Mathématiques · Première · 20 min de lecture
Suites arithmétiques et géométriques : ajouter ou multiplier
Définition par récurrence et forme explicite, raison, sens de variation, somme des termes, modélisation d'évolutions.
Chapitre du programme : Analyse
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : une suite, deux façons de l'engendrer
Une suite numérique est une liste infinie de nombres, numérotés : un premier terme, un deuxième, un troisième… Mathématiquement, c'est une fonction dont la variable ne prend que des valeurs entières : à chaque entier naturel , elle associe un nombre noté (et non ), qu'on appelle le terme de rang ; la suite elle-même se note . Le rang est un entier, et c'est toute la différence avec les fonctions de la variable réelle : entre et , il n'y a rien.
Deux modes de génération. Une suite peut être donnée de deux manières :
- de façon explicite, par une formule en : , ou . On calcule directement n'importe quel terme, ;
- par récurrence, en donnant le premier terme et la règle de passage d'un terme au suivant : et . Pour connaître , il faut a priori calculer les cinquante termes précédents.
Le travail de ce chapitre consiste à passer de la seconde forme à la première pour deux familles de suites, les plus simples et les plus utiles.
Les suites arithmétiques : on ajoute toujours le même nombre. Une suite est arithmétique lorsqu'il existe un réel , appelé raison, tel que pour tout entier ,
Ses termes sont régulièrement espacés : , , , … Pour aller de à , on ajoute exactement fois, d'où la forme explicite :
Une évolution à accroissement constant — un loyer qui augmente de € par an, une cuve qui se vide de litres par minute — se modélise par une suite arithmétique, de raison positive ou négative.
Les suites géométriques : on multiplie toujours par le même nombre. Une suite est géométrique lorsqu'il existe un réel , appelé raison, tel que pour tout entier ,
Ses termes sont , , , … Pour aller de à , on multiplie par exactement fois, d'où
Une évolution à taux constant — une population qui croît de par an, une valeur qui perd chaque année — se modélise par une suite géométrique : augmenter de , c'est multiplier par ; diminuer de , c'est multiplier par . La raison est ce coefficient multiplicateur, jamais le taux lui-même.
Les deux formes explicites se ressemblent et se confondent facilement. Le mot-clé est l'opération répétée : ajouter fois donne ; multiplier fois donne . Un contrôle sûr : la forme explicite doit redonner quand on y fait .
La convention de départ. Certaines suites commencent au rang : le premier terme est alors , et pour aller de à on ne fait que pas. Les formes explicites deviennent et . Plus généralement, entre deux rangs et quelconques, il y a pas : et . L'énoncé dit toujours quel est le premier terme ; c'est la première chose à lire.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : sens de variation et sommes
Reconnaître la nature d'une suite. Pour une suite dont on connaît les premiers termes, on calcule les différences , , : si elles sont toutes égales, la suite est (vraisemblablement) arithmétique, de raison cette différence. On calcule les quotients , , : s'ils sont tous égaux, la suite est géométrique, de raison ce quotient. Deux termes ne suffisent jamais — , est le début de (arithmétique) comme de (géométrique) et de (ni l'un ni l'autre). Et une suite peut n'être ni arithmétique ni géométrique : donne , dont ni les différences () ni les quotients ne sont constants.
Sens de variation. Une suite est croissante si pour tout , décroissante si ; on étudie donc le signe de .
- Suite arithmétique : . Elle est croissante si , décroissante si , constante si . Le sens ne dépend que de la raison.
- Suite géométrique de premier terme : . Si , elle est croissante ; si , décroissante ; si , constante. Si , les termes changent de signe à chaque rang : la suite n'est ni croissante ni décroissante. Si , tout s'inverse (pour ).
Somme des termes d'une suite arithmétique. L'astuce attribuée à Gauss enfant : pour calculer , on écrit la somme dans les deux sens et on ajoute terme à terme,
d'où . Le même appariement vaut pour toute suite arithmétique, car deux termes symétriques ont toujours la même somme :
Somme de termes consécutifs d'une suite arithmétique .
Le nombre de termes est le point délicat : de à inclus, il y a termes, pas . De à : sept termes (), et non six.
Somme des termes d'une suite géométrique. Pour , posons . Alors , et la différence fait disparaître tous les termes intermédiaires :
Pour une suite géométrique de premier terme , on met en facteur : . L'exposant est le nombre de termes de la somme. Cas emblématique, : . Si , la formule est interdite (division par ), mais la somme est évidente : termes tous égaux à .
