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Mathématiques · Terminale · 18 min de lecture

Matrices et systèmes linéaires

Opérations sur les matrices, produit, inverse d'une matrice 2 × 2, écriture matricielle d'un système, puissances de matrices.

Chapitre du programme : Matrices et graphes

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : un tableau qui agit sur des vecteurs

Une matrice est un tableau rectangulaire de nombres, rangés en lignes et en colonnes. Une matrice à nn lignes et pp colonnes est dite de format n×pn \times p ; quand n=pn = p, elle est carrée d'ordre nn. Le coefficient situé à la ligne ii et à la colonne jj se note aija_{ij} — ligne d'abord, colonne ensuite, toujours.

A=(3−124)est carreˊe d’ordre 2,a12=−1.A = \begin{pmatrix} 3 & -1 \\ 2 & 4 \end{pmatrix} \quad \text{est carrée d'ordre } 2, \qquad a_{12} = -1.

Pourquoi ce tableau plutôt qu'une simple liste ? Parce qu'une matrice n'est pas un rangement : c'est une transformation. Multiplier une matrice par un vecteur colonne produit un nouveau vecteur colonne :

(3−124)(xy)=(3x−y2x+4y).\begin{pmatrix} 3 & -1 \\ 2 & 4 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3x - y \\ 2x + 4y \end{pmatrix}.

On reconnaît, à droite, les membres de gauche d'un système linéaire. C'est exactement pour cela que les matrices existent : le système

{3x−y=52x+4y=8s’eˊcritAX=BavecX=(xy), B=(58).\left\{ \begin{array}{l} 3x - y = 5 \\ 2x + 4y = 8 \end{array} \right. \qquad \text{s'écrit} \qquad AX = B \quad \text{avec} \quad X = \begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix}, \ B = \begin{pmatrix} 5 \\ 8 \end{pmatrix}.

Un système d'équations devient une équation, et l'on va pouvoir la résoudre comme on résout ax=bax = b : en divisant — c'est-à-dire, ici, en multipliant par l'inverse de AA.

Additionner et multiplier par un nombre : rien de surprenant. La somme de deux matrices de MÊME format se fait terme à terme, et multiplier une matrice par un réel multiplie chacun de ses coefficients. Ces deux opérations se comportent comme sur les nombres.

Multiplier deux matrices : c'est là que tout change. Le produit ABAB n'est PAS le tableau des produits terme à terme. Le coefficient de ABAB situé à la ligne ii et à la colonne jj s'obtient en combinant toute la ligne ii de AA avec toute la colonne jj de BB : on multiplie leurs coefficients deux à deux dans l'ordre, puis on additionne.

(3−124)(150−2)=(3×1+(−1)×03×5+(−1)×(−2)2×1+4×02×5+4×(−2))=(31722).\begin{pmatrix} 3 & -1 \\ 2 & 4 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 5 \\ 0 & -2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3 \times 1 + (-1) \times 0 & 3 \times 5 + (-1) \times (-2) \\ 2 \times 1 + 4 \times 0 & 2 \times 5 + 4 \times (-2) \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3 & 17 \\ 2 & 2 \end{pmatrix}.

Chaque coefficient du résultat est une somme, jamais un simple produit. La règle a une conséquence de format : ABAB n'existe que si le nombre de colonnes de AA égale le nombre de lignes de BB.

La matrice identité. I=(1001)I = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} joue le rôle du nombre 11 : AI=IA=AAI = IA = A pour toute matrice carrée AA d'ordre 22. C'est la seule matrice dont on soit certain qu'elle commute avec tout le monde.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : commutativité, déterminant, inverse

Le produit n'est pas commutatif. C'est la différence la plus profonde entre le calcul matriciel et le calcul sur les nombres, et la source de la plupart des fautes. En général,

AB≠BA.AB \ne BA.

Un exemple suffit à s'en convaincre :

(0100)(0010)=(1000),(0010)(0100)=(0001).\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}, \qquad \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}.

