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Mathématiques · Première · 17 min de lecture

Probabilités conditionnelles : le « sachant que »

P_A(B), arbre pondéré, formule des probabilités totales, indépendance de deux événements.

Chapitre du programme : Probabilités et statistiques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : changer de population de référence

Une information peut changer une probabilité. Pour un tirage uniforme dans un jeu de 32 cartes, la probabilité d'obtenir un roi est 432\dfrac{4}{32} ; si l’on vous annonce « c'est une figure », elle devient 412\dfrac{4}{12}. Rien n'a changé dans le paquet : c'est la population de référence qui a rétréci, des 3232 cartes aux 1212 figures. Toute la leçon tient dans ce geste.

Définition. Soient AA et BB deux événements, avec P(A)≠0P(A) \neq 0. La probabilité de BB sachant AA est

PA(B)=P(A∩B)P(A).P_A(B) = \frac{P(A \cap B)}{P(A)}.

On lit « probabilité de BB sachant AA » ; c'est la probabilité de BB quand on sait que AA est réalisé. Le dénominateur P(A)P(A) est ce qui rétrécit l'univers à AA ; le numérateur ne garde de BB que la part qui est dans AA. C'est bien une probabilité : comprise entre 00 et 11, égale à 11 pour B=AB = A.

Lire sur un tableau à double entrée. Pour un tirage uniforme parmi les individus comptés, le conditionnement se lit par un quotient d’effectifs. Voici 200200 élèves d'un lycée répartis selon deux caractères : AA « être demi-pensionnaire », BB « pratiquer un sport en club ».

Tableau : Sportifs en club, Non sportifs, Total
Sportifs en clubNon sportifsTotal
Demi-pensionnaires40406060100100
Externes40406060100100
Total8080120120200200

On choisit uniformément un élève parmi les 200. Trois nombres, trois questions différentes :

  • P(A∩B)=40200=0,2P(A \cap B) = \dfrac{40}{200} = 0{,}2 : la probabilité qu'il soit demi-pensionnaire et sportif — la case commune sur le total général.
  • PA(B)=40100=0,4P_A(B) = \dfrac{40}{100} = 0{,}4 : sachant qu'il est demi-pensionnaire, la probabilité qu'il soit sportif — la case commune sur le total de la ligne de AA. On ne regarde plus que les 100100 demi-pensionnaires.
  • PB(A)=4080=0,5P_B(A) = \dfrac{40}{80} = 0{,}5 : sachant qu'il est sportif, la probabilité qu'il soit demi-pensionnaire — la case commune sur le total de la colonne de BB.

Même numérateur, trois dénominateurs, trois résultats. PA(B)P_A(B) et PB(A)P_B(A) ne sont pas la même chose : « parmi les demi-pensionnaires, la part des sportifs » et « parmi les sportifs, la part des demi-pensionnaires » sont deux questions, et rien n'oblige leurs réponses à coïncider. Dans la langue courante, « sachant que », « parmi ceux qui », « chez les » annoncent un conditionnement — et le mot qui suit désigne la population de référence, celle qui va au dénominateur.

La règle du produit. En multipliant la définition par P(A)P(A) :

P(A∩B)=P(A)×PA(B).P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B).

La probabilité que deux événements se produisent tous les deux est la probabilité du premier, multipliée par la probabilité du second sachant le premier. C'est la règle qui fait fonctionner les arbres, et qui remplace le tableau quand on n'a pas d'effectifs mais des pourcentages « en cascade » — c'est l'objet du bloc suivant.

Conditionner, c'est diviser par la probabilité de ce que l'on sait. La question à se poser devant chaque « sachant que » : quelle est la population dont on parle maintenant ?

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : arbre pondéré, totales, indépendance

L'arbre pondéré. Quand une situation se décrit en étapes (« 30 %30\ \% des clients sont abonnés ; parmi les abonnés, 60 %60\ \% utilisent l'application chaque jour ; parmi les autres, 20 %20\ \% »), on la représente par un arbre. De la racine partent les branches AA et Aˉ\bar{A} (l'événement contraire), portant P(A)P(A) et P(Aˉ)=1−P(A)P(\bar{A}) = 1 - P(A). De chaque nœud du premier niveau partent les branches BB et Bˉ\bar{B}, portant les probabilités conditionnelles PA(B)P_A(B), PA(Bˉ)P_A(\bar{B}) depuis AA, et PAˉ(B)P_{\bar{A}}(B), PAˉ(Bˉ)P_{\bar{A}}(\bar{B}) depuis Aˉ\bar{A}. Trois règles suffisent à l'exploiter.