Deux ponts vers les fonctions. Les points d'une suite arithmétique sont alignés : est l'expression d'une fonction affine de , de coefficient directeur . Ceux d'une suite géométrique de raison se placent sur une courbe qui accélère (ou freine) : c'est la version discrète d'une fonction exponentielle, étudiée plus tard dans l'année — on y verra que multiplier par à chaque pas, c'est suivre aux instants entiers.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : deux évolutions, deux suites
Énoncé. 1) Une commune compte habitants et sa population augmente de par an. On note la population au bout de années, avec . Exprimer en fonction de , puis estimer la population au bout de ans. 2) Léa dépose € sur un livret le premier mois, puis chaque mois € de plus que le mois précédent. On note le dépôt du -ième mois, avec . Exprimer en fonction de , puis calculer le total déposé en un an.
1) Une évolution à taux constant.
Étape 1 — traduire le taux en coefficient. Augmenter de , c'est multiplier par . Chaque année, : la suite est géométrique, de raison et de premier terme .
Étape 2 — la forme explicite. Premier terme , donc multiplications pour atteindre le rang :
Contrôle sur : , soit bien augmenté de , c'est-à-dire de ✔.
Étape 3 — le calcul demandé. est la valeur exacte. À la calculatrice, , donc
Au bout de ans, la commune compte environ habitants (trois chiffres significatifs — un effectif prévu à l'unité près n'aurait pas de sens). Remarque : dix hausses de font d'augmentation, et non : les pourcentages successifs ne s'additionnent pas, ils se multiplient.
2) Une évolution à accroissement constant.
Étape 1 — reconnaître. Chaque mois, : la suite est arithmétique, de raison et de premier terme .
Étape 2 — la forme explicite, avec la bonne convention. Le premier terme est : pour atteindre , on ajoute la raison fois, pas fois :
Contrôle : ✔ et , soit ✔. La formule aurait donné : faux dès le premier terme.
Étape 3 — la somme. Le total sur un an est . Nombre de termes : . Dernier terme : . Donc
Léa aura déposé € en un an. Contrôle d'ordre de grandeur : douze dépôts compris entre et €, de moyenne € — cohérent.
Le moment décisif : à l'étape 2 du point 2, l'exposant ou le multiplicateur de la raison n'est pas le rang, c'est le nombre de pas depuis le premier terme. Avec un premier terme , ce nombre est . Le contrôle sur prend cinq secondes et attrape l'erreur à coup sûr.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : l'escalier et la courbe
Figure (SVG programmatique à produire) : trois panneaux — les deux familles représentées par leurs points, puis l'astuce de Gauss dessinée.
- Panneau 1 — une suite arithmétique. Repère avec en abscisse ( à , graduations entières, aucun trait entre elles) et en ordonnée. Les points de la suite : , , , , , , , en disques pleins non reliés ; une droite fine en tirets passe par tous, avec la mention « points alignés : fonction affine de , coefficient directeur ». Entre deux points consécutifs, une marche d'escalier en pointillés, de hauteur constante cotée « ». Cartouche : « , donc ».
- Panneau 2 — une suite géométrique. Même type de repère, points de la suite : , , , , , (dernière ordonnée arrondie), disques pleins non reliés, marches de hauteur croissante cotées « ». Une courbe fine en tirets passe par les points, avec la mention « pas une droite : la hauteur des marches augmente ». Cartouche : « , donc ». Un insert plus petit montre une suite géométrique de raison dont les points descendent en se rapprochant de l'axe des abscisses, mention « : décroissante, jamais négative ».
- Panneau 3 — l'astuce de Gauss. Un escalier de colonnes de hauteurs (carreaux unités), et le même escalier retourné posé dessus, tramé différemment : ensemble ils forment un rectangle de colonnes sur lignes. Cartouche : « , donc ». En dessous, la généralisation : « nombre de termes (premier + dernier) ».
Ce qu'il faut lire. Les points d'une suite ne sont jamais reliés : entre deux rangs, il n'y a pas de terme. Le panneau 1 montre l'alignement qui fait d'une suite arithmétique une fonction affine du rang ; le panneau 2, la courbe qui accélère et qui annonce l'exponentielle — et, dans l'insert, une décroissance qui ne passe jamais sous zéro. Le panneau 3 rend la formule de la somme évidente : deux escaliers font un rectangle, dont l'aire se lit sans additionner.
