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Mathématiques · Terminale · 14 min de lecture

Limites et continuité : lire, lever, conclure

Limites en l'infini et en un point, asymptotes, croissances comparées, continuité, théorème des valeurs intermédiaires.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : limites en l’infini, limites en un point

Les limites de suites vous ont donné le vocabulaire : converger, diverger, forme indéterminée. Les fonctions reprennent tout cela, avec une nouveauté : une suite ne se regarde qu'en +∞+\infty, une fonction se regarde en +∞+\infty, en −∞-\infty, et en n'importe quel point de la droite réelle — y compris en un point où elle n'est pas définie.

Limite en l'infini. lim⁡x→+∞f(x)=ℓ\lim\limits_{x \to +\infty} f(x) = \ell signifie que f(x)f(x) s'approche indéfiniment de ℓ\ell quand xx grandit sans borne. Géométriquement, la droite d'équation y=ℓy = \ell est asymptote horizontale à la courbe en +∞+\infty : la courbe s'en approche sans jamais s'en écarter durablement. Elle peut fort bien la traverser — une asymptote n'est pas une barrière.

Limite en un point. lim⁡x→af(x)=ℓ\lim\limits_{x \to a} f(x) = \ell signifie que f(x)f(x) s'approche de ℓ\ell quand xx s'approche de aa, avec x≠ax\neq a. Cette précision est capitale : la limite en aa ne dit rien de f(a)f(a), et se calcule très souvent en un point où ff n'est pas définie. Quand la limite est infinie, la droite d'équation x=ax = a est asymptote verticale.

Continuité. Une fonction ff est continue en aa lorsque ff est définie en aa et que lim⁡x→af(x)=f(a)\lim\limits_{x \to a} f(x) = f(a) : la limite et la valeur coïncident. Intuitivement, la courbe se trace sans lever le crayon. Deux faits à retenir pour ne pas perdre de temps en contrôle :

  • les fonctions polynômes sont continues sur R\mathbb{R} ; les fonctions rationnelles, racine carrée, exponentielle, logarithme, sinus et cosinus sont continues sur tout intervalle de leur ensemble de définition ; sommes, produits, quotients (dénominateur non nul) et composées de fonctions continues le sont aussi ;
  • une fonction dérivable sur un intervalle y est continue. La réciproque est fausse : x↦∣x∣x \mapsto |x| est continue en 00 sans y être dérivable.

Attention au sens des mots. Croissante n'entraîne pas continue : une fonction en escalier est croissante et pleine de sauts. Et « avoir une limite en aa » n'entraîne pas « être continue en aa » : il faut de plus que f(a)f(a) existe et vaille cette limite.

Pourquoi ce chapitre existe. Deux usages, tous deux au programme et tous deux au baccalauréat. D'abord décrire le comportement d'une courbe : asymptotes, branches infinies, position limite. Ensuite démontrer qu'une équation a une solution — c'est le théorème des valeurs intermédiaires, un outil pour établir l’existence d’une solution sans l’exprimer explicitement ; d’autres arguments d’existence sont possibles.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : lever une indétermination, appliquer le TVI

Les quatre formes indéterminées sont les mêmes que pour les suites :

∞−∞,0×∞,∞∞,00.\infty - \infty, \qquad 0 \times \infty, \qquad \frac{\infty}{\infty}, \qquad \frac{0}{0}.

« Indéterminée » signifie que la règle générale ne conclut pas : il faut réécrire. On présente ici trois techniques utiles, sans prétendre résoudre toute indétermination.

  1. Quotient de polynômes en ±∞\pm\infty — on factorise par le terme de plus haut degré au numérateur et au dénominateur, on simplifie, et les termes en 1x\frac{1}{x} s'évanouissent. Conséquence pratique : en l'infini, un quotient de polynômes se comporte comme le quotient de ses termes de plus haut degré.
  2. Forme 00\frac{0}{0} en un point aa — pour un quotient de polynômes, si aa annule le numérateur et le dénominateur, chacun possède un facteur (x−a)(x-a). On simplifie pour x≠ax \ne a, puis on examine ce qui reste : si le dénominateur simplifié ne s’annule plus en aa, la continuité donne une limite finie par substitution. Sinon une asymptote peut subsister, par exemple x/x2=1/xx/x^2=1/x pour x≠0x\neq0. Retenez la nuance : les écritures coïncident sur le domaine initial. Si la nouvelle expression est définie au point exclu aa et qu’on l’y utilise, on construit un prolongement distinct. Une simplification comme x/x2=1/xx/x^2=1/x ne change en revanche pas le domaine R∗\mathbb R^* ni la fonction. Deux fonctions de même limite ne sont pas égales pour autant.
  3. Différence de racines — on multiplie par la quantité conjuguée pour transformer ∞−∞\infty - \infty en un quotient.

