribue à y′(x0)y'(x_0) ; et il faut dériver avant de remplacer xx par x0x_0, jamais l'inverse.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : un second membre résonant qui décroît

Résolvons y′′+2y′+y=e−xy''+2y'+y=e^{-x} avec y(0)=0y(0)=0 et y′(0)=0y'(0)=0. Le polynôme caractéristique est (r+1)2(r+1)^2 : la racine −1 est double. Le second membre utilise précisément ce mode.

Changer l’inconnue pour voir la multiplicité. Posons y=e−xzy=e^{-x}z. Alors y′=e−x(z′−z)y'=e^{-x}(z'-z) et y′′=e−x(z′′−2z′+z)y''=e^{-x}(z''-2z'+z). En additionnant, y′′+2y′+y=e−xz′′y''+2y'+y=e^{-x}z''. L’équation devient z′′=1z''=1, donc z=x2/2+Ax+Bz=x^2/2+Ax+B.

Imposer les deux données. À x=0, y(0)=B=0 et y'(0)=A−B=0. Ainsi

y(x)=x22e−x.y(x)=\frac{x^2}{2}e^{-x}.

La substitution précédente vérifie exactement l’équation ; la solution et sa dérivée valent bien zéro au départ.

Étudier la réponse pour x positif ou nul. y′=e−xx(1−x/2)y'=e^{-x}x(1-x/2). Elle croît sur [0;2], puis décroît sur [2;+∞[. Son maximum est 2e−2≈0,27072e^{-2}\approx0{,}2707 et sa limite est zéro. L’adjonction du facteur x² traduit ici la résonance algébrique, sans provoquer une divergence.

Distinguer les parties. La solution générale complète est e−x(x2/2+Ax+B)e^{-x}(x^2/2+Ax+B). La solution particulière x2e−x/2x^2e^{-x}/2 ne remplace pas la famille homogène ; les conditions initiales ont ici annulé ses deux coefficients.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : le discriminant décide de l'allure

Figure (fig.math.second-order-linear, SVG programmatique existant) : deux panneaux, les racines à gauche, les solutions à droite.

  • Panneau gauche — le plan des racines. Un plan complexe, axe réel horizontal, axe imaginaire vertical, origine marquée. Trois configurations superposées dans trois vignettes empilées, chacune avec sa mention. (1) Δ>0\Delta > 0 : deux points sur l'axe réel, en 33 et −2-2, mention « deux racines réelles ». (2) Δ=0\Delta = 0 : un seul point sur l'axe réel, en −3-3, doublé d'un petit cercle concentrique, mention « racine double : la seconde solution porte un facteur xx ». (3) Δ<0\Delta < 0 : deux points symétriques par rapport à l'axe réel, en −1+2i-1 + 2i et −1−2i-1 - 2i, reliés à l'axe réel par un trait pointillé qui matérialise α=−1\alpha = -1, et à l'axe imaginaire par un trait qui matérialise β=2\beta = 2, mention « α\alpha amortit, β\beta fait osciller ».
  • Panneau droit — les trois allures. Un même repère, xx de 00 à 44, yy de −1-1 à 33, axe des abscisses tracé en trait plein (la position d'équilibre). Trois courbes, dans trois styles de trait distincts et étiquetées en toutes lettres, jamais par la seule couleur : (a) « apériodique, Δ>0\Delta > 0 » — la courbe 2e−x−e−2x2e^{-x} - e^{-2x}, qui décroît vers 00 sans jamais le traverser ; (b) « critique, Δ=0\Delta = 0 » — la courbe (2+7x)e−3x(2 + 7x)e^{-3x}, qui monte brièvement puis retombe vers 00 ; (c) « pseudo-périodique, Δ<0\Delta < 0 » — la courbe e−x(3cos⁡2x+2sin⁡2x)e^{-x}(3\cos 2x + 2\sin 2x), qui oscille en s'amortissant, avec ses deux enveloppes ±13 e−x\pm\sqrt{13}\,e^{-x} en pointillé fin et la pseudo-période π\pi cotée entre deux passages successifs par zéro dans le même sens.
  • Bandeau du bas : une frise en trois cases, « une condition initiale : une infinité de solutions » / « deux conditions : une solution et une seule » / « troisième donnée : tester la compatibilité ». Chaque case porte une miniature du faisceau de courbes correspondant.

Ce qu'il faut lire. Les panneaux illustrent les mêmes types de racines, sans toujours représenter la même équation : le premier plan a les racines 3 et −2, tandis que la courbe apériodique à droite utilise −1 et −2. Les autres exemples se correspondent. L’allure dépend aussi des coefficients des modes. Une racine réelle négative, c'est une exponentielle qui s'éteint ; une paire complexe, c'est une oscillation dont la partie réelle donne l'enveloppe et la partie imaginaire la pulsation ; une racine double, c'est le cas frontière où apparaît le facteur xx. Le bandeau, lui, montre le rôle des deux données de Cauchy indépendantes : c'est la dimension 2 de l'espace des solutions, rendue visible.

La figure en détail : la figure comprend deux parties. À gauche, trois petits plans complexes empilés montrent où se placent les racines de l'équation caractéristique dans chacun des trois cas : deux points distincts sur l'axe des réels quand le discriminant est positif ; un point unique, marqué comme double, quand il est nul ; et deux points symétriques par rapport à l'axe des réels quand il est négatif, avec leur partie réelle et leur partie imaginaire matérialisées par des traits pointillés. À droite, un même repère porte trois courbes de solutions, tracées dans des styles de trait différents et étiquetées en toutes lettres. La première décroît régulièrement vers l'axe des abscisses sans le traverser : c'est le régime apériodique. La deuxième monte brièvement avant de retomber vers zéro : c'est le régime critique. La troisième oscille de part et d'autre de l'axe en perdant de l'amplitude à chaque passage, encadrée par deux courbes enveloppes en pointillé, et sa pseudo-période est cotée entre deux passages successifs par zéro dans le même sens : c'est le régime pseudo-périodique. En bas, une frise de trois cases rappelle qu'une seule condition initiale laisse une infinité de solutions, que deux conditions en déterminent une et une seule, et qu’une donnée supplémentaire doit être compatible avec la solution de Cauchy.

Équation différentielle linéaire du second ordre : la position des racines dans le plan complexe est l’allure de la solution ; deux conditions fixent une solution — Deux panneaux et un bandeau. (1) À gauche, trois petits plans complexes em…
Équation différentielle linéaire du second ordre : la position des racines dans le plan complexe est l’allure de la solution ; deux conditions fixent une solution · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI, partie « Équations différentielles linéaires » (second ordre à coefficients constants, équation caractéristique, problème de Cauchy, second membre exponentiel)
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de PCSI, partie « Équations différentielles linéaires »
  • J.-M. Monier, Analyse MPSI, Dunod — chapitre « Équations différentielles »
  • F. Liret, D. Martinais, Analyse 1re année — Cours et exercices avec solutions, Dunod — chapitre sur les équations différentielles linéaires
  • OpenStax, Calculus Volume 3, 7.1 — solutions homogènes à coefficients constants et conditions initiales : https://openstax.org/books/calculus-volume-3/pages/7-1-second-order-linear-equations

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