La figure en détail : à gauche, sept disques non reliés, aux abscisses entières de zéro à six, de hauteurs cinq, huit, onze, quatorze, dix-sept, vingt et vingt-trois, tous alignés sur une droite fine en tirets ; entre deux disques consécutifs, une marche d'escalier en pointillés de hauteur trois, toujours la même. Au centre, six disques non reliés, de hauteurs deux ; trois ; quatre virgule cinq ; six virgule soixante-quinze ; dix virgule cent vingt-cinq ; quinze virgule dix-neuf, posés sur une courbe fine qui se redresse : chaque marche est une fois et demie plus haute que la précédente ; un petit insert montre des disques qui descendent en se rapprochant de l'axe sans l'atteindre. À droite, un escalier de six colonnes de hauteurs un à six, et le même escalier retourné posé dessus avec une trame différente : ensemble ils forment un rectangle de six colonnes sur sept lignes, d'aire quarante-deux, dont la moitié, vingt et un, est l'aire d'un seul escalier.
Bloc 5 sur 7 · Formules
Les relations à retenir
| Ce que tu cherches | Ce que tu fais | Point de vigilance |
|---|---|---|
| La nature d'une suite | différences, puis quotients, sur tous les termes | « ni l'une ni l'autre » est une réponse |
| Un terme de rang | forme explicite, avec le bon nombre de pas | premier terme ou ? |
| Le sens de variation | signe de ; position de par rapport à | : ni croissante ni décroissante |
| Une hausse de répétée | géométrique de raison | la raison n'est pas |
| Une somme de termes consécutifs | compter les termes, puis la formule | de à : termes |
Domaine de validité. Les formes explicites valent pour tout rang à partir du premier terme, et la raison est constante par définition : une suite dont les pas changent n'est ni arithmétique ni géométrique, quel que soit le nombre de termes qui semblent régulièrement espacés. La formule exige . Le sens de variation d'une suite géométrique tel qu'énoncé suppose et .
Écritures. Le terme de rang se note , l'indice en bas ; la suite se note , entre parenthèses ; (indice ) est le terme suivant, à ne pas confondre avec (le terme augmenté de ). Une population, un capital, se donnent avec un nombre de chiffres significatifs raisonnable et le signe dès qu'un arrondi est fait ; la valeur exacte reste .
Contrôles gratuits. Une forme explicite doit redonner le premier terme et le second. Une somme arithmétique est le nombre de termes multiplié par la moyenne des extrêmes : son ordre de grandeur se vérifie de tête. Une somme géométrique de raison est un peu inférieure au double de son dernier terme.
Bloc 6 sur 7 · Pièges
Pièges fréquents
- Croiser les formes explicites : pour une géométrique, ou pour une arithmétique. Le geste répété décide : on ajoute fois la raison d'une suite arithmétique (), on multiplie fois par celle d'une suite géométrique (). Contrôle infaillible : la formule doit redonner pour .
- Se tromper d'un rang quand le premier terme est . De à , il n'y a que pas : et . Lis la convention dans l'énoncé avant d'écrire quoi que ce soit, puis contrôle sur et .
- Confondre le nombre de termes et le dernier indice. De à , il y a termes : les deux extrémités comptent. L'erreur décale toute la somme d'un terme — et dans la formule , l'exposant est ce nombre de termes.
- Prendre le taux pour la raison. Une hausse de par an correspond à la raison , pas à ni à ; une baisse de à . La raison est le coefficient multiplicateur qui fait passer d'une valeur à la suivante.
- Additionner des pourcentages successifs. Dix hausses de font , soit , et non . Et une hausse de suivie d'une baisse de donne : on ne revient pas au point de départ.
- Conclure sur la nature d'une suite avec deux termes. puis commence aussi bien une suite arithmétique, géométrique, ou aucune des deux. Il faut vérifier les différences (ou les quotients) sur tous les termes donnés, et envisager qu'aucune des deux natures ne convienne.
- Croire qu'une suite géométrique de raison négative est monotone. Avec et : — les termes alternent en signe, la suite n'est ni croissante ni décroissante, même si les valeurs absolues grandissent.
- Relier les points d'une suite sur un graphique. Une suite n'est définie qu'aux rangs entiers : n'existe pas. Les points se marquent isolément ; tracer une courbe continue entre eux, c'est représenter une fonction de la variable réelle, pas la suite.
Bloc 7 sur 7 · Vérifier
Vérifier : modéliser une évolution à taux constant
Le modèle. L'exercice associé à cette leçon tire l'une de trois familles : calculer pour une suite arithmétique dont on donne la raison et le premier terme ( ou , la convention est écrite) ; la même chose pour une suite géométrique de raison , , , ou (résultat exact) ; ou calculer la valeur d'une grandeur réelle après évolutions de — population, loyer, abonnés, valeur de revente — avec une réponse arrondie à trois chiffres significatifs. Un second modèle, voisin, demande de reconnaître la nature d'une suite à partir de ses quatre premiers termes (l'option « ni arithmétique ni géométrique » existe et gagne un tiers du temps) et de choisir la valeur d'une somme de termes consécutifs parmi quatre calculées.