  • Règle des nœuds : les probabilités des branches issues d'un même nœud ont pour somme 11. En particulier PA(Bˉ)=1−PA(B)P_A(\bar{B}) = 1 - P_A(B).
  • Règle du produit : la probabilité d'un chemin (une intersection) est le produit des probabilités des branches qui le composent : P(A∩B)=P(A)×PA(B)P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B).
  • Règle de la somme : la probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui y mènent.

La formule des probabilités totales. Les événements AA et Aˉ\bar{A} forment une partition de l'univers : ils sont incompatibles et leur réunion est tout l'univers — tout individu est dans l'un ou dans l'autre, jamais dans les deux. Un événement BB se découpe donc en deux morceaux disjoints, A∩BA \cap B et Aˉ∩B\bar{A} \cap B, et

P(B)=P(A∩B)+P(Aˉ∩B)=P(A)×PA(B)+P(Aˉ)×PAˉ(B).P(B) = P(A \cap B) + P(\bar{A} \cap B) = P(A) \times P_A(B) + P(\bar{A}) \times P_{\bar{A}}(B).

C'est la règle de la somme appliquée aux deux chemins qui aboutissent à BB. Elle sert dès que BB n'est connu qu'« à travers » AA : un défaut selon la machine, un usage selon l'abonnement. La formule s'étend à une partition en trois événements ou plus, avec un terme par morceau. Deux erreurs la font échouer : oublier un chemin (on n'obtient que P(A∩B)P(A \cap B)), ou additionner PA(B)+PAˉ(B)P_A(B) + P_{\bar{A}}(B) sans les poids P(A)P(A) et P(Aˉ)P(\bar{A}).

Inverser le conditionnement. Lorsque P(B)>0P(B)>0, la définition donne aussi PB(A)=P(A∩B)P(B)P_B(A) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)} : « sachant que la pièce est défectueuse, vient-elle de la machine 1 ? ». L'arbre était construit dans un sens (machine, puis défaut), la question se pose dans l'autre — et la réponse n'exige aucune formule nouvelle, seulement la définition et les deux nombres déjà calculés.

L'indépendance : une propriété, pas une impression. Quand P(A)>0P(A)>0, l’indépendance de AA et BB signifie que savoir AA réalisé ne change pas la probabilité de BB : PA(B)=P(B)P_A(B)=P(B). Avec la règle du produit, cela s'écrit de façon symétrique :

A et B indeˊpendants  ⟺  P(A∩B)=P(A)×P(B).A \text{ et } B \text{ indépendants} \iff P(A \cap B) = P(A) \times P(B).

La définition par le produit est symétrique et s’applique aussi quand une probabilité est nulle. La formulation PA(B)=P(B)P_A(B)=P(B) exige P(A)>0P(A)>0 ; l’autre sens conditionnel exige aussi P(B)>0P(B)>0. Sur le tableau des 200200 élèves : P(A)=0,5P(A) = 0{,}5, P(B)=0,4P(B) = 0{,}4, P(A)×P(B)=0,2=P(A∩B)P(A) \times P(B) = 0{,}2 = P(A \cap B) — les événements « demi-pensionnaire » et « sportif » sont indépendants : la proportion de sportifs est la même (40 %40\ \%) chez les demi-pensionnaires et chez les externes. L'indépendance se vérifie par un calcul, jamais par le sentiment que « ça n'a rien à voir » : deux caractères qui semblent sans rapport peuvent être liés dans les données, et deux caractères qui semblent liés peuvent y être indépendants.