Deux résultats différents à partir des deux mêmes matrices. Conséquences immédiates : (A+B)2≠A2+2AB+B2(A + B)^2 \ne A^2 + 2AB + B^2 en général (il faut écrire A2+AB+BA+B2A^2 + AB + BA + B^2), et l'on ne peut pas « simplifier » une égalité en multipliant d'un côté seulement — il faut multiplier à gauche ou à droite, et le dire.

Certaines paires commutent tout de même : toute matrice de la forme αI+βA\alpha I + \beta A commute avec AA, puisqu'elle est construite à partir de AA et de l'identité. Mais c'est l'exception, et la seule façon de savoir est de calculer les deux produits.

Le déterminant, un nombre qui décide de tout. Pour une matrice carrée d'ordre 22,

det⁡(abcd)=ad−bc\det\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix} = ad - bc

— le produit de la diagonale principale moins celui de l'antidiagonale. Ce nombre unique répond à une question capitale :

AA est inversible si et seulement si det⁡(A)≠0\det(A) \ne 0.

Être inversible, c'est qu'il existe une matrice A−1A^{-1} vérifiant AA−1=A−1A=IAA^{-1} = A^{-1}A = I. Quand elle existe, elle est unique, et se calcule par

A−1=1det⁡(A)(d−b−ca).A^{-1} = \frac{1}{\det(A)}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix}.

Trois gestes à retenir dans cette formule : les deux coefficients de la diagonale principale sont échangés, les deux autres changent de signe, et tout est divisé par le déterminant. Le premier geste est celui qu'on oublie.

Ce que signifie un déterminant nul. Ce n'est pas un accident de calcul : c'est une information géométrique. Si det⁡(A)=0\det(A) = 0, les deux lignes de AA (comme ses deux colonnes) sont proportionnelles — elles portent la même information. Le système AX=BAX = B n'a alors, selon BB, soit aucune solution, soit une infinité, jamais exactement une. Écrire A−1A^{-1} dans ce cas n'est pas une maladresse mais une faute : la matrice n'existe pas.

Résoudre un système par l'inverse. Si det⁡(A)≠0\det(A) \ne 0, l'équation AX=BAX = B se résout en multipliant à gauche par A−1A^{-1} :

A−1(AX)=A−1B ⟹ (A−1A)X=A−1B ⟹ IX=A−1B ⟹ X=A−1B.A^{-1}(AX) = A^{-1}B \ \Longrightarrow\ (A^{-1}A)X = A^{-1}B \ \Longrightarrow\ IX = A^{-1}B \ \Longrightarrow\ X = A^{-1}B.

La solution est unique, et elle est donnée par une formule. À gauche des deux côtés : c'est cet ordre qui compte, puisque le produit n'est pas commutatif.

Les puissances. AnA^n est le produit de nn facteurs égaux à AA, calculé ligne par colonne à chaque étape :

A2=A×A,A3=A2×A,…A^2 = A \times A, \qquad A^3 = A^2 \times A, \qquad \ldots

Ce n'est jamais la matrice des coefficients élevés à la puissance nn. Les puissances servent notamment aux graphes : si MM est la matrice d'adjacence d'un graphe, le coefficient (i,j)(i,j) de MnM^n compte les chemins de longueur nn allant du sommet ii au sommet jj — et cette interprétation s'effondrerait si l'on élevait les coefficients un à un.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : produit, déterminant, inverse, système

Énoncé. On pose

A=(4311)etB=(2−153).A = \begin{pmatrix} 4 & 3 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} \quad \text{et} \quad B = \begin{pmatrix} 2 & -1 \\ 5 & 3 \end{pmatrix}.
  1. Calculer le coefficient de ABAB situé à la première ligne et à la seconde colonne.
  2. Calculer ABAB en entier, puis BABA. Ces deux matrices sont-elles égales ?
  3. Calculer det⁡(A)\det(A), puis A−1A^{-1}.
  4. Résoudre le système {4x+3y=10x+y=3\left\{ \begin{array}{l} 4x + 3y = 10 \\ x + y = 3 \end{array} \right. à l'aide de A−1A^{-1}.