Énoncé type. La valeur de revente d'une voiture est de euros aujourd'hui, et diminue de chaque année. On note la valeur actuelle et la valeur au bout de ans. Quelle sera cette valeur au bout de ans, en euros ? Arrondir à chiffres significatifs.
Corrigé complet.
1. Traduire la baisse en coefficient. Diminuer de , c'est multiplier par . Ce coefficient est le même chaque année : est géométrique de raison et de premier terme .
2. Écrire la forme explicite. Premier terme , donc , et
3. Calculer, puis arrondir une seule fois. et , valeur exacte. Donc . Arrondie à trois chiffres significatifs :
4. Interpréter et contrôler. En quatre ans, la voiture a perdu environ de sa valeur (), et non : les baisses successives portent sur une valeur de plus en plus petite. Contrôle d'ordre de grandeur : quatre baisses de laissent un peu plus de la moitié de la valeur, et est un peu plus de la moitié de ✔. Comme et , la suite est décroissante — et reste positive : la voiture ne vaudra jamais un montant négatif.
Auto-contrôle : vérifie que la raison est le coefficient et non ou , que l'exposant est le nombre d'années écoulées depuis , et que l'arrondi n'a été fait qu'à la toute fin, avec le signe .
Sources
- BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme de spécialité mathématiques de première générale, partie « Algèbre », section « Suites numériques, modèles discrets » (modes de génération, suites arithmétiques et géométriques, sommes, sens de variation)
- J. Lelong-Ferrand, J.-M. Arnaudiès, Cours de mathématiques, tome 2 : analyse, Dunod — chapitre sur les suites numériques
Continuer
Autres leçons — Mathématiques
- Dériver un polynôme : du nombre dérivé à la fonction dérivée
- Divisibilité et nombres premiers : les briques des entiers
- Développer et factoriser : deux écritures d'un même nombre
- La notion de fonction : image, antécédent, et le sens de la flèche
- Fonctions linéaires et affines : une droite, deux nombres
- Le théorème de Thalès : quand deux triangles se ressemblent
- Trigonométrie du triangle rectangle : un angle, trois rapports
- Probabilités : mesurer une chance, sans se raconter d'histoires
- Calculer avec des fractions : additionner, multiplier, diviser
- Les puissances : écrire court ce qui serait très long
- La notation scientifique : une seule écriture pour chaque nombre
- La racine carrée : le nombre dont on connaît le carré
- Résoudre une équation du premier degré
- Le théorème de Pythagore, sa réciproque, et la différence entre les deux
- Opérations sur les entiers : dans quel ordre calculer ?
- Nombres décimaux : chaque chiffre à sa place
- Sens de la fraction : partager, diviser, prendre une part
- Les nombres relatifs : lire, comparer, calculer
- La proportionnalité : reconnaître et calculer
- Les pourcentages : appliquer, augmenter, diminuer
- Les expressions littérales : calculer avec une lettre
- Triangles et angles : somme, cas particuliers, existence
- Fonctions de référence : carré, inverse, racine carrée, cube
- Géométrie repérée : milieu, distance, configurations
- Vecteurs du plan : translation, coordonnées, colinéarité
- Systèmes de deux équations à deux inconnues
- Fonctions polynômes du second degré : la parabole et son sommet
- Équations du second degré : forme canonique et discriminant
- Nombre dérivé et tangente : la pente en un point
- Dériver un produit, un quotient : la fin du terme à terme
- Variations et optimisation : la dérivée comme outil
- La fonction exponentielle : égale à sa dérivée
- Cercle trigonométrique et radians : le cosinus d'un réel
- Produit scalaire : trois expressions, une seule opération
- Probabilités conditionnelles : le « sachant que »
- Variables aléatoires : loi, espérance, écart-type
- Les primitives : retrouver une fonction, à une constante près
- La loi binomiale : compter les succès
- Dériver une fonction composée
- Les nombres complexes : calculer avec i
- Convergence d'une suite : la définition quantifiée
- L’intégrale : une aire, une différence, un nombre
- Équations différentielles y′ = ay + b
- Systèmes linéaires et méthode du pivot de Gauss
- Limites et continuité : lire, lever, conclure
- Limites de suites : décrire, comparer, démontrer
- Le logarithme népérien : retrouver un exposant
- Équations différentielles linéaires du second ordre
- Développements limités : remplacer par un polynôme
- Approcher une solution : dichotomie et méthode de Newton
- Algorithme d'Euclide, Bézout et l'équation ax + by = c
- Primitives : formes, parties et changement de variable