Incompatibles n'est pas indépendants. Deux événements incompatibles ne peuvent pas se produire ensemble : P(A∩B)=0P(A \cap B) = 0. Si P(A)P(A) et P(B)P(B) sont non nuls, P(A)×P(B)≠0P(A) \times P(B) \neq 0 : l'égalité d'indépendance est fausse. Sous ces probabilités non nulles, des événements incompatibles sont donc dépendants — savoir que AA s'est produit rend BB impossible, ce qui est l'information la plus forte possible : PA(B)=0≠P(B)P_A(B) = 0 \neq P(B). Il faut distinguer ces deux propriétés par leur définition.

Deux épreuves indépendantes à la suite. Le programme de première demande aussi de représenter une succession de deux épreuves indépendantes — deux lancers d'un dé, deux tirages avec remise — par un arbre ou un tableau. L'arbre a deux niveaux, et les probabilités du second niveau ne dépendent pas de la branche suivie au premier : c'est la marque de l'indépendance. La probabilité d'un chemin reste le produit des probabilités rencontrées. On suppose deux lancers indépendants d’une pièce équilibrée : la probabilité d'obtenir « pile puis face » vaut 12×12=14\dfrac{1}{2} \times \dfrac{1}{2} = \dfrac{1}{4}, et celle d'obtenir exactement un pile, somme des deux chemins qui conviennent, 14+14=12\dfrac{1}{4} + \dfrac{1}{4} = \dfrac{1}{2}.

Périmètre choisi. L’inversion appelée formule de Bayes se retrouve ici avec la définition : PB(A)=P(A∩B)/P(B)P_B(A)=P(A\cap B)/P(B) lorsque P(B)>0P(B)>0. Les répétitions nombreuses et la loi binomiale ne sont pas développées dans cette leçon.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : choisir l’objet ou la commande

Énoncé. Un lot fictif contient 50 commandes du dépôt A, chacune de 2 objets, et 25 commandes du dépôt B, chacune de 4 objets. Parmi les 100 objets de A, 10 sont abîmés ; parmi les 100 de B, 2 sont abîmés. On compare deux protocoles : choisir uniformément un objet du lot ; ou choisir uniformément une commande, puis uniformément un objet de cette commande. Pour chacun, quelle est la probabilité d’obtenir un objet abîmé ? Sachant qu’il est abîmé, quelle est la probabilité qu’il vienne de A ?

Protocole objet. Les deux dépôts ont le même nombre d’objets, donc P(A)=1/2P(A)=1/2. Dans chaque dépôt, le tirage est uniforme : PA(D)=1/10P_A(D)=1/10 et PB(D)=1/50P_B(D)=1/50. Ainsi

P(D)=12110+12150=350=0,06.P(D)=\frac12\frac1{10}+\frac12\frac1{50}=\frac3{50}=0{,}06.

La probabilité « A et abîmé » vaut 1/201/20, d’où

PD(A)=1/203/50=56.P_D(A)=\frac{1/20}{3/50}=\frac56.

Protocole commande. A compte 50 des 75 commandes : P(A)=2/3P(A)=2/3, P(B)=1/3P(B)=1/3. Toutes les commandes d’un même dépôt ont la même taille ; chaque objet y a donc la même chance conditionnelle d’être choisi. Les probabilités de défaut dans chaque dépôt restent 1/101/10 et 1/501/50, mais les poids changent :

P(D)=23110+13150=11150.P(D)=\frac23\frac1{10}+\frac13\frac1{50}=\frac{11}{150}.

Puis PD(A)=(1/15)/(11/150)=10/11P_D(A)=(1/15)/(11/150)=10/11.

Interpréter. Le lot n’a pas changé ; le protocole de sélection, lui, change la loi. Le quotient 12 objets abîmés sur 200 convient au premier protocole, mais pas au second, qui surreprésente les objets des petites commandes de A. Le dénominateur doit correspondre à la population effectivement tirée.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : l'arbre pondéré et le tableau croisé

Figure (SVG programmatique existant) : deux panneaux côte à côte, l’arbre pondéré et le tableau à double entrée d’un exemple distinct du guidage, reliés par des flèches de correspondance.