---

1. Un seul coefficient. On veut la position (1,2)(1,2) : première ligne de AA, seconde colonne de BB.

ligne : (4  3),colonne : (−13).\text{ligne : } \left(4\ \ 3\right), \qquad \text{colonne : } \begin{pmatrix} -1 \\ 3 \end{pmatrix}.

On multiplie dans l'ordre, puis on additionne :

4×(−1)+3×3=−4+9=5.4 \times (-1) + 3 \times 3 = -4 + 9 = 5.

Le piège. Le produit des deux coefficients de même position vaudrait 3×(−1)=−33 \times (-1) = -3. Ce n'est pas la réponse — et l'écart entre 55 et −3-3 est précisément la différence entre le produit matriciel et le produit terme à terme.

2. Les deux produits.

AB=(4×2+3×54×(−1)+3×31×2+1×51×(−1)+1×3)=(23572),AB = \begin{pmatrix} 4 \times 2 + 3 \times 5 & 4 \times (-1) + 3 \times 3 \\ 1 \times 2 + 1 \times 5 & 1 \times (-1) + 1 \times 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 23 & 5 \\ 7 & 2 \end{pmatrix},
BA=(2×4+(−1)×12×3+(−1)×15×4+3×15×3+3×1)=(752318).BA = \begin{pmatrix} 2 \times 4 + (-1) \times 1 & 2 \times 3 + (-1) \times 1 \\ 5 \times 4 + 3 \times 1 & 5 \times 3 + 3 \times 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 7 & 5 \\ 23 & 18 \end{pmatrix}.

AB≠BAAB \ne BA : ces deux matrices ne commutent pas. Un seul coefficient différent aurait suffi à conclure ; ici il y en a trois.

3. Déterminant et inverse.

det⁡(A)=4×1−3×1=4−3=1.\det(A) = 4 \times 1 - 3 \times 1 = 4 - 3 = 1.

Ce nombre n'est pas nul, donc AA est inversible. On échange les termes de la diagonale principale, on change le signe des deux autres, on divise par le déterminant :

A−1=11(1−3−14)=(1−3−14).A^{-1} = \frac{1}{1}\begin{pmatrix} 1 & -3 \\ -1 & 4 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & -3 \\ -1 & 4 \end{pmatrix}.

Vérification indispensable.

AA−1=(4×1+3×(−1)4×(−3)+3×41×1+1×(−1)1×(−3)+1×4)=(1001)=I.A A^{-1} = \begin{pmatrix} 4 \times 1 + 3 \times (-1) & 4 \times (-3) + 3 \times 4 \\ 1 \times 1 + 1 \times (-1) & 1 \times (-3) + 1 \times 4 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = I.

C'est bien l'inverse. Cette vérification coûte trente secondes et attrape toutes les erreurs de signe.

4. Le système. Il s'écrit AX=B′AX = B' avec X=(xy)X = \begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix} et B′=(103)B' = \begin{pmatrix} 10 \\ 3 \end{pmatrix}. Puisque AA est inversible, on multiplie à gauche par A−1A^{-1} :

X=A−1B′=(1×10+(−3)×3(−1)×10+4×3)=(10−9−10+12)=(12).X = A^{-1}B' = \begin{pmatrix} 1 \times 10 + (-3) \times 3 \\ (-1) \times 10 + 4 \times 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 10 - 9 \\ -10 + 12 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 \\ 2 \end{pmatrix}.

Donc x=1x = 1 et y=2y = 2.

Contrôle dans le système de départ. 4×1+3×2=4+6=104 \times 1 + 3 \times 2 = 4 + 6 = 10 et 1+2=31 + 2 = 3. Les deux équations sont satisfaites : la solution est bonne, et elle est unique puisque det⁡(A)≠0\det(A) \ne 0.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : ligne par colonne, et le déterminant

Figure (fig.math.matrix-product-determinant, SVG programmatique à produire) : deux panneaux.