Croissances comparées. À connaître par cœur, elles règlent d'un coup une famille entière d'indéterminations : en +∞+\infty, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, et toute puissance l'emporte sur le logarithme :

lim⁡x→+∞exxn=+∞,lim⁡x→+∞ln⁡xxn=0,lim⁡x→+∞xne−x=0(n∈N∗).\lim_{x \to +\infty} \frac{e^{x}}{x^{n}} = +\infty, \qquad \lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x^{n}} = 0, \qquad \lim_{x \to +\infty} x^{n} e^{-x} = 0 \quad (n \in \mathbb{N}^{*}).

Asymptote verticale : la bonne procédure. Pour un quotient, on cherche les valeurs qui annulent le dénominateur. Deux cas se présentent, et les confondre coûte cher :

  • pour un quotient de polynômes, le numérateur ne s’y annule pas : les limites unilatérales sont infinies, avec des signes à déterminer ; il y a une asymptote verticale ;
  • le numérateur s’y annule aussi : forme 00\frac00, il faut comparer les facteurs. x/xx/x a un trou supprimable en 0 ; x/x2x/x^2 garde une asymptote verticale. L’annulation commune ne tranche donc pas.

Le théorème des valeurs intermédiaires. Si ff est continue sur [a ; b][a\,;\,b] et si kk est compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b), alors l'équation f(x)=kf(x) = k admet au moins une solution dans [a ; b][a\,;\,b]. Si de plus ff est strictement monotone sur [a ; b][a\,;\,b], cette solution est unique.

Trois points à distinguer.

  • Ce qui donne quoi. La continuité donne l'EXISTENCE ; la stricte monotonie donne l'UNICITÉ. Attribuer l'unicité à la continuité est une faute : une fonction continue peut prendre plusieurs fois la même valeur.
  • Comment justifier chaque hypothèse. La continuité se justifie par la NATURE de la fonction (polynôme, rationnelle sur son domaine, composée de fonctions continues), la croissance seule ne suffit pas. La monotonie peut se justifier par le signe de la dérivée sur tout l’intervalle, ou directement par comparaison d’images pour deux abscisses quelconques ; la seule comparaison des deux extrémités ne suffit pas : une fonction peut monter puis descendre et vérifier f(a)<f(b)f(a) < f(b).
  • L'encadrement de kk. Pour une solution intérieure, on peut utiliser f(a)<k<f(b)f(a)<k<f(b) ou l’ordre inverse ; le TVI accepte aussi les égalités, qui peuvent donner une solution à une borne. Dire « f(a)<f(b)f(a) < f(b) » ne dit rien de la position de kk.

Localiser la solution. Le théorème prouve l'existence sans donner la valeur. Pour encadrer α\alpha, on calcule les images d'entiers consécutifs jusqu'à un changement de signe, puis on affine par dichotomie : on coupe l'intervalle en deux, on garde la moitié où le changement de signe persiste, et on recommence. Chaque étape divise l'amplitude par 22.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : prolongement et racine après composition

Pour x≠0x\neq0, on pose F(x)=sin⁡x/xF(x)=\sin x/x. On utilise le résultat de référence lim⁡x→0sin⁡x/x=1\lim_{x\to0}\sin x/x=1 ; il n’est pas obtenu en remplaçant simplement xx par 0.

Prolonger sans confondre les fonctions. Définissons G(x)=F(x)G(x)=F(x) si x≠0x\neq0 et G(0)=1G(0)=1. La limite calculée coïncide alors avec la valeur : GG est continue en 0. La fonction initiale FF n’y est pas définie. Si on avait posé G(0)=2G(0)=2, la limite resterait 1 mais le prolongement ne serait pas continu.

Comparer un autre quotient indéterminé. Pour x≠0x\neq0, H(x)=x/x2=1/xH(x)=x/x^2=1/x. Il s’agit aussi d’une forme 0/00/0 au départ, mais lim⁡x→0+H(x)=+∞\lim_{x\to0^+}H(x)=+\infty et lim⁡x→0−H(x)=−∞\lim_{x\to0^-}H(x)=-\infty. La droite x=0x=0 est une asymptote verticale ; il n’existe aucun prolongement continu réel en 0.

Existence par continuité. Considérons J(x)=x−cos⁡xJ(x)=x-\cos x sur [0;1][0;1]. Elle est continue, J(0)=−1<0J(0)=-1<0 et J(1)=1−cos⁡1>0J(1)=1-\cos1>0, car 1 rad n’est pas un multiple de 2π2\pi. Le TVI donne une racine intérieure. De plus J′(x)=1+sin⁡x>0J'(x)=1+\sin x>0 sur [0;1][0;1] : elle est unique sur cet intervalle.

Dichotomie. J(1/2)=1/2−cos⁡(1/2)<0J(1/2)=1/2-\cos(1/2)<0 et J(3/4)=3/4−cos⁡(3/4)>0J(3/4)=3/4-\cos(3/4)>0 (valeurs approchées −0,3776 et 0,0183). La racine est dans ]1/2;3/4[]1/2;3/4[. Les évaluations numériques servent à encadrer, non à remplacer la justification de continuité ou d’unicité.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : asymptotes, trou, changement de signe

Figure (fig.math.limits-continuity-panorama, SVG programmatique existant) : trois panneaux.