  • Panneau 1 — l'arbre. Une racine à gauche. Deux branches vers M1M_1 (poids 0,60{,}6) et M1‾\overline{M_1} (poids 0,40{,}4), les poids écrits sur les branches. De chaque nœud, deux branches vers DD et Dˉ\bar{D} : 0,040{,}04 et 0,960{,}96 depuis M1M_1, 0,090{,}09 et 0,910{,}91 depuis M1‾\overline{M_1}. À l'extrémité de chaque chemin, la probabilité du chemin : 0,0240{,}024, 0,5760{,}576, 0,0360{,}036, 0,3640{,}364 — et, en fin de colonne, leur somme 11. Les deux chemins menant à DD sont tracés en trait épais, leurs extrémités reliées par une accolade cotée « P(D)=0,024+0,036=0,06P(D) = 0{,}024 + 0{,}036 = 0{,}06 ». Sur chaque nœud, un petit cartouche « somme des branches =1= 1 ». Sous l'arbre, le rappel des trois règles, une ligne chacune.
  • Panneau 2 — le tableau. Le tableau d'effectifs sur 1 0001\,000 pièces, avec ses totaux de lignes et de colonnes. La case 2424 (machine 1, défectueuses) est mise en évidence. Trois flèches partent de cette case : l'une vers le total général 1 0001\,000, cotée « P(M1∩D)=241 000P(M_1 \cap D) = \dfrac{24}{1\,000} » ; l'une vers le total de ligne 600600, cotée « PM1(D)=24600P_{M_1}(D) = \dfrac{24}{600} » ; l'une vers le total de colonne 6060, cotée « PD(M1)=2460P_D(M_1) = \dfrac{24}{60} ». La ligne « Machine 1 » et la colonne « Défectueuses » sont légèrement teintées, avec la mention « la population de référence est la ligne ou la colonne ».
  • Correspondances. Une flèche relie l'extrémité 0,0240{,}024 de l'arbre à la case 2424 du tableau, une autre relie l'accolade P(D)=0,06P(D) = 0{,}06 au total de colonne 6060. En bas de figure, un encadré « indépendance ? » : « P(M1)×P(D)=0,6×0,06=0,036≠0,024=P(M1∩D)P(M_1) \times P(D) = 0{,}6 \times 0{,}06 = 0{,}036 \neq 0{,}024 = P(M_1 \cap D) : non ».

Ce qu'il faut lire. L'arbre montre les règles : sur un nœud on additionne à 11, le long d'un chemin on multiplie, vers un événement on additionne les chemins — et la formule des probabilités totales n'est que la lecture des deux chemins épais. Le tableau montre le conditionnement comme un choix de dénominateur : une seule case, trois populations de référence, trois probabilités. Les flèches de correspondance disent qu'il s'agit du même monde : ce que l'arbre calcule par produits, le tableau le compte par effectifs. L'encadré final rappelle que l'indépendance se tranche par une égalité, pas par une impression.

La figure en détail : à gauche, un arbre couché dont la racine se divise en deux branches, machine un avec le poids zéro virgule six et machine deux avec le poids zéro virgule quatre ; chacune se divise à son tour en défaut et sans défaut, avec des poids quatre centièmes et quatre-vingt-seize centièmes pour la première machine, neuf centièmes et quatre-vingt-onze centièmes pour la seconde. Au bout de chaque chemin est écrit le produit des poids ; les deux chemins qui mènent à un défaut sont en trait épais et leurs produits sont additionnés pour donner six centièmes. À droite, un tableau d'effectifs sur mille pièces, avec la case vingt-quatre (machine un, défectueuses) mise en évidence et trois flèches vers le total général, le total de sa ligne et le total de sa colonne, chacune donnant une probabilité différente.

Probabilités conditionnelles : l’arbre pondéré et le tableau à double entrée disent la même chose — Deux panneaux reliés par des flèches de correspondance.
Probabilités conditionnelles : l’arbre pondéré et le tableau à double entrée disent la même chose · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme de spécialité mathématiques de première générale, « Probabilités et statistiques », section « Probabilités conditionnelles et indépendance »
  • J. Jacod, P. Protter, L'essentiel en théorie des probabilités, Cassini (probabilité conditionnelle, indépendance, formule des probabilités totales)
  • OpenStax, Introductory Statistics 2e, 3.2 — indépendance et incompatibilité : https://openstax.org/books/introductory-statistics-2e/pages/3-2-independent-and-mutually-exclusive-events

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