  • Panneau gauche — le geste du produit. Disposition dite « en potence » : la matrice BB est placée en HAUT à droite, la matrice AA en BAS à gauche, et le produit ABAB occupe le coin bas-droit, à l'intersection. Les quatre matrices sont dessinées en cases. Pour le coefficient de position (1,2)(1,2) du produit, deux bandes colorées différemment : une bande horizontale couvrant toute la première ligne de AA, une bande verticale couvrant toute la seconde colonne de BB ; elles se croisent exactement sur la case du résultat, marquée d'un cadre épais. Sous le panneau, le calcul écrit en toutes lettres : « 4×(−1)+3×3=54 \times (-1) + 3 \times 3 = 5 », avec une accolade reliant chaque produit à la paire de cases dont il vient. À côté, en style visuellement distinct (trait pointillé, pas seulement une autre couleur) et barré d'une croix, le calcul erroné « 3×(−1)=−33 \times (-1) = -3 » légendé « produit terme à terme : ce n'est pas le produit matriciel ».
  • Panneau droit — le déterminant et ce qu'il décide. Une matrice (abcd)\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix} en cases, traversée par deux flèches diagonales : celle qui descend de gauche à droite porte « + ad+\,ad », celle qui monte porte « − bc-\,bc ». Dessous, deux colonnes en vis-à-vis. À gauche, « det⁡≠0\det \ne 0 » : une matrice d'exemple, ses deux lignes tracées comme deux vecteurs du plan NON colinéaires, le mot « inversible », et la mention « le système AX=BAX = B a une solution unique ». À droite, « det⁡=0\det = 0 » : une matrice dont la seconde ligne est le double de la première, les deux vecteurs correspondants tracés PORTÉS PAR LA MÊME DROITE, le mot « non inversible », et la mention « aucune solution, ou une infinité ». Chaque situation est identifiée par son étiquette écrite, jamais par la seule couleur.

Ce qu'il faut lire. Le panneau gauche montre que le produit matriciel est un croisement : une ligne entière rencontre une colonne entière, et leur rencontre produit UNE case. Le panneau droit montre que le déterminant n'est pas un calcul décoratif : il dit si les deux lignes de la matrice pointent dans des directions différentes — auquel cas la matrice s'inverse et le système a une solution unique — ou si elles pointent dans la même direction, auquel cas rien de tout cela n'est possible.

La figure en détail : la figure comprend deux parties. À gauche, trois tableaux de nombres sont disposés en potence : un tableau en haut à droite, un tableau en bas à gauche, et le tableau résultat en bas à droite, à leur intersection. Une bande horizontale souligne une ligne entière du tableau de gauche, une bande verticale souligne une colonne entière du tableau du haut, et les deux bandes se croisent sur une case du résultat, encadrée d'un trait épais. Sous le dessin, le calcul correspondant est écrit en entier, chaque produit relié par une accolade aux deux cases dont il provient ; à côté, barré d'une croix et tracé en pointillé, figure le calcul erroné qui consisterait à multiplier deux cases de même position. À droite, un tableau carré de quatre nombres est traversé par deux flèches diagonales, l'une comptée positivement, l'autre négativement, qui définissent le déterminant. Dessous, deux situations sont comparées côte à côte, chacune sous son étiquette écrite : dans la première, le déterminant n'est pas nul et les deux lignes du tableau, représentées comme deux flèches du plan, pointent dans des directions distinctes, la matrice est inversible et le système associé a une solution unique ; dans la seconde, le déterminant est nul et les deux flèches sont portées par une même droite, la matrice n'est pas inversible et le système n'a soit aucune solution, soit une infinité.