  • Panneau gauche — les deux asymptotes. Courbe de f(x)=3x−52x+4f(x) = \dfrac{3x - 5}{2x + 4} dans un repère, xx de −8-8 à 88, yy de −6-6 à 88, avec les deux branches séparées. Une droite horizontale en pointillé d'équation y=1,5y = 1{,}5, étiquetée « asymptote horizontale : limite en ±∞\pm\infty ». Une droite verticale en pointillé d'équation x=−2x = -2, étiquetée « asymptote verticale : le dénominateur s'annule, pas le numérateur ». Deux flèches suivent la courbe vers le haut et vers le bas de part et d'autre de x=−2x = -2.
  • Panneau central — le trou. Courbe de g(x)=x2−x−6x−3g(x) = \dfrac{x^{2} - x - 6}{x - 3} : c'est la droite d'équation y=x+2y = x + 2, tracée en trait plein, mais avec un cercle vide bien visible au point de coordonnées (3 ; 5)(3\,;\,5), et une bulle « gg n'est pas définie en 33, et pourtant sa limite y vaut 55 ». Sous le dessin, deux cadres côte à côte : « g(x)=x2−x−6x−3g(x) = \dfrac{x^{2}-x-6}{x-3}, définie pour x≠3x \ne 3 » et « x↦x+2x \mapsto x + 2, définie partout », reliés par une double flèche portant « même limite en 33, fonctions différentes ».
  • Panneau droit — le théorème des valeurs intermédiaires. Courbe de h(x)=x3+2x−5h(x) = x^{3} + 2x - 5 pour xx de 00 à 2,52{,}5, strictement croissante. L'axe des abscisses est tracé en trait plein. Les points (1 ; −2)(1\,;\,-2) et (2 ; 7)(2\,;\,7) sont marqués et étiquetés. Un segment vertical en pointillé descend de (1 ; −2)(1\,;\,-2) et monte de (2 ; 7)(2\,;\,7) jusqu'à l'axe, et la portion d'axe entre 11 et 22 est épaissie avec l'étiquette « la courbe traverse ici, et une seule fois ». Un cartouche récapitule : « continue ⇒\Rightarrow elle traverse ; strictement croissante ⇒\Rightarrow une seule fois ».

Ce qu'il faut lire. Le panneau gauche montre que les deux sortes d'asymptotes se cherchent à deux endroits différents : l'une à l'infini, l'autre aux valeurs interdites. Le panneau central est le seul moyen de voir la différence entre « avoir une limite en 33 » et « être définie en 33 » : le cercle vide est exactement cette différence. Le panneau droit sépare visuellement les deux conclusions du théorème — traverser, et ne traverser qu'une fois.

La figure en détail : la figure comprend trois parties. À gauche, la courbe d'une fonction rationnelle est tracée en deux branches, avec une droite horizontale en pointillé qu'elle approche à l'infini et une droite verticale en pointillé le long de laquelle elle s'échappe vers le haut d'un côté et vers le bas de l'autre. Au centre, la courbe d'une autre fonction rationnelle se confond avec une droite, à ceci près qu'un petit cercle vide marque le point d'abscisse trois, où la fonction n'est pas définie alors que sa limite y existe et vaut cinq ; deux cadres rappellent que deux expressions de même limite ne définissent pas la même fonction. À droite, la courbe d'une fonction polynôme strictement croissante passe du dessous au dessus de l'axe horizontal entre les abscisses un et deux ; les images de ces deux abscisses, moins deux et sept, sont marquées, et la portion d'axe où la courbe traverse est mise en évidence pour illustrer l'existence et l'unicité de la solution.

Limites et continuité : les deux asymptotes d’une fonction rationnelle, le trou d’une limite sans valeur, et le théorème des valeurs intermédiaires — Trois panneaux. (1) À gauche, dans un repère orthonormé, x de −8 à 8, y de −6 à 8, la cou…
Limites et continuité : les deux asymptotes d’une fonction rationnelle, le trou d’une limite sans valeur, et le théorème des valeurs intermédiaires · Ouvrir la figure en grand

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Sources

  • BO spécial n°8 du 25 juillet 2019 — programme de spécialité mathématiques de terminale générale, partie « Analyse » : limites de fonctions, asymptotes, croissances comparées, continuité, théorème des valeurs intermédiaires
  • J. Stewart, Analyse — concepts et contextes, De Boeck — chapitres sur les limites de fonctions et la continuité
  • OpenStax, Calculus Volume1, 2.4 et 4.6 — continuité, valeurs intermédiaires, limites et asymptotes : https://openstax.org/books/calculus-volume-1/pages/2-4-continuity ; https://openstax.org/books/calculus-volume-1/pages/4-6-limits-at-infinity-and-asymptotes

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