Le produit de deux matrices, ligne par colonne, et le déterminant d’une matrice carrée d’ordre 2 — Deux panneaux. À gauche, la disposition en potence : la matrice B = (2, −1 ; 5, 3) en haut à droite, la matrice A = (4, 3

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu’il faut retenir

  • (AB)ij=∑kaik bkj(ligne i de A, colonne j de B)(AB)_{ij} = \sum_{k} a_{ik}\,b_{kj} \qquad \text{(ligne } i \text{ de } A \text{, colonne } j \text{ de } B\text{)}
  • AB≠BAen geˊneˊralAI=IA=AAB \ne BA \quad \text{en général} \qquad AI = IA = A
  • det⁡(abcd)=ad−bc\det\begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix} = ad - bc
  • A inversible  ⟺  det⁡(A)≠0A \text{ inversible} \iff \det(A) \ne 0
  • A−1=1ad−bc(d−b−ca)A^{-1} = \frac{1}{ad - bc}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix}
  • AX=B  et  det⁡(A)≠0 ⟹ X=A−1BAX = B \ \text{ et } \ \det(A) \ne 0 \ \Longrightarrow\ X = A^{-1}B
Tableau : Objet, Règle, Condition d'emploi
ObjetRègleCondition d'emploi
Somme A+BA + Bterme à termemême format
Produit λA\lambda Achaque coefficient multiplié par λ\lambdatout format
Produit ABABligne de AA par colonne de BB, puis sommecolonnes de AA = lignes de BB
Commutativitéfausse en général : AB≠BAAB \ne BAvérifier par le calcul, jamais supposer
IdentitéAI=IA=AAI = IA = AAA carrée, II de même ordre
Déterminant (ordre 22)ad−bcad - bcmatrice carrée d'ordre 22
InversibilitéA−1A^{-1} existe   ⟺  det⁡(A)≠0\iff \det(A) \ne 0matrice carrée
Inverse (ordre 22)diagonale échangée, antidiagonale changée de signe, le tout divisé par det⁡(A)\det(A)det⁡(A)≠0\det(A) \ne 0
Système AX=BAX = BX=A−1BX = A^{-1}B, solution uniquedet⁡(A)≠0\det(A) \ne 0
Puissance AnA^nproduit répété de AA par elle-mêmeAA carrée, n≥1n \ge 1

Vérification qui ne coûte rien. Un inverse calculé se vérifie en une multiplication : AA−1AA^{-1} doit rendre exactement II. Une solution de système se vérifie en la reportant dans les équations de départ. Ces deux contrôles attrapent l'immense majorité des erreurs de signe.

Ce qui n'est pas au programme. L'inversion d'une matrice d'ordre 33 par la comatrice, le rang, les valeurs propres et la diagonalisation, ainsi que la résolution de suites couplées par diagonalisation, relèvent de l'enseignement supérieur.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Multiplier terme à terme. C'est l'erreur numéro un. Le coefficient (i,j)(i,j) de ABAB est une somme de produits, construite avec toute la ligne ii de AA et toute la colonne jj de BB — jamais le produit des deux coefficients de même position. Réflexe de contrôle : si ton calcul n'a comporté aucune addition, il est faux.
  2. Supposer le produit commutatif. ABAB et BABA sont deux matrices différentes en général. On ne « simplifie » pas AB=ACAB = AC en B=CB = C sans savoir AA inversible, et l'on ne développe pas (A+B)2(A+B)^2 en A2+2AB+B2A^2 + 2AB + B^2 : le terme du milieu est AB+BAAB + BA, et l'on ne peut pas les regrouper.
  3. Inverser une matrice de déterminant nul. Écrire A−1A^{-1} sans avoir vérifié que det⁡(A)≠0\det(A) \ne 0 est une faute de raisonnement, pas une étourderie : la matrice n'existe pas, et toute la suite du calcul est vide de sens. Le déterminant se calcule avant la formule de l'inverse, jamais après.
  4. Oublier d'échanger la diagonale dans l'inverse. La formule est 1det⁡(A)(d−b−ca)\dfrac{1}{\det(A)}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix} : aa et dd changent de place, bb et cc restent à la leur en changeant de signe. Le contrôle AA−1=IAA^{-1} = I tranche immédiatement.
  5. Multiplier d'un seul côté sans le dire. Pour résoudre AX=BAX = B, on multiplie à gauche par A−1A^{-1} des deux côtés. Multiplier à droite donnerait AXA−1AXA^{-1}, qui ne se simplifie pas. Préciser le côté n'est pas une politesse de rédaction : c'est une étape du raisonnement.
  6. Élever une matrice à une puissance coefficient par coefficient. A3A^3 est A×A×AA \times A \times A ligne par colonne. Sur (1101)\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}, la vraie puissance troisième vaut (1301)\begin{pmatrix} 1 & 3 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} — le 33 ne serait jamais apparu coefficient par coefficient.
  7. Confondre l'ordre des indices. a23a_{23} est à la deuxième ligne, troisième colonne. L'ordre « ligne puis colonne » vaut pour les indices comme pour la règle du produit ; l'inverser fait transposer silencieusement toute la matrice.
  8. Croire qu'une matrice non nulle est forcément inversible. (1224)\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 2 & 4 \end{pmatrix} n'a aucun coefficient nul et n'est pourtant pas inversible : son déterminant vaut 1×4−2×2=01 \times 4 - 2 \times 2 = 0. Sur les nombres, seul 00 n'a pas d'inverse ; sur les matrices, ils sont infiniment nombreux.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : un coefficient du produit AB

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé sert, sur des matrices carrées d'ordre 22 à coefficients entiers tirés au hasard, l'une de quatre questions : un coefficient du produit ABAB, le déterminant de AA, un coefficient de A−1A^{-1}, ou un coefficient d'une puissance A2A^2 ou A3A^3. Deux garde-fous sont posés dans le tirage : le coefficient demandé n'est jamais nul, et il diffère toujours de ce qu'aurait donné un calcul terme à terme — autrement dit, l'erreur la plus fréquente ne peut pas tomber juste par hasard. Un second modèle, en vrai ou faux, soumet une affirmation : deux matrices commutent-elles ? telle matrice est-elle inversible ? le produit annoncé est-il le bon ?

Énoncé type. On considère les matrices

A=(−2531)etB=(4−326).A = \begin{pmatrix} -2 & 5 \\ 3 & 1 \end{pmatrix} \quad \text{et} \quad B = \begin{pmatrix} 4 & -3 \\ 2 & 6 \end{pmatrix}.

Quel est le coefficient du produit ABAB situé à la seconde ligne et à la première colonne ?

Corrigé complet.

1. Identifier la ligne et la colonne. Position (2,1)(2,1) : on prend la seconde ligne de AA et la première colonne de BB.

ligne : (3  1),colonne : (42).\text{ligne : } \left(3\ \ 1\right), \qquad \text{colonne : } \begin{pmatrix} 4 \\ 2 \end{pmatrix}.

2. Multiplier deux à deux, puis additionner.

3×4+1×2=12+2=14.3 \times 4 + 1 \times 2 = 12 + 2 = 14.

3. Interpréter. Le coefficient cherché vaut 1414. Il combine toute la seconde ligne de AA et toute la première colonne de BB : les quatre nombres 33, 11, 44, 22 y participent.

Réponse : 1414.

Auto-contrôle. Trois questions avant de rendre. Mon calcul comporte-t-il une addition — sinon j'ai multiplié terme à terme, et j'aurais obtenu 3×2=63 \times 2 = 6, le produit des deux coefficients de position (2,1)(2,1), au lieu de 1414 ? Ai-je bien pris la ligne de rang 22 et la colonne de rang 11, et non la ligne 11 et la colonne 22 — qui donneraient −2×(−3)+5×6=36-2 \times (-3) + 5 \times 6 = 36, un tout autre coefficient ? Et ai-je respecté l'ordre « ligne d'abord, colonne ensuite » dans la lecture de la position demandée ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • BO spécial n°8 du 25 juillet 2019 — programme de l'option mathématiques expertes de terminale générale, partie « Matrices et graphes » : calcul matriciel, produit, inverse d'une matrice carrée d'ordre 2, écriture matricielle d'un système linéaire
  • BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme de spécialité mathématiques de première générale, partie « Algèbre » : systèmes d'équations linéaires (prérequis)
  • S. Lang, Algèbre linéaire, Dunod — chapitres « Matrices » et « Matrices et applications linéaires »

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